Alors que le secteur sud-coréen des semi-conducteurs traverse une période faste grâce au boom de l’intelligence artificielle, 40 000 employés syndiqués de Samsung Electronics se sont rassemblés jeudi 23 avril 2026 devant l’usine de Pyeongtaek, au sud de Séoul, pour exiger une revalorisation de leurs salaires et de leurs primes. Selon BFM Business, cette mobilisation s’inscrit dans un mouvement social d’ampleur qui pourrait aboutir à une grève de près de trois semaines, du 21 mai au 7 juin 2026, si aucun accord n’est trouvé avec la direction.

Ce qu'il faut retenir

  • Un rassemblement de plus de 40 000 salariés a eu lieu le 23 avril 2026 devant l’usine de Pyeongtaek, la plus grande unité de production de puces mémoire et logiques de Samsung.
  • Les syndicats réclament une augmentation de salaire de 7 %, la suppression du plafonnement des primes et leur transparence, ainsi que l’attribution de 15 % des bénéfices d’exploitation aux primes.
  • Une grève de 18 jours est prévue du 21 mai au 7 juin 2026 en cas d’échec des négociations.
  • Samsung, dont les actions ont progressé de 300 % en un an, risque des pertes estimées à 20,3 milliards de dollars en 2026 si la grève se concrétise.
  • Le différend survient alors que le groupe domine le marché des mémoires HBM, essentielles pour les centres de données liés à l’IA.

Les salariés de Samsung, qui fabriquent des puces utilisées dans l’IA et l’électronique grand public, dénoncent des années de blocage salarial malgré des profits records. Les trois syndicats représentatifs — totalisant près de 90 000 membres — exigent notamment la fin du plafond appliqué aux primes de performance, un système perçu comme une source de frustration croissante. « Nous ne reculerons pas tant qu’un système de rémunération transparent ne nous sera pas garanti », a lancé une syndicaliste sous les applaudissements, comme le rapporte BFM Business.

Les banderoles brandies lors du rassemblement portaient des messages sans équivoque : « Supprimons le plafond des primes » et « Rendons-le transparent ! ». Autant dire que les attentes sont élevées, alors que le groupe sud-coréen, premier fabricant mondial de semi-conducteurs, affiche des bénéfices colossaux portés par la demande en mémoires haute performance (HBM) utilisées dans les accélérateurs d’IA de Nvidia. Samsung a d’ailleurs été le premier à commercialiser la nouvelle génération de HBM4 cette année.

La direction de Samsung, contactée par l’AFP, s’est contentée de déclarer qu’elle « continuerait à œuvrer pour parvenir à un accord salarial dans les meilleurs délais ». Une réponse prudente, alors que la menace d’une grève perturberait une production déjà tendue. Les analystes estiment que Samsung pourrait perdre jusqu’à 20,3 milliards de dollars de bénéfices en 2026 si le mouvement se concrétise, selon des chiffres cités par l’AFP.

Un conflit social dans un contexte économique porteur

Le conflit intervient alors que le secteur technologique sud-coréen profite d’un contexte économique exceptionnel. Les entreprises du pays, dopées par la demande en puces pour l’IA, ont vu leurs valorisations exploser. Les actions de Samsung ont ainsi bondi de près de 300 % sur un an, tandis que son concurrent SK hynix a enregistré des bénéfices trimestriels historiques. Samsung, autrefois leader incontesté sur le segment des mémoires à large bande passante, tente de rattraper son retard face à SK hynix, qui a pris l’avantage sur le lucratif marché des HBM.

— « Chaque année, la direction évoque une situation de crise, a rappelé Choi Seung-ho, à la tête du principal syndicat de Samsung Electronics. Pourtant, ce ne sont pas les dirigeants qui ont permis à l’entreprise de tenir. Ce sont les salariés — les membres du syndicat — qui ont fait de Samsung le leader mondial des semi-conducteurs, en produisant, en perfectionnant les procédés, en travaillant de nuit et en améliorant les rendements. » —

Ces propos illustrent la tension croissante entre la direction et les employés, alors que le fondateur de Samsung, Lee Byung-chul, avait farouchement combattu la création de syndicats dans l’entreprise. Sa phrase célèbre — « jusqu’à ce que j’aie de la saleté sur les yeux » (expression coréenne signifiant « jusqu’à ma mort ») — reflétait une opposition historique aux organisations syndicales. Le premier syndicat de Samsung Electronics n’a été créé qu’à la fin des années 2010, bien après la disparition du fondateur en 1987.

Les enjeux industriels et économiques d’une grève

Une grève chez Samsung aurait des répercussions bien au-delà des frontières sud-coréennes. L’entreprise est un maillon essentiel de la chaîne d’approvisionnement mondiale en semi-conducteurs, notamment pour les mémoires DRAM et les puces HBM, utilisées dans les serveurs dédiés à l’IA. Une interruption de la production pourrait ralentir des secteurs entiers, des smartphones aux centres de données, en passant par les équipements industriels.

Les syndicats justifient leur mobilisation par l’écart croissant entre les profits de l’entreprise et les salaires versés. Ils réclament que 15 % des bénéfices d’exploitation soient redistribués sous forme de primes, une proposition qui, si elle était acceptée, représenterait une somme colossale pour les employés. En parallèle, la demande en puces HBM, un marché estimé à plusieurs dizaines de milliards de dollars d’ici 2027, pousse Samsung à accélérer sa production — une stratégie qui, selon les salariés, doit aussi bénéficier aux travailleurs.

Pour Samsung, le risque est double : perdre des parts de marché face à SK hynix et Micron, tout en subissant un coût économique direct lié à la grève. Les analystes estiment que les pertes pourraient atteindre 20,3 milliards de dollars en 2026, un chiffre qui reflète l’ampleur des bénéfices potentiellement menacés.

Et maintenant ?

Les négociations entre la direction de Samsung et les syndicats devraient s’intensifier d’ici le 21 mai, date prévue du début de la grève. Plusieurs rounds de discussions sont attendus dans les prochaines semaines, mais le fossé semble difficile à combler, tant les revendications portent sur des montants et des principes. Si aucun accord n’intervient, l’arrêt de travail pourrait perturber une production déjà mise à rude épreuve par la concurrence accrue sur le segment des mémoires HBM. À suivre également : l’impact potentiel de ce conflit sur la stratégie industrielle de Samsung, alors que le groupe cherche à consolider sa position face à ses rivaux.

Reste à voir si la direction acceptera de revoir ses priorités en matière de rémunération, alors que les actionnaires continuent de bénéficier des fruits d’une croissance tirée par l’IA. Une chose est sûre : dans un contexte où chaque jour de production compte, le calendrier des prochaines semaines sera crucial pour l’avenir social et économique de Samsung.

Les employés dénoncent un système où les primes de performance sont plafonnées, ce qui limite leurs revenus malgré la hausse des profits de l’entreprise. Ils estiment que cette mesure ne reflète pas leur contribution réelle à la croissance de Samsung, notamment dans un contexte où les bénéfices explosent grâce à la demande en puces pour l’IA.

Une grève chez Samsung pourrait perturber la production de puces mémoire et HBM, essentielles pour les serveurs d’IA et les équipements électroniques. Cela risquerait de créer des goulots d’étranglement pour les clients de l’entreprise, notamment dans les centres de données et l’industrie automobile, où les semi-conducteurs sont indispensables.