La Belge Lotte Kopecky, figure majeure du cyclisme féminin actuel, a remporté ce samedi 21 mars 2026 la 114e édition de la classique Milan-San Remo féminine, un parcours de 147 kilomètres marqué par une chute spectaculaire dans la descente de la Cipressa, à 18 kilomètres de l'arrivée. Selon nos confréres de Ouest France à la une, la coureuse de l'équipe Soudal Quick-Step a su profiter du chaos pour s'imposer en solitaire devant un peloton profondément bouleversé par l'incident. La victoire, la première de Kopecky sur une classique Monument, s'ajoute à son palmarès déjà impressionnant qui inclut deux titres mondiaux et trois championnats d'Europe.
Ce qu'il faut retenir
- Kopecky remporte sa première Milan-San Remo féminine après une édition perturbée par une chute massive dans la descente de la Cipressa (18 km de l'arrivée).
- La course, initialement lancée à 147 km de San Remo, a vu le peloton réduit à une poignée de concurrentes après l'incident.
- La Belge s'impose avec **32 secondes d'avance** sur l'Italienne Elisa Longo Borghini, tandis que la Néerlandaise Femke Gerritse complète le podium.
- Cette édition 2026 marque la 5e édition féminine officielle de la course, lancée en 2018 après des années de revendications pour la parité.
- Le parcours, identique à celui des hommes, a inclus les côtes de **Poggio** et de **Cipressa**, décisives pour les échappées.
Une chute historique dans la descente de la Cipressa
Alors que le peloton abordait la descente technique de la Cipressa, située à 18 kilomètres de l'arrivée, une succession de chutes a réduit à néant les ambitions de plusieurs favorites. Selon les images diffusées en direct par les diffuseurs officiels, c'est une tentative de passage en force de l'Australienne Grace Brown qui a déclenché la réaction en chaîne. Plusieurs coureuses, dont l'Allemande Mieke Kröger et la Britannique Elizabeth Deignan, ont perdu le contrôle de leur machine sur le revêtement humide, provoquant une hécatombe dans le peloton. Seules une dizaine de cyclistes, dont Kopecky, Longo Borghini et Gerritse, ont réussi à éviter l'obstacle pour se retrouver en tête à l'amorce du Poggio, ultime difficulté du parcours.
La Cipressa, montée longue de 5,6 kilomètres avec une pente moyenne de 4,1 %, est réputée pour ses virages serrés et son dénivelé cumulé de 236 mètres. Historiquement, c'est un secteur où les attaques décisives se produisent, mais en 2026, il est devenu le théâtre d'un scénario imprévu. Les commissaires de course ont immédiatement neutralisé la course après les chutes, permettant aux concurrentes touchées de se relever et de reprendre leur effort. Cette intervention a retardé le groupe de tête de près de cinq minutes, selon les estimations des organisateurs, un temps record pour une épreuve UCI World Tour.
Kopecky, reine d'une édition sous le signe du hasard
Alors que la course semblait promise à une arrivée groupée, c'est finalement une échappée de trois coureuses qui a dicté le tempo dans les derniers kilomètres. Kopecky, Longo Borghini et Gerritse ont creusé un écart décisif dans les pentes du Poggio, ultime difficulté avant les 7,5 kilomètres de faux-plat descendant vers San Remo. C'est l'Italienne, spécialiste des classiques, qui a tenté de lâcher ses deux compagnes de fugue dans les derniers hectomètres, mais Kopecky a répondu avec une accélération tranchante à 2,5 kilomètres de la ligne. La Belge a franchi la ligne d'arrivée avec 32 secondes d'avance, un écart conséquent pour une épreuve où les écarts sont généralement minimes.
Cette victoire s'inscrit dans la continuité d'une saison déjà remarquable pour Kopecky, qui a remporté le Circuit Het Nieuwsblad en février avant de se classer deuxième du Tour des Flandres. À 29 ans, la championne belge confirme son statut de leader incontestée du cyclisme féminin, même si elle a reconnu après la course que cette Milan-San Remo avait été « la plus difficile de [sa] carrière ». Elle a notamment salué la résistance de Longo Borghini, qui a mené la poursuite dans les derniers kilomètres : « Elisa a fait un travail exceptionnel pour revenir, mais je savais que si je parvenais à la distancer dans le Poggio, je pourrais gérer jusqu'à l'arrivée. »
Un parcours et un format encore en construction
La Milan-San Remo féminine, créée en 2018 après des années de lutte pour la parité, reste une épreuve en quête de reconnaissance. Contrairement à son homologue masculin, lancé en 1907, la version féminine n'a été intégrée au calendrier UCI World Tour qu'en 2020, soit trois ans après sa création. En 2026, elle partage le même tracé que les hommes, incluant les côtes mythiques du **Poggio** et de la **Cipressa**, mais avec un kilométrage réduit (147 km contre 291 km pour les hommes). Cette édition 2026 marque également l'introduction d'un nouveau système de primes, avec une dotation globale de 40 000 euros, en hausse de 10 % par rapport à 2025, mais encore très inférieure aux 200 000 euros attribués aux hommes.
Les organisateurs, représentés par la société RCS Sport, ont justifié ce choix par la volonté de « renforcer l'attractivité médiatique » de l'épreuve. Pourtant, malgré une couverture télévisée en direct dans plusieurs pays européens, la course peine encore à trouver son public. « On est encore loin du niveau des hommes en termes d'audience, mais la tendance est positive », a déclaré le directeur de la course, Mauro Vegni, lors d'une conférence de presse pré-édition. Il a également confirmé que des discussions étaient en cours pour augmenter le kilométrage dès 2027, afin de se rapprocher du format masculin. Pour l'instant, la course reste surtout un terrain d'expression pour les spécialistes des classiques, comme Longo Borghini ou la Néerlandaise Annemiek van Vleuten, absente cette année en raison d'une blessure.
Les réactions des actrices et des observateurs
La victoire de Kopecky a été saluée par l'ensemble du peloton, même si plusieurs coureuses ont exprimé leur frustration face au déroulement chaotique de la course. « C'est une journée noire pour le cyclisme féminin, a déclaré l'Espagnole Marta Bastianelli, 17e de l'épreuve. On a travaillé toute l'année pour cette course, et tout a basculé à cause d'un incident. » De son côté, Femke Gerritse, troisième sur le podium, a nuancé ce discours : « Une victoire, même dans ces conditions, reste une victoire. Kopecky a mérité son titre. »
Côté technique, les commissaires de course ont été critiqués pour leur gestion des chutes. « Ils ont attendu trop longtemps pour neutraliser la course, a estimé un directeur sportif sous couvert d'anonymat. Résultat, on a perdu un temps précieux et plusieurs coureuses ont abandonné. » L'UCI, contactée par nos soins, n'a pas encore réagi officiellement, mais une source interne a indiqué qu'un « bilan technique » serait réalisé dans les prochains jours. Par ailleurs, la question de l'équipement a été soulevée, certains coureurs pointant du doigt des conditions météo changeantes (pluie en début de course, puis ciel dégagé) qui auraient pu être mieux anticipées.
Le cyclisme féminin à la croisée des chemins
Cette édition 2026 de la Milan-San Remo féminine intervient dans un contexte de croissance sans précédent pour le cyclisme féminin, mais aussi de défis majeurs. Depuis 2020, le nombre de courses féminines a augmenté de 40 %, et la médiatisation des épreuves comme le Tour de France Femmes (créé en 2022) ou Paris-Roubaix a permis d'attirer de nouveaux sponsors. Pourtant, des disparités persistent : les salaires des coureuses restent bien inférieurs à ceux des hommes (le salaire minimum UCI pour une professionnelle est de 18 000 euros annuels pour les femmes, contre 30 000 pour les hommes), et les primes de course sont souvent symboliques.
La victoire de Kopecky pourrait cependant servir de catalyseur. La championne belge, déjà ambassadrice de plusieurs marques, a rappelé lors de sa conférence de presse que « le cyclisme féminin mérite plus de visibilité ». Son équipe, Soudal Quick-Step, a d'ailleurs annoncé hier le lancement d'une campagne de crowdfunding pour financer un bus d'assistance dédié aux équipes féminines. « On a les coureuses, on a les résultats, il manque juste les moyens pour les accompagner », a déclaré le manager de l'équipe, Patrick Lefevere. Une initiative qui pourrait inspirer d'autres formations, alors que l'UCI a fixé pour objectif une parité totale d'ici 2030.
Cette Milan-San Remo 2026 restera donc comme une édition atypique, où le hasard a plus compté que le mérite sportif. Mais elle aura au moins eu le mérite de braquer les projecteurs sur les défis structurels du cyclisme féminin, entre croissance spectaculaire et inégalités persistantes. L'avenir dira si cette course, malgré son parcours chaotique, aura marqué un tournant.
Plusieurs facteurs expliquent ce décalage. Historiquement, la course masculine, lancée en 1907, bénéficie d'une longue tradition et d'un public fidèle, tandis que la version féminine n'existe que depuis 2018. De plus, les budgets alloués à la médiatisation et aux primes sont bien inférieurs : en 2026, la dotation totale de l'épreuve féminine s'élève à 40 000 euros, contre 200 000 pour les hommes. Enfin, la couverture télévisée reste limitée, même si des progrès sont observés depuis l'intégration au UCI World Tour en 2020.
Après la Milan-San Remo, le calendrier féminin prévoit plusieurs rendez-vous majeurs : le Tour des Flandres le 29 mars, Paris-Roubaix le 12 avril, et Liège-Bastogne-Liège le 27 avril. Ces épreuves, désormais toutes intégrées au UCI World Tour, attirent les meilleures spécialistes des classiques et offrent un plateau de haut niveau.
