Le groupe de spiritueux français Pernod Ricard a confirmé dans la nuit de jeudi à vendredi discuter d'un rapprochement avec son rival américain Brown-Forman, une opération qui, si elle allait à son terme, prendrait la forme d'une fusion entre égaux, selon BFM Bourse. Cette transaction présente des risques et pourrait être dilutive, estiment les analystes.
Pernod Ricard parle fiançailles avec l'un de ses grands rivaux américains. Le groupe de spiritueux tricolore a confirmé avoir pris langue avec Brown Forman au sujet d'un potentiel rapprochement. L'entreprise a précisé que si une opération devait se produire, elle « s'apparenterait à une fusion entre égaux ».
Ce qu'il faut retenir
- Pernod Ricard et Brown-Forman discutent d'une fusion entre égaux.
- L'opération pourrait présenter des risques et être dilutive pour les actionnaires.
- La fusion permettrait aux deux entreprises de créer une entité de 14 milliards d'euros de chiffre d'affaires.
- Les deux groupes disposeraient d'une part de marché de 12% aux États-Unis.
- La famille Brown détient 23% du capital et 59% des droits de vote de Brown-Forman.
Contexte et enjeux
Le secteur des spiritueux est actuellement en crise, avec une accumulation de stocks et une baisse de la consommation, notamment en Chine. Les ventes des groupes de spiritueux ont plongé, et les craintes sur les droits de douane en Chine et aux États-Unis pèsent sur le marché. Sur cinq ans, Pernod Ricard a perdu 61% en Bourse, le leader britannique du secteur Diageo 54% et Brown Forman 60%.
La famille Ricard détient 14,3% du capital et 20,6% des droits de vote de Pernod Ricard, tandis que la famille Brown détient 23% du capital et 59% des droits de vote de Brown-Forman. Pernod Ricard assure qu'une fusion entre les deux sociétés assurerait « des synergies opérationnelles importantes » en « tirant profit des marques iconiques de Brown-Forman, notamment Jack Daniels, de la force du réseau de distribution de Pernod Ricard et de son exposition aux marchés à plus fort potentiel de croissance ».
Intérêt stratégique et complémentarité
Certes, le mariage entre Brown-Forman n'est pas dénué de sens. Barclays affirme même que l'opération présente « un intérêt stratégique et pourrait créer de la valeur dans un contexte où les facteurs de croissance à long terme du marché des boissons alcoolisées sont remis en question ».
En s'unissant, les deux groupes afficheraient des revenus d'environ 14 milliards d'euros, se rapprochant de Diageo (17,4 milliards d'euros). Les deux entreprises disposeraient, aux États-Unis, d'une part de marché de 12% (6,6% pour Pernod, 5,3% pour Brown), ce qui créerait un solide numéro deux derrière la société britannique.
Risques et obstacles
Mais même l'idée d'une fusion entre égaux ne convainc ni le marché ni les analystes. En creux, le risque serait que les termes de ce rapprochement soient défavorables aux actionnaires de Pernod Ricard. Un peu comme cela avait été le cas pour ceux de Peugeot SA, lorsque la société sochalienne avait décidé de s'unir à Fiat Chrysler pour fusionner et donner naissance à Stellantis.
Oddo BHF rappelle que la dette nette de Pernod Ricard dépasse 10 milliards d'euros pour ratio d'Ebitda (le résultat brut d'exploitation) attendu à 3,6 sur l'exercice clos en 2027. « Au regard de la taille de Brown-Forman et de la situation bilancielle de Pernod Ricard, une offre en cash apparaît totalement improbable », conclut Oddo BHF.
La conclusion de cette opération pourrait avoir des conséquences importantes pour le secteur des spiritueux et les actionnaires de Pernod Ricard et de Brown-Forman. Il est donc essentiel de suivre de près les développements futurs et les décisions qui seront prises par les deux groupes.
