« Je m'estime super chanceuse d'être là et de pouvoir marcher » : deux mois après un spectaculaire accident lors de la manche néo-zélandaise du circuit Sail GP, l'équipage français fait son retour sur l'eau à Rio de Janeiro, selon Franceinfo - Sport.

Ce qu'il faut retenir

  • Un choc à près de 90 km/h entre le catamaran français et le bateau néo-zélandais lors de la course du 14 février 2026 à Auckland a blessé deux marins, dont la Française Manon Audinet.
  • Une semaine d'hospitalisation en Nouvelle-Zélande pour Manon Audinet, qui souffre notamment de fractures au poignet et à la cage thoracique.
  • Le bateau français, endommagé, n'a jamais été retesté depuis l'accident et participe à la manche de Rio avec un équipage en cours de rétablissement.
  • Les F50, ces catamarans volants pouvant dépasser les 100 km/h, naviguent dans des zones restreintes, augmentant les risques de collision.
  • La question de la sécurité est au cœur des débats, entre équipements limités et évolution technologique des voiliers.
  • Les Bleus, quatrièmes du classement général, avaient manqué l'étape de Sydney après l'accident et reprennent la compétition à Rio.

Un accident spectaculaire et ses conséquences

Le 14 février 2026, lors de la manche du Sail GP à Auckland, en Nouvelle-Zélande, le catamaran français et celui des Néo-Zélandais se sont violemment percutés à près de 90 km/h. L'impact a été si brutal que le bateau français s'est immobilisé instantanément, projetant Manon Audinet, navigatrice de 34 ans basée à La Rochelle, contre le volant du cockpit. « Avec le choc, je suis partie sur l'avant, se souvient-elle. J'ai tapé le volant et je l'ai cassé avec ma cage thoracique. En tout cas, c'est ce que je pense car c'est là que j'avais mal, je ne me souviens plus trop. »

L'accident a également blessé un marin néo-zélandais aux jambes. Pour Manon Audinet, les séquelles sont multiples : une semaine d'hospitalisation en Nouvelle-Zélande, suivie d'une longue rééducation. « Ça aurait pu être un vrai drame, confie-t-elle. Je m'estime super chanceuse d'être là, de pouvoir marcher, de pouvoir avoir une vie normale. » Aujourd'hui, la navigatrice reste chez elle, à La Rochelle, et admet que sa reprise est progressive. « Je ne suis pas encore rétablie du tout et il va falloir encore au moins un petit mois et demi pour espérer que tout soit réparé, notamment pour mon poignet. Je dois être patiente, ce n'est pas le plus simple et ce n'est pas ma première qualité. »

Un équipage accompagné et déterminé

L'équipe française a bénéficié d'un soutien psychologique immédiat après l'accident. Quentin Delapierre, skipper et pilote principal du bateau tricolore, assure que l'équipage a été « accompagné du mieux possible » avec des psychologues issus de l'équipe de France olympique. « Personnellement, je ne ressens pas de peur naissante ou d'appréhension, déclare-t-il. Même quand il a fallu retourner sur le bateau le lendemain, j'étais toujours concentré sur l'enjeu avec l'adrénaline de la compétition. »

Le bateau français, endommagé lors du choc, n'a jamais été retesté depuis l'accident. Pourtant, les marins tricolores, qui avaient manqué l'étape de Sydney, reprennent la compétition à Rio de Janeiro avec un objectif clair : se replacer au classement général, où ils occupent actuellement la quatrième place.

Des F50 aux limites de la sécurité

Les catamarans F50, longs de 15,24 mètres et équipés de foils, sont conçus pour voler au-dessus de l'eau à des vitesses pouvant dépasser 100 km/h. Leur maniement exige une mobilité constante des équipages, contraints de se déplacer pour les manœuvres. « Comme on a toujours besoin de se déplacer pour les manœuvres, on ne peut pas être dans un espace restreint où on serait protégé, comme dans une voiture de course », explique Manon Audinet. Les marins disposent de casques, de protections thoraciques, d'une bouteille d'oxygène et d'un couteau en cas de chute à l'eau, mais les équipements restent limités.

Quentin Delapierre, qui évoque « le championnat de voile le plus développé en termes de sécurité », souligne nonetheless que « le risque zéro n'existera jamais ». « Historiquement, notre sport est un sport lent avec des vitesses très basses et on vit une révolution depuis une dizaine d'années, développe-t-il. On se rapproche des vitesses des sports mécaniques. Pour avoir discuté avec certains pilotes, le risque de se blesser ou d'avoir des contacts assez rudes en sport mécanique, c'est quelque chose qu'un pilote assimile dès le plus jeune âge. Nous aussi, il faut accepter ce risque de collision dû à la vitesse qui augmente. »

« Le risque 0 n’existera jamais. Pour moi, c'est une chimère. La seule question à se poser, c'est comment on fait pour contrôler la gravité de ces accidents ? »
Quentin Delapierre, skipper français

Sécurité versus spectacle : un équilibre à trouver

Face à l'augmentation des risques liés à la vitesse et à la densité des flottes — 13 bateaux engagés cette saison —, des pistes sont à l'étude pour améliorer la sécurité sans sacrifier l'aspect sportif. Parmi les propositions, diviser la flotte en deux groupes dès que le vent dépasse un certain seuil. « Ça enlève de l'intérêt au côté sportif, même pour nous en tant que navigant, estime Manon Audinet. Naviguer contre 7 bateaux, c'est moins intéressant que contre 12. Il va falloir trouver l'équilibre entre la nécessité du spectacle sportif et les impératifs de sécurité. »

Une autre solution envisagée serait d'installer des alarmes supplémentaires pour prévenir les collisions, comme une alarme sonore en cas de risque de choc. « Par exemple, on a une alarme à bord qui sonne lorsqu'on est en route de collision avec un autre bateau. C'est un exemple parmi tant d'autres », précise Quentin Delapierre. Ces mesures, bien que perfectibles, reflètent l'évolution constante du Sail GP vers plus de sécurité.

Et maintenant ?

Les Français aborderont la manche de Rio de Janeiro avec un bateau partiellement réparé et un équipage encore en phase de rétablissement. Pour Quentin Delapierre, la priorité reste la compétition, mais la question de la sécurité continuera de se poser lors des prochaines étapes. Une réunion des organisateurs pourrait avoir lieu après la manche brésilienne pour évaluer les mesures à mettre en place d'ici la prochaine course, prévue en mai à Saint-Tropez. Le débat sur l'équilibre entre vitesse, spectacle et protection des marins devrait donc s'intensifier dans les mois à venir.

Si l'accident d'Auckland a rappelé les dangers inhérents aux F50, il a aussi souligné la résilience des équipages et l'engagement des organisateurs pour concilier innovation technologique et sécurité. Reste à savoir si les prochaines mesures seront suffisantes pour éviter qu'un tel événement ne se reproduise.

Les équipages du Sail GP disposent de casques, de protections thoraciques, d'une bouteille d'oxygène et d'un couteau en cas de chute à l'eau. Ces équipements, bien que limités, sont considérés comme les plus avancés dans le milieu de la voile de compétition selon Quentin Delapierre.