Deuxième maladie neurodégénérative la plus fréquente après la maladie d’Alzheimer, la maladie de Parkinson touche majoritairement les personnes âgées de plus de 60 ans, même si elle peut survenir plus tôt. Selon Ouest France, ses symptômes ne se limitent pas aux troubles moteurs comme les tremblements, mais incluent également des difficultés cognitives, digestives, des douleurs ou encore des troubles de l’humeur. À l’occasion de la Journée mondiale de la maladie de Parkinson, organisée le 11 avril, le quotidien a organisé un échange en direct avec le professeur Philippe Damier, neurologue au CHU de Nantes, et Marylène Jacq-Foucher, infirmière spécialisée dans l’accompagnement des patients et de leurs proches. Dix questions, parmi celles posées par les lecteurs, ont été sélectionnées pour éclairer les principaux enjeux liés à cette pathologie.
Ce qu’il faut retenir
- La maladie de Parkinson, deuxième neurodégénérative la plus fréquente, touche surtout les plus de 60 ans, mais peut survenir plus tôt.
- Son diagnostic repose sur un examen clinique et des examens complémentaires comme le Dat-scan en cas de doute.
- Parmi les traitements, la DOPA (comme le Modopar) reste la base, mais les approches non médicamenteuses (kinésithérapie, activité physique) sont essentielles.
- En France, 10 à 15 % des cas sont liés à une anomalie génétique, contre 85 à 90 % où la maladie n’est pas héréditaire.
- Le Japon a approuvé en mars 2026 un traitement par cellules souches contre Parkinson, mais son efficacité et sa sécurité à long terme restent à confirmer.
Diagnostic : comment confirmer la maladie ?
Le diagnostic de la maladie de Parkinson repose avant tout sur un examen clinique réalisé par un neurologue, indique le professeur Philippe Damier. Celui-ci évalue les symptômes spécifiques, comme les tremblements au repos, la raideur musculaire ou la lenteur des mouvements. Dans les cas complexes, un Dat-scan, une scintigraphie cérébrale, permet de mesurer le déficit en dopamine, une substance essentielle au bon fonctionnement des neurones. Ce déficit est caractéristique de la maladie. Autant dire que cette méthode offre une fiabilité diagnostique élevée dans la majorité des situations.
Tremblements : comment les distinguer d’un tremblement essentiel ?
Les tremblements sont souvent le premier signe visible de la maladie de Parkinson, mais ils ne suffisent pas à établir un diagnostic. « Le tremblement essentiel, par exemple, se manifeste lors des mouvements ou du maintien d’une posture, alors que dans la maladie de Parkinson, il apparaît plutôt au repos », explique Marylène Jacq-Foucher. Autre différence : le tremblement parkinsonien s’accompagne souvent d’autres symptômes, comme une difficulté à effectuer des gestes répétitifs ou un ralentissement généralisé. Face à ces signes, une consultation chez un neurologue s’impose pour affiner le diagnostic.
Traitements : quelles options pour les patients ?
La prise en charge de la maladie de Parkinson repose sur plusieurs piliers. D’abord, les traitements médicamenteux, dont la DOPA (présente dans le Modopar et d’autres spécialités) reste la pierre angulaire. « Ces médicaments permettent de compenser le déficit en dopamine et d’améliorer la qualité de vie des patients », précise le professeur Damier. Ensuite, les approches non médicamenteuses, comme la kinésithérapie ou l’activité physique, jouent un rôle clé. « Leur objectif n’est pas seulement d’allonger l’espérance de vie, mais surtout de préserver l’autonomie et le bien-être physique et psychique le plus longtemps possible », souligne l’infirmière spécialisée. Enfin, pour les cas résistants aux traitements classiques, des solutions comme la neurostimulation cérébrale profonde peuvent être envisagées.
Alimentation : café et thé, amis ou ennemis ?
La question revient souvent : faut-il éviter le café et le thé en cas de maladie de Parkinson ? Selon les spécialistes interrogés par Ouest France, la réponse dépend des individus. « Chez certains patients, ces boissons peuvent avoir un effet bénéfique, tandis que chez d’autres, elles aggravent le stress ou les tremblements », explique Marylène Jacq-Foucher. Autre point de vigilance : une consommation excessive de thé peut réduire l’absorption du fer, ce qui est à surveiller, notamment chez les personnes déjà sujettes aux carences. Bref, une consommation modérée et adaptée à sa tolérance personnelle reste la meilleure approche.
Innovations thérapeutiques : les cellules souches, une piste prometteuse mais à confirmer
Le Japon a franchi une étape historique en mars 2026 en approuvant la commercialisation d’un traitement par cellules souches pour les maladies cardiaques et la maladie de Parkinson. Pourtant, son utilité réelle reste débattue. « Ces cellules ne remplacent pas celles perdues à cause de la maladie, mais agissent comme des « petites usines » à dopamine », détaille le professeur Damier. Leur efficacité pourrait se rapprocher de celle des pompes à DOPA, mais des questions persistent sur leur innocuité à long terme. « Les traitements appliqués aux cellules pour les rendre fonctionnelles comportent des risques, notamment celui de favoriser l’apparition de cancers », rappelle-t-il. De plus, des études antérieures ont montré que la maladie pouvait finir par toucher les cellules greffées. Pour l’heure, les experts appellent à la prudence et attendent des données supplémentaires avant d’envisager une adoption en Europe ou aux États-Unis.
Maladie de Parkinson et hérédité : quels sont les risques ?
Dans la grande majorité des cas, soit 85 à 90 %, la maladie de Parkinson n’est pas héréditaire au sens strict, mais des facteurs génétiques peuvent favoriser son apparition en combinaison avec des éléments environnementaux. « Une seule anomalie génétique ne suffit généralement pas à déclencher la maladie », précise le neurologue. En revanche, dans 10 à 15 % des cas, une anomalie génétique unique peut être à l’origine de la pathologie, entraînant alors une transmission familiale. Dans ces situations, le risque de voir plusieurs membres d’une même famille développer la maladie augmente. Un suivi par un généticien peut être proposé pour évaluer ces risques et, le cas échéant, réaliser des analyses complémentaires.
« Le diagnostic repose sur un examen clinique et, si nécessaire, un Dat-scan. La maladie de Parkinson se caractérise par un déficit en dopamine, mesurable et spécifique. »
Professeur Philippe Damier, neurologue au CHU de Nantes
Peut-on mourir de la maladie de Parkinson ?
La maladie de Parkinson n’est pas une cause directe de mortalité, mais ses complications peuvent l’être lorsque la motricité est gravement altérée. « Grâce aux traitements disponibles aujourd’hui, l’espérance de vie des patients s’est considérablement améliorée », indique Marylène Jacq-Foucher. L’enjeu actuel est double : non seulement prolonger la durée de vie, mais aussi garantir une qualité de vie optimale le plus longtemps possible. « L’objectif n’est pas seulement de gagner des années, mais des années en bonne santé », souligne-t-elle.
Diagnostics différentiels : pourquoi les erreurs persistent-elles ?
Confondre la maladie de Parkinson avec d’autres pathologies, comme la démence à corps de Lewy, est un écueil fréquent. « Ces deux maladies appartiennent à la même famille, mais leurs manifestations diffèrent », explique le professeur Damier. Dans la maladie de Parkinson, l’atteinte motrice domine, tandis que dans la démence à corps de Lewy, les troubles cognitifs (ou « atteinte intellectuelle invalidante », comme le précise le spécialiste) sont souvent au premier plan. Ces distinctions subtiles expliquent pourquoi le diagnostic peut parfois prendre du temps. Une scintigraphie cérébrale ou d’autres examens complémentaires peuvent alors s’avérer utiles pour affiner l’évaluation.
La Journée mondiale de la maladie de Parkinson, organisée chaque 11 avril, vise justement à rappeler l’importance de ces enjeux. Des campagnes d’information et des initiatives locales, comme celles menées en Bretagne, permettent de briser l’isolement des malades et de leurs proches tout en favorisant le dialogue avec les équipes médicales.
Les premiers symptômes peuvent inclure des tremblements au repos, une raideur musculaire, des difficultés à initier des mouvements ou une lenteur gestuelle. Des signes non moteurs, comme une fatigue inexpliquée, des troubles de l’humeur (anxiété, dépression) ou des troubles du sommeil, peuvent aussi alerter. Il est conseillé de consulter un médecin traitant, qui pourra orienter vers un neurologue si nécessaire.
À ce jour, il n’existe pas de méthode avérée pour prévenir la maladie de Parkinson. Cependant, certaines études suggèrent que l’activité physique régulière, une alimentation équilibrée et la stimulation cognitive pourraient contribuer à réduire le risque ou à retarder l’apparition des symptômes. Éviter l’exposition à certains toxiques environnementaux, comme les pesticides, est également recommandé.
