Le conflit au Moyen-Orient a mis en lumière la vulnérabilité structurelle de l'Inde en matière d'approvisionnement énergétique. Selon Courrier International, le pays dépend à plus de 80 % des importations de pétrole et de gaz, une situation d'autant plus préoccupante que New Delhi peine à exploiter son potentiel énergétique national. Business Today, dans son édition du 26 avril 2026, souligne l'urgence de réformer en profondeur le secteur pour réduire cette dépendance, jugée « aiguë et persistante » par les experts.
Ce qu'il faut retenir
- L'Inde importe 88 % de son pétrole brut et 50 % de son gaz, malgré un potentiel national sous-exploité.
- Seulement 30 % des ressources pétrolières et gazières sont exploitées, couvrant respectivement 12 % et 50 % des besoins du pays.
- La production nationale s'élève à 700 000 barils par jour, contre une demande de 5,6 millions.
- Moins de 200 permis d'exploration actifs sont recensés, alors que 2 000 seraient nécessaires pour un secteur dynamique.
- Les obstacles incluent des règles complexes, une incertitude politique et une application faible des contrats.
- Anil Agarwal, président de Vedanta, dénonce un système « peu attractif » pour les investisseurs privés.
Une dépendance énergétique aggravée par la géographie et des choix politiques
L'Inde, quatrième raffineur mondial, souffre d'une dépendance énergétique structurelle. « Dans une certaine mesure, la géographie a constitué un handicap pour l'Inde, rappelle Business Today. Le sous-continent ne dispose pas des réserves massives qui ont permis à d'autres nations de devenir exportatrices d'énergie. » Pourtant, cette contrainte naturelle n'explique pas à elle seule les difficultés actuelles. Le magazine met en cause des politiques mal conçues, un cadre réglementaire trop rigide et un manque d'attractivité pour les investisseurs privés, essentiels pour exploiter des gisements souvent difficiles d'accès.
Selon les experts cités, les tentatives répétées depuis les années 1990 pour libéraliser le secteur n'ont abouti qu'à des résultats limités. « Les nombreux efforts pour attirer les capitaux privés n'ont connu qu'un succès marginal », précise le bimensuel. Parmi les freins identifiés : des règles d'exploration complexes, des litiges tarifaires, une taxation rétroactive et des procédures d'autorisation « d'une lenteur extrême ».
Un secteur sous-performant malgré un potentiel avéré
Malgré des ressources estimées à 5,3 milliards de tonnes de pétrole et 1 437 milliards de mètres cubes de gaz, l'Inde n'exploite qu'une fraction de son potentiel. « Elle n'a pu exploiter que 30 % de ses ressources disponibles », souligne Business Today. La production nationale de pétrole, d'environ 700 000 barils par jour, couvre à peine 12 % de la demande nationale, estimée à 5,6 millions. Pour le gaz, la situation est légèrement meilleure, avec une production locale assurant 50 % des besoins, mais le pays reste largement importateur.
Le magazine rappelle que l'Inde, malgré son statut de quatrième raffineur mondial, n'a pas su transformer cette capacité en une autonomie énergétique. « Le constat est sans appel : l'Inde n'a pas réussi à trouver et produire davantage de pétrole et de gaz », estime le rédacteur en chef. Une situation d'autant plus critique que la sécurité énergétique est devenue un enjeu géopolitique majeur dans un contexte international instable.
« Il faut faire beaucoup plus. Et beaucoup plus vite. La sécurité énergétique ne peut être reléguée au second plan dans un monde de plus en plus instable. »
— Rédacteur en chef de Business Today
Les obstacles à une exploitation accrue : entre complexité et désinvestissement
Plusieurs facteurs expliquent ce retard. D'abord, la complexité géologique des gisements indiens, souvent profonds ou situés dans des zones difficiles d'accès, renchérit les coûts d'exploitation. Ensuite, l'incertitude politique et les fluctuations réglementaires découragent les investisseurs. « Aujourd'hui, on compte à peine 200 permis actifs en Inde, alors qu'il devrait y en avoir 2 000 », a déclaré Anil Agarwal, fondateur et président de Vedanta, l'un des principaux producteurs mondiaux d'hydrocarbures en Inde.
Les exemples de blocages ne manquent pas. La société Vedanta, par exemple, a rencontré des difficultés récurrentes pour obtenir des autorisations d'exploration, malgré ses promesses d'investissements. « Les litiges en matière de prix, les contentieux juridiques et la faiblesse de l'application des contrats ont rendu l'exploration pétrolière et gazière en Inde extrêmement peu attractive », explique Business Today. Un cercle vicieux s'est installé : faute d'investissements, la production stagne, et les réformes promises tardent à porter leurs fruits.
Les réformes nécessaires pour briser le statu quo
Pour inverser cette tendance, les experts appellent à une série de mesures urgentes. D'abord, simplifier les règles d'exploration et offrir des incitations fiscales plus fortes aux acteurs privés. Ensuite, clarifier le cadre réglementaire pour rassurer les investisseurs, en évitant les changements brutaux de politiques ou les taxes rétroactives. Enfin, accélérer les procédures d'autorisation et renforcer l'indépendance des institutions chargées de superviser le secteur.
« Un cadre politique plus libéral et des règles simplifiées sont indispensables pour attirer les capitaux étrangers et nationaux », insiste Business Today. Sans ces réformes, l'Inde risque de rester prisonnière de sa dépendance énergétique, malgré un potentiel théorique important. Le magazine rappelle que des pays comme les États-Unis ou l'Australie ont su développer leur autonomie grâce à des politiques volontaristes dans les années 1980 et 1990.
Si l'Inde ne parvient pas à diversifier ses sources d'approvisionnement ou à booster sa production nationale, elle restera exposée aux chocs externes, comme ceux observés depuis 2020. Une dépendance coûteuse, tant sur le plan économique que stratégique.
Les principales réserves de pétrole se trouvent dans l'État d'Assam, ainsi que dans les bassins de Mumbai High et de Krishna-Godavari. Pour le gaz, les gisements les plus importants sont situés dans le golfe du Bengale et le nord-est du pays. Selon les estimations officielles, l'Inde dispose de 5,3 milliards de tonnes de réserves de pétrole et de 1 437 milliards de mètres cubes de gaz.
ONGC (Oil and Natural Gas Corporation) est le principal acteur public du secteur, responsable d'environ 70 % de la production nationale de pétrole et de gaz. Malgré son poids, l'entreprise souffre de retards technologiques et de difficultés financières, ce qui limite sa capacité à investir dans de nouveaux projets. Le gouvernement a récemment annoncé des plans pour moderniser ONGC et attirer des partenaires privés, mais les résultats restent à concrétiser.