La République islamique d’Iran utilise désormais des figurines Lego et des générateurs d’images par intelligence artificielle pour diffuser sa propagande à l’international. Une stratégie qui s’appuie sur des codes visuels et narratifs typiques de l’Occident, selon France 24. Thibault Franceschet, Emerald Maxwell et Siavosh Ghazi ont analysé cette méthode inédite de communication, mêlant culture populaire et technologie de pointe.

Ce qu'il faut retenir

  • L’Iran produit des contenus de propagande en utilisant des figurines Lego pour représenter des scènes de guerre.
  • Les images sont générées ou retouchées par des outils d’intelligence artificielle, imitant les standards visuels occidentaux.
  • Cette stratégie vise à toucher un public international, notamment via les réseaux sociaux.
  • Les thèmes abordés incluent des conflits régionaux, présentés sous un angle favorable à la position iranienne.
  • Des comptes pro-iraniens ont déjà partagé ces contenus, parfois sans mention claire de leur origine.

Une propagande modernisée par la culture pop et l’IA

Les images produites par Téhéran s’inspirent ouvertement des codes de la culture occidentale. Les figurines Lego, faciles à manipuler et reconnaissables, servent de support pour mettre en scène des scénarios militaires. « Côté esthétique, les productions iraniennes reprennent les codes des jeux vidéo ou des films d’action, avec des couleurs vives et des angles de vue dynamiques », explique un analyste interrogé par France 24. Les générateurs d’images par IA, comme MidJourney ou DALL·E, permettent ensuite d’ajouter des détails réalistes ou de modifier des éléments pour renforcer l’impact émotionnel.

Cette approche n’est pas totalement nouvelle, mais son utilisation systématique marque une évolution. « On observe une professionnalisation croissante des outils de propagande iraniens », souligne Emerald Maxwell. Les contenus sont souvent diffusés sur des plateformes comme Telegram, X (ex-Twitter) ou TikTok, où ils peuvent circuler rapidement sans vérification approfondie de leur source.

Des récits orientés pour influencer l’opinion publique

Les scénarios mis en scène par Téhéran mettent en avant des thèmes récurrents : la résistance face à l’Occident, la lutte contre « l’impérialisme américain » ou encore la défense des alliés régionaux. « Bref, ces productions visent à légitimer les actions de l’Iran en les présentant comme des actes de défense ou de justice », précise Thibault Franceschet. Par exemple, des scènes de drones ou de missiles sont parfois associées à des symboles nationaux iraniens, comme le drapeau ou des slogans politiques.

Selon France 24, certains comptes pro-iraniens ont déjà relayé ces contenus sans mention explicite de leur origine, ce qui peut induire en erreur les utilisateurs. « Le risque est de créer une confusion entre fiction et réalité, surtout lorsque les images sont partagées massivement », alerte Siavosh Ghazi.

Une stratégie adaptée aux réseaux sociaux

L’utilisation des figurines Lego et de l’IA répond à un double objectif : rendre les messages accessibles et les diffuser rapidement. Les contenus courts et visuels sont privilégiés, car ils correspondent aux formats plébiscités par les algorithmes des réseaux sociaux. « Les générateurs d’images permettent de produire du contenu en masse, à moindre coût », note un spécialiste en désinformation cité par le média. Cette méthode évite aussi les problèmes de censure liés à l’utilisation d’images réelles, souvent bloquées par les plateformes.

Toutefois, cette stratégie soulève des questions sur l’éthique et la transparence. « Quand un contenu est présenté comme un jeu ou une fiction, mais qu’il véhicule un message politique, cela relève-t-il encore de l’art ou déjà de la propagande ? », s’interroge un chercheur en communication. Pour l’instant, les plateformes peinent à identifier et modérer ces contenus, faute de directives claires.

Et maintenant ?

À court terme, cette méthode pourrait se généraliser à d’autres acteurs étatiques ou groupes armés, tant elle offre un rapport coût-efficacité élevé. Une prochaine échéance à surveiller est le sommet de l’ONU sur la désinformation, prévu en juin 2026, où ce type de pratiques pourrait être pointé du doigt. Reste à voir si les réseaux sociaux renforceront leurs mécanismes de modération pour limiter la diffusion de ces contenus.

Une chose est sûre : l’Iran a trouvé une nouvelle façon de contourner les barrières traditionnelles de la propagande, en s’appuyant sur des outils et des codes qui lui sont étrangers. Pour les observateurs, l’enjeu sera désormais de décrypter ces messages sans tomber dans le piège de leur esthétique séduisante.

La légalité dépend des législations nationales et des règles des plateformes. Certains pays interdisent la propagande de guerre, mais son cadre juridique reste flou pour les contenus générés par IA ou sous forme de fiction. Les plateformes comme X ou TikTok appliquent leurs propres politiques de modération, souvent en réaction aux signalements plutôt qu’en prévention.