Le Conseil de sécurité des Nations unies, réuni à huis clos ce vendredi 27 mars 2026 à la demande de Moscou, fait face à une remise en question majeure portée par le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva. Selon Le Figaro, le dirigeant sud-américain a dénoncé un système devenu « un simple spectateur des dérives et des conflits qui frappent le monde », soulignant l’urgence d’une réforme en profondeur pour éviter que l’organisation ne se transforme en un « Conseil d’insécurité ».
Ce qu'il faut retenir
- Le Conseil de sécurité de l’ONU s’est réuni à huis clos le 27 mars 2026 à la demande de Moscou, selon Le Figaro.
- Le président brésilien Lula a critiqué son fonctionnement actuel, le qualifiant de « source d’insécurité » plutôt que de sécurité collective.
- Lula a pointé du doigt l’utilisation abusive du veto par les membres permanents, affaiblissant la légitimité du droit international.
- Le monde connaît actuellement le plus grand nombre de conflits armés depuis la Seconde Guerre mondiale, aggravés par des crises humanitaires et économiques.
- Les dépenses militaires mondiales atteignent 2 700 milliards de dollars, au détriment de besoins sociaux urgents comme la lutte contre la faim ou le changement climatique.
- Les sanctions unilatérales, selon des études publiées par la revue The Lancet, seraient responsables de la mort d’environ 500 000 personnes par an depuis les années 1970.
Un Conseil de sécurité sous le feu des critiques
Pour Luiz Inácio Lula da Silva, le Conseil de sécurité de l’ONU est aujourd’hui un symbole de l’échec du multilatéralisme. Dans sa tribune publiée par Le Figaro, il rappelle que chaque violation du droit international « est une invitation à de nouvelles transgressions ». Les exemples cités par le président brésilien sont nombreux : l’Afghanistan, l’Iran, l’Irak, la Libye, la Syrie, l’Ukraine, Gaza ou encore le Venezuela. Autant de crises où « la ligne qui sépare le permis et l’interdit s’est progressivement estompée sous l’omission complice du Conseil de sécurité », dénonce-t-il.
Lula met en cause l’utilisation du veto par les cinq membres permanents – États-Unis, Russie, Chine, France et Royaume-Uni – qui, selon lui, agissent « sans fondement dans la Charte des Nations unies ». Le Brésilien souligne que ces pays « jouent avec le destin de millions de personnes », laissant derrière eux « une traînée de mort et de destruction ». Pour lui, l’exercice décomplexé du pouvoir a atteint un tel niveau que « les cadres institutionnels multilatéraux deviennent trop étroits pour contenir les rivalités hégémoniques ».
Un monde en proie à une insécurité généralisée
Le constat dressé par Lula est accablant : le monde connaît actuellement le plus grand nombre de conflits armés depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Cette situation coïncide avec un moment charnière pour la démocratie, où « l’extrémisme est à la fois le point de départ et d’arrivée d’un cycle pernicieux ». Selon lui, lorsque des gouvernements se laissent entraîner vers la guerre par « l’intolérance ou l’arrogance du pouvoir », ils sèment les graines d’un ressentiment qui alimente davantage de violence et de haine.
Les conséquences de ces conflits dépassent largement le cadre des champs de bataille. Les avancées technologiques, notamment dans le domaine militaire, posent des défis éthiques majeurs. Lula évoque notamment l’utilisation croissante de l’intelligence artificielle pour la sélection des cibles militaires, sans que des « paramètres juridiques ou moraux » n’aient été établis. Résultat : les principes du droit international humanitaire, comme la distinction entre civils et combattants, sont de plus en plus bafoués, avec des femmes et des enfants en première ligne des victimes.
Un coût humain et économique insoutenable
Les répercussions des conflits ne se limitent pas aux pertes humaines. Les dépenses militaires mondiales, estimées à 2 700 milliards de dollars, absorbent des ressources qui pourraient être consacrées à des enjeux sociaux urgents : lutte contre la faim, pauvreté, changement climatique, éducation ou inclusion numérique. « Plus absurde encore est de voir la faim utilisée comme arme de guerre », s’indigne le président brésilien, rappelant que les déplacements forcés de populations se pratiquent désormais « en toute impunité ».
Les économies, qu’elles soient développées ou en développement, subissent de plein fouet les conséquences de ces crises. Les fluctuations du prix du pétrole renchérissent l’énergie et les transports, rendant certains produits inaccessibles aux entreprises et aux consommateurs. Les blocus entravent le commerce international, tandis que le manque d’engrais fait flamber les prix alimentaires et accentue les pressions inflationnistes. Les banques centrales, confrontées à ces chocs, n’ont d’autre choix que de relever les taux d’intérêt, aggravant l’endettement public et privé. Des emplois et des opportunités d’investissement sont ainsi sacrifiés sur l’autel des conflits.
Des sanctions unilatérales aux conséquences dramatiques
Parmi les outils les plus controversés utilisés dans ces conflits, les sanctions économiques occupent une place centrale. Selon des études publiées par la revue The Lancet, les sanctions imposées en dehors du cadre de l’ONU – en particulier celles de nature économique – affectent directement les taux de mortalité des pays visés. Depuis les années 1970, ces mesures auraient causé en moyenne la mort d’environ 500 000 personnes par an, un bilan que Lula qualifie d’inacceptable dans un système censé protéger les populations.
Pour le président brésilien, « un pouvoir sans limites est synonyme d’instabilité », et « un monde sans règles est un monde d’insécurité ». Il rappelle que les prérogatives des membres permanents du Conseil de sécurité, déjà contestables dans un ordre international fondé sur « l’égalité souveraine des nations », deviennent « intolérables » lorsqu’elles sont exercées de manière irresponsable. Lula appelle donc à une réaction vigoureuse pour redonner à l’ONU réformée sa capacité d’action, afin qu’elle cesse d’être « une simple spectatrice des événements qui nous frappent tous ».
Dans l’immédiat, la communauté internationale reste divisée sur la voie à suivre. Certains pays, comme le Brésil, plaident pour un renforcement du multilatéralisme, tandis que d’autres, comme la Russie ou la Chine, défendent une approche plus pragmatique, privilégiant les rapports de force. Une chose est sûre : l’urgence d’une réponse coordonnée n’a jamais été aussi criante, alors que les conflits continuent de s’entrelacer, des steppes ukrainiennes aux rues de Gaza, en passant par les tensions en Iran et au Venezuela.
Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU sont les États-Unis, la Russie, la Chine, la France et le Royaume-Uni. Ces pays disposent d’un droit de veto sur les résolutions, ce qui leur confère un pouvoir décisionnel exclusif.
Le Brésil, sous la présidence de Lula, défend une réforme en profondeur du Conseil de sécurité pour le rendre plus représentatif et limiter l’usage du veto par les membres permanents. L’objectif est de redonner à l’ONU une capacité d’action réelle face aux crises mondiales.
