Selon Capital, la possible fusion entre les géants mondiaux des spiritueux Pernod Ricard et Brown-Forman – propriétaire du whisky Jack Daniel’s – pourrait être perturbée par une initiative inattendue. Sazerac, un autre acteur américain du secteur, a pris contact avec Brown-Forman pour explorer une « possible entente », rapporte le Wall Street Journal dans son édition du 10 avril 2026.
Ce qu'il faut retenir
- Sazerac a contacté Brown-Forman pour discuter d’une possible transaction, selon le Wall Street Journal.
- Pernod Ricard et Brown-Forman ont annoncé le 26 mars 2026 être en discussions pour une fusion « entre égaux ».
- La fusion envisagée créerait un leader mondial des spiritueux, valorisé à plus de 15 milliards d’euros pour Pernod Ricard et 12 milliards de dollars pour Brown-Forman.
- Sazerac, groupe familial de près de 400 ans, possède des distilleries en France, aux États-Unis et en Inde.
Une manœuvre stratégique de Sazerac dans un secteur en mutation
Sazerac, basé à La Nouvelle-Orléans, n’a pas confirmé officiellement cette approche. Le groupe, qui détient plus de 500 marques de spiritueux – allant du cognac au whisky en passant par la vodka –, n’a pas répondu aux sollicitations de l’AFP. De son côté, Brown-Forman n’a pas davantage commenté l’information. Pernod Ricard et son partenaire américain, eux, ont confirmé début mars leur volonté de s’unir pour former un « leader mondial des spiritueux d’envergure accrue ».
Cette annonce, faite le 26 mars 2026, avait été accueillie avec prudence par les analystes. Les deux entreprises avaient alors souligné que l’opération, si elle aboutissait, serait structurée « sous réserve d’accord entre les parties et des approbations habituelles ». Pernod Ricard, présent dans plus de 160 pays avec des marques comme Jameson, Absolut ou Ricard, et Brown-Forman, qui pèse environ 12 milliards de dollars, cherchent à consolider leur position face à une concurrence accrue et à un marché mondial des alcools en repli depuis 2025.
Un contexte difficile pour les géants des spiritueux
Les deux groupes évoluent dans un environnement marqué par un ralentissement des ventes, notamment en Chine et aux États-Unis. En 2025, Pernod Ricard a enregistré un repli de ses résultats, en partie imputé à ces marchés. La fusion envisagée avec Brown-Forman vise justement à mutualiser leurs forces pour mieux résister à la baisse de la demande et aux pressions tarifaires.
Pour autant, l’arrivée de Sazerac dans le dossier pourrait rebattre les cartes. Le groupe américain, dont l’histoire remonte à 1630, possède un portefeuille diversifié incluant des marques emblématiques comme Pappy Van Winkle (bourbon) ou Herbsaint (liqueur anisée). Ses distilleries sont réparties sur trois continents : Kentucky (États-Unis), Cognac (France) ou encore Goa (Inde). Une telle synergie avec Brown-Forman – si elle devait se concrétiser – pourrait donner naissance à un nouveau mastodonte des spiritueux, capable de rivaliser avec les leaders actuels.
Les déclarations officielles laissent planer le doute
Dans un communiqué commun diffusé le 26 mars, Pernod Ricard et Brown-Forman avaient présenté leur projet comme une fusion « entre égaux », précisant que le nouvel ensemble « donnerait naissance à un leader mondial des spiritueux ». Pernod Ricard avait alors évoqué une opération « sous réserve d’accord entre les parties », tandis que Brown-Forman avait indiqué explorer « régulièrement » des « opportunités stratégiques ». Aucune précision n’a été apportée depuis sur l’avancement des négociations.
Côté Sazerac, la discrétion reste de mise. Le groupe, contrôlé par la famille américaine Benson, n’a pas encore révélé la nature exacte de son approche ni les modalités d’une éventuelle transaction. Une chose est sûre : l’intérêt pour Brown-Forman est réel, tant ses actifs (dont Jack Daniel’s, l’une des marques de whisky les plus vendues au monde) en font une cible de choix pour plusieurs prétendants. Capital souligne que la valorisation de Brown-Forman, estimée à 12 milliards de dollars, place l’entreprise dans une position favorable pour des discussions.
Reste à savoir si Sazerac parviendra à convaincre Brown-Forman de privilégier une alliance avec lui plutôt qu’une fusion avec Pernod Ricard. Une chose est certaine : le secteur des spiritueux, déjà en pleine recomposition, pourrait connaître un nouveau tournant d’ici quelques semaines.
Une telle fusion créerait le premier groupe mondial des spiritueux, avec un chiffre d’affaires combiné dépassant les 20 milliards d’euros. Elle permettrait de mutualiser les forces commerciales et logistiques des deux groupes, tout en renforçant leur position face aux concurrents comme Diageo ou Beam Suntory. Cependant, elle nécessiterait l’aval des autorités de la concurrence, notamment en Europe et aux États-Unis, en raison de la domination potentielle sur certains segments du marché.
