Le premier ministre britannique Keir Starmer a été pris à partie jeudi 30 avril 2026 par des habitants du quartier de Golders Green, à Londres, lors d’une visite officielle au lendemain d’une attaque au couteau ayant blessé deux hommes de confession juive. Selon Le Figaro, l’incident a été qualifié d’« acte terroriste » par les autorités policières, alors que la communauté juive britannique reste sous le choc d’une série d’agressions récentes.
Cette visite, initialement destinée à marquer un soutien à la communauté juive après l’agression, s’est rapidement transformée en un moment de tension palpable. Plusieurs dizaines de manifestants s’étaient rassemblés devant les locaux d’un service d’ambulance communautaire, scandant des slogans hostiles à l’encontre du chef du gouvernement, comme « Starmer est un lâche » ou « Keir Starmer, Jew Harmer » (littéralement « Keir Starmer fait du mal aux Juifs »).
Ce qu'il faut retenir
- Deux hommes, âgés de 76 et 34 ans, ont été blessés lors d’une attaque au couteau mercredi 29 avril 2026 dans le quartier de Golders Green, à Londres.
- La police britannique a qualifié l’agression d’« acte terroriste », selon les éléments recueillis sur place.
- Keir Starmer a été vivement hué par une partie de la foule lors de sa visite de terrain le 30 avril, avec des slogans hostiles comme « Starmer est un lâche ».
- Le premier ministre a condamné l’attaque, la qualifiant d’« absolument odieuse », tout en réaffirmant que les agressions contre les Juifs visent l’ensemble du pays.
- Golders Green, quartier du nord de Londres, compte une forte population juive et a été le théâtre de plusieurs incidents antisémites ces dernières semaines.
Une visite officielle sous haute tension
Keir Starmer s’est rendu dans le quartier de Golders Green en fin de matinée pour rencontrer les représentants de la communauté juive, dans un contexte marqué par une montée des tensions communautaires au Royaume-Uni. Les images diffusées par les médias locaux montrent des véhicules officiels accueillis par des huées et des cris de protestation, alors que le cortège s’éloignait des lieux. « Ce n’est pas le moment de venir faire des discours, c’est le moment d’agir », a lancé un manifestant, selon des témoignages recueillis par Le Figaro.
La présence du premier ministre, qui avait dénoncé l’agression de la veille comme une « attaque contre le pays tout entier », n’a donc pas suffi à apaiser les tensions. Son discours, perçu comme trop timide par une frange de la population juive, a été vivement critiqué sur place. « Nous sommes sous le choc, mais nous avons besoin de actes concrets, pas de mots », a réagi un membre de la communauté, cité par la presse britannique.
Un quartier en première ligne face à la montée de l’antisémitisme
Golders Green, situé au nord de Londres, est un quartier emblématique de la vie juive britannique, avec une forte concentration de synagogues, d’écoles et de commerces kosher. Pourtant, depuis plusieurs semaines, ce secteur est régulièrement secoué par des incidents antisémites, reflétant une tendance nationale inquiétante. Selon les dernières données de la Community Security Trust (CST), une organisation britannique de surveillance de l’antisémitisme, les agressions contre les Juifs au Royaume-Uni ont augmenté de 45 % en 2025 par rapport à l’année précédente.
Mercredi, deux hommes ont été poignardés alors qu’ils se trouvaient à proximité d’une synagogue. L’un des deux, âgé de 76 ans, a subi des blessures graves, tandis que le second, un homme de 34 ans, a été touché plus légèrement. L’auteur présumé, un individu de 28 ans connu des services de police pour des faits de violence, a été arrêté peu après les faits. Les enquêteurs étudient la piste d’un mobile antisémite, bien que l’enquête soit encore en cours.
Réactions politiques et défiance envers le gouvernement
La visite de Keir Starmer a également été critiquée par une partie de la gauche britannique, qui lui reproche son manque de fermeté dans la lutte contre l’antisémitisme. Le parti travailliste, dont il est le leader, est sous pression pour adopter des mesures plus strictes, alors que des voix s’élèvent pour dénoncer une « complaisance » envers les groupes propalestiniens radicaux. « Nous attendons des actes, pas des déclarations », a souligné un député travailliste sous couvert d’anonymat.
Le gouvernement Starmer, en place depuis moins d’un an, est désormais confronté à un double défi : gérer la crise sécuritaire sur le sol britannique tout en maintenant une ligne politique équilibrée entre soutien à Israël et défense des libertés communautaires. « Chaque attaque contre un Juif est une attaque contre notre démocratie », a rappelé le premier ministre dans un communiqué, sans pour autant annoncer de mesures exceptionnelles.
La question de la sécurité des minorités religieuses au Royaume-Uni reste donc au cœur des débats, dans un contexte où les tensions géopolitiques au Proche-Orient continuent d’alimenter des divisions locales. À Londres, comme ailleurs en Europe, la capacité des gouvernements à protéger leurs concitoyens sans sacrifier les principes démocratiques sera déterminante dans les mois à venir.
Plusieurs pistes sont évoquées, comme le renforcement des patrouilles policières dans les quartiers à forte population juive, la création d’un dispositif d’alerte en temps réel pour les communautés cibles, ou encore l’adoption de lois plus sévères contre les discours de haine en ligne. Aucune décision n’a encore été officialisée, mais une réunion interministérielle devrait se tenir dans les prochains jours.