Un rapport publié par le laboratoire de recherche humanitaire de l’université de Yale aux États-Unis révèle que l’Éthiopie apporterait un soutien logistique et militaire aux Forces de soutien rapide (FSR), les milices paramilitaires commandées par le général Mohamed Hamdan Daglo, dit « Hemedti ». Ces dernières combattent l’armée régulière soudanaise depuis près de trois ans, un conflit qui s’est intensifié au point de déstabiliser durablement la région.

Ce qu'il faut retenir

  • L’université de Yale accuse l’Éthiopie de soutenir les Forces de soutien rapide (FSR), commandées par le général « Hemedti », dans leur conflit contre l’armée soudanaise.
  • Les FSR sont accusées d’avoir mené des attaques de drones « depuis le territoire éthiopien », selon Khartoum, une affirmation rejetée par Addis-Abeba.
  • Le conflit au Soudan dure depuis trois ans, aggravant une crise humanitaire déjà dramatique dans la région.

Des accusations étayées par une étude universitaire

D’après l’enquête menée par le laboratoire de recherche humanitaire de l’université de Yale, Addis-Abeba fournirait un appui aux FSR depuis au moins deux ans. Cette collaboration, si elle est confirmée, aggraverait les tensions entre l’Éthiopie et le Soudan, deux pays déjà fragilisés par des crises internes et des tensions frontalières. Les chercheurs s’appuient sur des preuves satellitaires et des témoignages pour étayer leurs conclusions, mais refusent pour l’instant de les rendre publiques dans leur intégralité.

Les autorités soudanaises n’ont pas manqué de réagir. Le mois dernier, l’armée régulière a accusé les FSR d’avoir lancé des attaques de drones depuis l’intérieur du territoire éthiopien. Une déclaration formulée sans équivoque : « Ces drones décollent de bases situées en Éthiopie pour frapper des positions civiles et militaires au Soudan », a indiqué un porte-parole de l’armée, cité par plusieurs médias locaux. Une affirmation catégoriquement rejetée par les autorités éthiopiennes, qui dénoncent une tentative de Khartoum de « diaboliser » Addis-Abeba.

Un conflit qui s’enlise et une région sous tension

Le conflit entre les FSR et l’armée soudanaise a éclaté en avril 2023, après des mois de tensions politiques. Depuis, le bilan humain s’alourdit : plus de 15 000 morts et plus de 10 millions de déplacés, selon les dernières estimations de l’ONU. Les combats ont également provoqué une crise humanitaire sans précédent, avec des centaines de milliers de personnes affamées et privées d’accès aux soins.

Dans ce contexte, l’implication présumée de l’Éthiopie ajoute une dimension régionale au conflit. Addis-Abeba, déjà engagée dans un conflit interne avec le Front de libération du Tigré (TPL), pourrait voir son rôle dans la crise soudanaise se renforcer. « Si ces accusations se confirment, cela signifierait que l’Éthiopie a franchi une ligne rouge en soutenant ouvertement un groupe armé étranger », a souligné un analyste spécialiste de la Corne de l’Afrique, sous couvert d’anonymat.

Des dénégations immédiates de la part d’Addis-Abeba

Face aux accusations, le gouvernement éthiopien a immédiatement démenti toute implication dans le soutien aux FSR. « L’Éthiopie n’a jamais toléré et ne tolérera jamais l’utilisation de son territoire pour des activités militaires hostiles envers un pays voisin », a déclaré le ministre éthiopien des Affaires étrangères, Dina Mufti, lors d’une conférence de presse à Addis-Abeba. Il a également rappelé que son pays avait toujours prôné une « solution pacifique » au conflit soudanais.

Pourtant, les observateurs notent que les relations entre l’Éthiopie et les FSR se sont considérablement améliorées ces derniers mois. Le général « Hemedti » a d’ailleurs effectué une visite officielle à Addis-Abeba en février 2026, où il a été reçu par le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed. Une rencontre qui a soulevé des questions sur d’éventuels accords secrets entre les deux parties.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient être déterminantes. L’ONU a appelé à une enquête indépendante sur les accusations portées par l’université de Yale, tandis que l’Union africaine pourrait convoquer une réunion d’urgence pour tenter de désamorcer la crise. Parallèlement, la pression internationale sur Addis-Abeba devrait s’intensifier, surtout si de nouvelles preuves venaient à confirmer son soutien aux FSR.

Reste à savoir si les autorités éthiopiennes parviendront à maintenir leur position de neutralité affichée. Pour le moment, le conflit au Soudan continue de s’envenimer, et la région reste sous haute surveillance.

Les FSR sont une milice paramilitaire soudanaise créée en 2013 à partir des Janjawid, des milices accusées de crimes de guerre au Darfour. Elles sont aujourd’hui dirigées par le général Mohamed Hamdan Daglo, dit « Hemedti », et jouent un rôle clé dans le conflit actuel au Soudan.