L’islamologue François Burgat, ancien directeur de recherches au CNRS, comparaît ce 29 avril 2026 devant la cour d’appel d’Aix-en-Provence pour répondre d’une accusation d’apologie du terrorisme. Ce procès en appel intervient après sa relaxe en première instance, le 28 mai 2025, où huit mois de prison avec sursis avaient été requis contre lui. Selon Le Figaro, les débats porteront notamment sur des messages publiés ou relayés sur le réseau social X, ainsi que sur ses prises de position concernant le mouvement palestinien et le verdict du premier procès lié à l’assassinat du professeur Samuel Paty.

Ce nouvel épisode judiciaire s’inscrit dans un contexte où les questions liées à la liberté d’expression et à la lutte contre l’apologie du terrorisme occupent une place centrale dans le débat public. Les messages de François Burgat, qui compte plus de 30 000 abonnés sur son compte X, ont été au cœur des discussions, certains estimant qu’ils relevaient d’un exercice légitime de la liberté d’expression, tandis que d’autres y voient une forme de soutien indirect à des mouvements classés comme terroristes.

Ce qu’il faut retenir

  • François Burgat, 78 ans, est poursuivi pour apologie du terrorisme après des messages publiés sur le réseau social X.
  • Il avait été relaxé en première instance le 28 mai 2025, malgré un réquisitoire de huit mois de prison avec sursis.
  • Le parquet a fait appel, et le procès en appel se tient ce 29 avril 2026 à Aix-en-Provence.
  • Ses prises de position sur le mouvement palestinien et le conflit israélo-palestinien sont au cœur des débats.
  • Son compte X, suivi par plus de 30 000 personnes, a fait l’objet de plusieurs signalements.

Un procès aux enjeux juridiques et politiques

La défense de François Burgat s’articule autour de deux arguments principaux : d’une part, la remise en cause de la qualification juridique d’apologie du terrorisme pour ses propos, et d’autre part, l’instrumentalisation politique de cette procédure. Dans un entretien accordé en janvier 2026 à l’agence de presse turque Anadolu, proche du pouvoir à Ankara et souvent critique envers la politique française en matière de lutte contre l’islamophobie, l’universitaire avait dénoncé un « harcèlement judiciaire des voix propalestiniennes ». Il avait également affirmé que « quelques premières relaxes montrent toutefois que les piliers de la propagande israélienne vacillent ».

Pour ses détracteurs, ces propos, bien qu’ils ne constituent pas un appel direct à la violence, pourraient être interprétés comme une forme de légitimation des actions du Hamas ou d’autres groupes armés. Le procès en appel devra donc trancher sur la frontière entre liberté d’expression et apologie du terrorisme, un débat qui dépasse largement le cas de François Burgat.

Les messages incriminés : un contenu et un contexte à analyser

Les messages publiés ou relayés par François Burgat sur X, désormais X, portent principalement sur deux thèmes : le soutien affiché au mouvement palestinien et des commentaires critiques envers la justice française dans l’affaire Samuel Paty. Selon les éléments transmis lors du procès de première instance, certains de ces messages ont été interprétés comme une minimisation des actes terroristes ou une relativisation de leur gravité.

Le premier procès, qui s’était conclu par une relaxe, avait souligné l’absence d’éléments concrets prouvant une intention délibérée de soutenir le terrorisme. Cependant, le parquet a estimé que les propos de l’islamologue, bien que formulés sous couvert d’analyse géopolitique, pouvaient contribuer à créer un climat favorable à la radicalisation. La cour d’appel devra donc évaluer si ces messages, pris dans leur ensemble, relèvent de l’exercice légitime de la liberté d’expression ou s’ils franchissent la ligne rouge de l’apologie du terrorisme.

Un parcours marqué par la polémique

François Burgat, spécialiste reconnu de l’islam politique et des mouvements islamistes, a construit une carrière académique sur l’étude des dynamiques sociopolitiques dans le monde arabo-musulman. Ses travaux, souvent salués pour leur rigueur, ont également suscité de vives critiques en raison de ses positions controversées. Il a notamment été accusé de minimiser les violences commises par certains groupes armés ou de justifier leurs actions au nom d’un prétendu « contexte géopolitique ».

Ces accusations ont pris une nouvelle dimension depuis les attaques du 7 octobre 2023 en Israël et la guerre qui a suivi à Gaza. Dans ce contexte, ses prises de position en faveur de la cause palestinienne et ses critiques envers la politique israélienne ont été perçues par certains comme une forme de soutien indirect aux organisations terroristes. D’autres, en revanche, y voient une analyse légitime des conséquences d’un conflit prolongé et d’une occupation militaire.

Et maintenant ?

Les parties sont désormais en attente du délibéré, qui pourrait intervenir dans les prochaines semaines. Selon les observateurs, une condamnation pourrait renforcer les craintes d’une judiciarisation accrue du débat public sur les questions liées au Proche-Orient, tandis qu’un nouveau rejet de l’accusation pourrait être interprété comme une victoire pour les défenseurs de la liberté d’expression. Quelle que soit l’issue, ce procès devrait alimenter les discussions sur les limites de la liberté de pensée dans un contexte de tensions géopolitiques exacerbées.

La décision de la cour d’appel d’Aix-en-Provence sera scrutée avec attention, non seulement pour son impact sur François Burgat, mais aussi pour ses répercussions potentielles sur d’autres affaires similaires en cours. Les prochains mois pourraient ainsi voir se multiplier les débats sur la frontière entre opinion légitime et incitation à la haine ou au terrorisme, un sujet qui divise profondément la société française.

L’apologie du terrorisme consiste à inciter directement à commettre des actes terroristes ou à en faire l’apologie, ce qui est passible de poursuites pénales. La liberté d’expression, en revanche, permet de critiquer des politiques, des gouvernements ou des idéologies, même de manière virulente, tant que cela ne constitue pas un appel à la violence ou à la haine. La frontière entre les deux est souvent floue et dépend de l’interprétation des tribunaux.