Plusieurs enfants d’origine inuite placés dans des familles d’accueil danoises font toujours l’objet d’une discrimination ethnique persistante, selon une enquête des Nations unies. Des rapporteurs spéciaux de l’ONU ont récemment adressé une lettre au gouvernement danois, mettant en lumière les conséquences d’un ancien test de parentalité désormais aboli, mais dont les effets continuent de se faire sentir dans les communautés groenlandaises. Libération rapporte que ce dispositif, utilisé pour évaluer l’aptitude des parents à élever leurs enfants, a conduit à des séparations familiales disproportionnées au sein de la population inuite.

Ce qu'il faut retenir

  • Des rapporteurs spéciaux de l’ONU ont alerté Copenhague sur la discrimination ethnique subie par les familles inuites au Groenland, notamment via un ancien test de parentalité
  • Ce test, désormais supprimé, a entraîné des placements d’enfants en famille d’accueil dans des proportions jugées disproportionnées
  • Les conséquences de ce dispositif pèsent toujours sur les communautés inuites, malgré son abrogation
  • L’ONU demande des explications au Danemark et une révision des politiques de protection de l’enfance au Groenland

Les experts onusiens soulignent que ce test de parentalité, utilisé jusqu’à son retrait récent, reposait sur des critères subjectifs et culturellement biaisés. « Les évaluations réalisées dans le cadre de ce dispositif ont souvent conduit à des décisions défavorables pour les familles inuites », a déclaré un rapporteur, cité par Libération. Selon les données recueillies, les enfants inuits étaient quatre fois plus susceptibles d’être retirés à leur famille que les enfants danois, un écart qui interroge sur l’objectivité des critères appliqués.

Le Groenland, territoire autonome danois, est majoritairement peuplé par la communauté inuite. Historiquement, cette population a subi des politiques assimilationnistes, dont certaines pratiques de protection de l’enfance ont été pointées du doigt. « Ce n’est pas une question de négligence parentale, mais bien d’un système qui, sans le vouloir, discrimine sur des bases ethniques », a précisé un représentant de l’ONU. Les rapporteurs demandent au Danemark de publier des données détaillées sur les placements d’enfants au Groenland, afin d’évaluer l’ampleur des discriminations résiduelles.

Un héritage controversé des politiques de protection de l’enfance

L’ancien test de parentalité, officiellement abandonné en 2024, avait été critiqué pour son manque de transparence et son manque d’adaptation aux réalités culturelles inuites. Selon les témoignages recueillis par les experts onusiens, les travailleurs sociaux chargés des évaluations manquaient souvent de formation sur les spécificités des familles inuites, conduisant à des interprétations erronées des capacités parentales. « Dans certains cas, des pratiques traditionnelles inuites, comme l’éducation collective au sein de la communauté, ont été mal comprises et considérées comme un signe de négligence », a expliqué un membre de l’équipe de l’ONU.

Les associations locales groenlandaises dénoncent depuis des années les biais systémiques dans le système de protection de l’enfance. En 2023, une étude de l’Université du Groenland avait révélé que 30 % des enfants placés en famille d’accueil étaient inuits, alors qu’ils ne représentent que 15 % de la population de moins de 18 ans. Ces chiffres avaient alors suscité l’indignation des autorités locales, qui avaient demandé une révision complète du système.

Le Danemark face à ses responsabilités

Dans leur correspondance adressée au gouvernement danois, les rapporteurs de l’ONU exigent une réponse écrite d’ici le 15 juin 2026, précisant les mesures prises pour corriger ces discriminations. « Nous attendons des autorités danoises qu’elles s’engagent à réformer en profondeur le système de protection de l’enfance au Groenland, en collaboration avec les représentants inuits », a indiqué un porte-parole de l’ONU. Copenhague n’a pas encore réagi officiellement à ces accusations, mais le ministère des Affaires étrangères a évoqué, via un communiqué, « une volonté de dialogue » avec les autorités groenlandaises.

La question des discriminations envers les Inuits au Groenland n’est pas nouvelle. Déjà en 2018, le Comité pour l’élimination de la discrimination raciale de l’ONU avait recommandé au Danemark de « mettre fin aux pratiques discriminatoires dans le système de protection de l’enfance ». Pourtant, selon Libération, les avancées concrètes restent limitées. « Le Danemark a pris des engagements, mais les actions tardent à suivre », a souligné un militant des droits des peuples autochtones.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient être décisives pour le Groenland et le Danemark. Le gouvernement danois doit présenter d’ici mi-2026 un rapport sur les mesures prises pour répondre aux recommandations de l’ONU. Une réunion entre les autorités danoises, les représentants groenlandais et les experts onusiens est également attendue pour l’automne 2026. Pour les familles inuites, l’enjeu est double : obtenir réparation pour les préjudices subis et garantir que de tels abus ne se reproduisent plus. « Il est temps que la parole des Inuits soit enfin entendue », a conclu un responsable groenlandais.

Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de tensions entre Copenhague et Nuuk, la capitale groenlandaise, sur la gestion des questions sociales et culturelles. Les autorités locales ont d’ailleurs annoncé leur intention de créer une commission indépendante chargée d’enquêter sur les placements d’enfants au Groenland, une initiative saluée par les associations, mais qui devra démontrer son efficacité.

Le Danemark est critiqué car il gère le système de protection de l’enfance au Groenland, un territoire autonome mais dépendant de Copenhague pour de nombreuses politiques publiques. L’ONU estime que les discriminations observées sont le résultat de biais institutionnels et de critères d’évaluation inadaptés aux réalités culturelles inuites.