La crise énergétique persiste malgré l’annonce d’un cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran, selon BFM Business. Deux jours après l’entrée en vigueur de la trêve, les prix du « pétrole physique » – c’est-à-dire des cargaisons réellement livrées – restent à des niveaux historiquement élevés. La raison ? Le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, désormais sous contrôle iranien, n’a toujours pas repris normalement, alimentant les craintes de pénuries. Les raffineries européennes et asiatiques, en quête désespérée de barils, se livrent une concurrence acharnée pour sécuriser leurs approvisionnements, maintenant les prix à un niveau élevé.

Ce qu'il faut retenir

  • Un cessez-le-feu sans reprise immédiate du trafic : malgré l’accord signé le 7 avril 2026, le détroit d’Ormuz reste partiellement bloqué, limitant les livraisons de brut.
  • Des prix records pour le pétrole physique : le Forties Blend, indicateur clé, s’échangeait à 147 dollars le baril le 9 avril, dépassant les niveaux de 2008.
  • Un écart historique entre pétrole physique et papier : alors que le Brent à terme (juin) chute sous les 100 dollars, le pétrole disponible immédiatement se négocie à des tarifs bien supérieurs.
  • Une production saoudienne en baisse : Riyad a annoncé une réduction de 600 000 barils par jour, soit 10 % de sa capacité, après des attaques attribuées à Téhéran.
  • 9 millions de barils par jour en moins : c’est le volume de pétrole non acheminé chaque jour depuis le début du conflit, selon l’Agence internationale de l’énergie.

Un marché en état d’alerte malgré la trêve

Les analystes de Morgan Stanley, cités par Reuters, soulignent que « le marché se démène pour obtenir rapidement des barils utilisables en raffinerie ». Les raffineries, en compétition pour éviter les ruptures d’approvisionnement, acceptent de payer des prix élevés, d’autant que certaines marges sur les produits raffinés restent attractives. « Craignant des ruptures d’approvisionnement, les raffineries européennes et asiatiques se livrent une concurrence acharnée », confirme Bloomberg. La situation illustre l’urgence dans laquelle se trouvent les acteurs du secteur, malgré les signes d’apaisement diplomatique.

Le détroit d’Ormuz, épicentre d’une crise persistante

Le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial, reste au cœur des tensions. Après des semaines de blocage, les armateurs hésitent à reprendre le passage, faute de garanties suffisantes. « Le marché physique indique que les barils se raréfient. Il intègre la rareté, et pas seulement le risque », explique Andrejka Bernatova, fondatrice d’un fonds d’investissement énergétique, à CNBC. Cette rareté se traduit par des prix record : le 9 avril, le Forties Blend – un brut de la mer du Nord – s’est échangé à 147 dollars le baril, un niveau supérieur aux pics de 2008. Le Brent daté, référence pour le pétrole physique, atteignait 131 dollars ce même jour, selon Platts, cité par le Financial Times.

Le « pétrole physique » vs le « pétrole papier » : une fracture inédite

La crise a creusé un fossé sans précédent entre deux indicateurs clés du marché pétrolier. D’un côté, le « pétrole papier », qui correspond aux contrats à terme (comme le Brent de juin), reflète les anticipations des traders sur l’avenir. Après l’annonce du cessez-le-feu, ces contrats ont reculé, tombant sous les 100 dollars le baril. De l’autre, le « pétrole physique », qui mesure les cargaisons réelles en circulation, reste à des niveaux élevés. « Lorsqu’il y a une pénurie physique réelle, les gens ne pensent pas à la livraison de juillet – et donc aux prix à terme de juin – mais au pétrole disponible immédiatement », observe Adi Imsirovic, expert du marché pétrolier, auprès de Reuters. Cette divergence illustre l’ampleur de la crise : le marché anticipe une amélioration, mais les stocks réels manquent cruellement.

L’Arabie Saoudite fragilisée par les attaques iraniennes

L’escalade militaire a également frappé l’Arabie Saoudite, deuxième producteur mondial de pétrole. Jeudi 9 avril, Riyad a annoncé que sa capacité de production avait été réduite de 600 000 barils par jour, soit 10 % de son niveau d’avant-guerre, en raison d’attaques attribuées à l’Iran. Cette baisse aggrave encore la pression sur l’offre mondiale, déjà affectée par l’arrêt du trafic dans le détroit d’Ormuz. Selon l’Agence internationale de l’énergie, le conflit a déjà entraîné la suppression de 9 millions de barils par jour, soit près de 10 % de l’offre globale. Ces chiffres donnent la mesure de l’impact économique d’un conflit qui dépasse largement le cadre régional.

Et maintenant ?

La situation reste incertaine. Le gouvernement français table sur une baisse de « 5 à 10 centimes » du prix à la pompe dans les prochains jours, grâce à la trêve entre Washington et Téhéran. Toutefois, JPMorgan met en garde : si le trafic dans le détroit d’Ormuz ne reprend pas d’ici juillet, le cours du Brent pourrait grimper de 15 à 20 dollars supplémentaires. Les prochaines semaines seront décisives : un rétablissement complet des flux pétroliers conditionne une décrue durable des prix. En attendant, les raffineries continuent de jouer serré pour éviter les ruptures.

Quels enseignements tirer de cette crise ?

Cette crise révèle la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement énergétiques, même en période de trêve. Elle met aussi en lumière le rôle clé des détroits maritimes dans la stabilité des marchés. Michel-Édouard Leclerc, cité par BFM Business, souligne que « l’intérêt de ceux qui font cette guerre, c’est qu’on ne retrouve pas le niveau d’avant ». Une déclaration qui rappelle que les enjeux géopolitiques et économiques sont indissociables dans ce dossier. Pour les consommateurs, la question reste entière : à quand un retour à la normale ? La réponse dépendra largement de la capacité des acteurs à sécuriser les approvisionnements dans les semaines à venir.

Le prix du « pétrole physique » reflète les cargaisons disponibles immédiatement, souvent en quantité limitée en raison des tensions géopolitiques. En revanche, le « pétrole papier » (contrats à terme) anticipe une amélioration future de l’offre, d’où sa baisse récente. « Lorsqu’il y a une pénurie physique réelle, les gens ne pensent pas à la livraison de juillet, mais au pétrole disponible immédiatement », explique Adi Imsirovic.