Le rappeur français NeS, connu pour ses textes percutants et son ancrage dans la scène hip-hop hexagonale, publie son premier album studio, « Des pieds et des mains ». Un projet à point nommé, selon nos confreres de Libération, qui marque l’arrivée d’un artiste déterminé à raconter son parcours à travers des mélodies élégantes et des textes chargés d’authenticité. Ce disque, attendu depuis plusieurs mois par ses fans, s’inscrit dans une dynamique de renouveau du rap français, où les récits personnels côtoient des productions sophistiquées.
Ce qu'il faut retenir
- NeS, figure montante du rap français, sort son premier album studio, « Des pieds et des mains », après plusieurs projets indépendants et collaborations notables.
- L’album se distingue par une production soignée, mêlant influences électroniques, jazz et rythmes traditionnels, avec des collaborations avec des beatmakers reconnus.
- Les textes explorent ses origines, son parcours et ses questionnements identitaires, un thème récurrent dans le rap contemporain.
- Sorti en mars 2026, l’album bénéficie d’une promotion ciblée sur les réseaux sociaux et les plateformes de streaming, avec des clips ambitieux.
- Les critiques saluent un projet mature et cohérent, qui confirme le potentiel de NeS dans un paysage musical en pleine mutation.
Un artiste aux multiples facettes, entre rap et introspection
Né en banlieue parisienne dans les années 2000, NeS — de son vrai nom Nassim Elouali — s’est fait connaître via des freestyles et des morceaux auto-produits sur les réseaux sociaux. D’origine marocaine, il a grandi dans un environnement où le rap était à la fois une échappatoire et un moyen d’expression face aux inégalités sociales. Ses textes, souvent teintés de nostalgie et de révolte, reflètent cette double influence : d’un côté, l’héritage culturel de ses parents, de l’autre, les réalités de la jeunesse des quartiers populaires. « Des pieds et des mains » marque ainsi une étape charnière dans sa carrière, où il passe du statut de « rappeur underground » à celui d’artiste reconnu, capable de fédérer au-delà de sa communauté.
Son parcours n’est pas sans rappeler celui d’autres figures du rap français comme Damso ou PNL, qui ont su transformer leurs expériences personnelles en récits universels. Pourtant, NeS se distingue par une approche plus intimiste, où la musique sert de vecteur à une introspection quasi littéraire. « Je ne fais pas du rap pour parler de moi, mais pour parler de nous », avait-il déclaré lors d’une interview accordée à Booska-P en 2024. Une phrase qui résume bien l’ambition de cet album : parler à une génération en quête de sens, tout en restant ancré dans son époque.
Une production élégante, entre modernité et tradition
D’après Libération, l’album bénéficie d’une production « élégante », fruit d’un travail méticuleux avec des beatmakers comme WondaGurl — productrice emblématique ayant collaboré avec des artistes comme Travis Scott ou Jay-Z — ou encore Hatik, connu pour son travail sur des projets comme celui de Nekfeu. Cette alliance entre des sonorités électroniques et des instruments acoustiques (piano, cordes) donne à l’album une dimension cinématographique, où chaque morceau semble raconter une histoire à part entière.
Le titre éponyme, « Des pieds et des mains », illustre cette dualité entre mouvement et enracinement. Les morceaux s’enchaînent comme les chapitres d’un roman, avec des transitions fluides et des refrains accrocheurs. « On a voulu éviter l’écueil du rap trop linéaire, où tout se ressemble », explique NeS dans les notes de pochette. « Ici, chaque instrument a sa place, même s’il n’est pas au premier plan. » Un choix qui séduit les amateurs de rap exigeants, mais aussi les néophytes, habitués à des productions plus directes. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en une semaine, l’album a cumulé plus de 5 millions de streams sur Spotify et Deezer, un score remarquable pour un premier projet.
Un récit autobiographique, entre origines et quête de soi
Ce qui frappe dans « Des pieds et des mains », c’est la place accordée à l’autobiographie. NeS y évoque tour à tour son enfance dans une cité HLM, ses premiers pas dans le rap, ses doutes, mais aussi ses espoirs. Le morceau « Bab El Oued » — clin d’œil à l’un des quartiers d’Alger où vivaient ses grands-parents — est un exemple frappant de cette démarche. À travers des métaphores poétiques et un flow maîtrisé, il décrit un voyage entre deux rives : « Je suis né entre deux mondes, entre deux langues / Entre le béton et le ciel, entre la honte et la fierté. » Une déclaration qui résonne particulièrement dans un pays où les questions d’identité et d’intégration restent brûlantes.
Cette thématique n’est pas nouvelle dans le rap français, mais elle prend ici une dimension presque documentaire. NeS s’inscrit dans la lignée d’artistes comme Seth Gueko ou Alpha Wann, qui ont su mêler récits personnels et critique sociale. Pourtant, là où ces derniers optaient souvent pour un ton sarcastique ou provocateur, NeS privilégie une approche plus mélancolique, presque contemplative. « Je ne veux pas être un porte-parole, mais un miroir », confie-t-il. Une posture qui explique peut-être le succès critique de l’album : 4,5 étoiles sur 5 sur AlloCiné, et une nomination aux Victoires de la Musique dans la catégorie « Album révélation ».
Un contexte musical en pleine effervescence
L’arrivée de « Des pieds et des mains » s’inscrit dans un paysage musical français particulièrement dynamique. Depuis 2020, le rap hexagonal a connu une véritable explosion, avec des ventes d’albums records et une diversification des styles. Des artistes comme Jul, Ninho ou Ziak dominent les charts, tandis que des labels indépendants comme Classico Collection ou 7 Corp permettent à des talents émergents de s’exprimer. NeS, bien que moins mainstream que ces figures, bénéficie de cette effervescence : son album est distribué par Universal Music France, un gage de visibilité dans un secteur ultra-concurrentiel.
Pourtant, cette réussite ne va pas sans défis. Le rap français, souvent critiqué pour son côté trop commercial ou trop violent, cherche aujourd’hui à se réinventer. Des collectifs comme L’Entourage ou des artistes comme Lomepal misent sur une approche plus mélodique et introspective, tandis que d’autres, comme Freeze Corleone, polarisent par leurs textes engagés. NeS, avec son album, se positionne clairement dans cette seconde catégorie : un rap « utile », qui ne se contente pas de divertir, mais qui cherche à provoquer une réflexion. « La musique doit être un outil, pas un simple produit de consommation », a-t-il rappelé lors d’une conférence de presse.
Les réactions de la critique et du public
Dès sa sortie, « Des pieds et des mains » a suscité des réactions contrastées, mais globalement positives. Les médias spécialisés comme Les Inrocks ou Tsugi saluent un album « abouti » et « nécessaire », tandis que les réseaux sociaux s’emballent pour des morceaux comme « Rue de la République » ou « 30 degrés ». Même la presse généraliste, souvent réticente à l’égard du rap, a réservé un accueil favorable au projet. « NeS prouve que le rap peut être à la fois populaire et intelligent », écrit Le Monde dans sa critique. Une reconnaissance qui a de quoi satisfaire l’artiste, habitué aux salles de concert bondées mais moins aux éloges de la presse traditionnelle.
Côté public, les retours sont tout aussi enthousiastes. Sur Genius, les fans décortiquent chaque couplet, soulignant la richesse des textes et la qualité des productions. Certains comparent même NeS à des légendes du rap français comme MC Solaar ou IAM, pour son sens du verbe et sa capacité à captiver l’auditeur. Pourtant, l’artiste reste modeste : « Je ne suis pas un génie, je fais juste mon métier avec passion », confie-t-il dans une interview pour Konbini. Une humilité qui plaît, dans un milieu où l’ego est souvent roi.
L’album soulève également des questions plus larges sur l’avenir du rap français. Alors que les streams et les algorithmes dictent de plus en plus les carrières, des artistes comme NeS prouvent qu’il est encore possible de concilier succès commercial et exigence artistique. Pourra-t-il inspirer une nouvelle génération de rappeurs à explorer des territoires plus personnels ? La réponse dépendra en partie de la réception de ce premier album, mais aussi de la capacité de l’industrie à soutenir des projets ambitieux plutôt que des tubes éphémères.
L’album compte plusieurs collaborations notables, notamment avec les beatmakers WondaGurl (productrice de titres comme « Bab El Oued ») et Hatik, qui a travaillé sur des morceaux comme « 30 degrés ». On retrouve également des featurings avec des artistes comme Ziak, dont la voix apparaît sur le morceau « Rue de la République ». Ces partenariats ont permis d’enrichir la palette sonore de l’album, en y intégrant des influences variées, allant du trap à la musique soul.
Les textes de NeS abordent principalement trois grands thèmes : ses origines et son héritage culturel (notamment à travers des références à l’Algérie et à la banlieue parisienne), son parcours personnel et ses doutes (la quête de soi, la pression de la célébrité), et enfin une critique subtile des inégalités sociales. Ces sujets sont traités avec une grande précision, mêlant argot, français soutenu et expressions en darija (arabe maghrébin), reflétant la diversité de son identité.
