Alors que l’inauguration de la tour Triangle, future pyramide de verre de 180 mètres située porte de Versailles à Paris, est prévue pour début janvier 2027, les conditions dans lesquelles ce projet a été attribué au promoteur Unibail refont surface. Selon Libération, des échanges confidentiels révèlent les interventions de l’ancienne Première ministre Élisabeth Borne et de la mairie de Paris, il y a plus de quinze ans, dans l’attribution de ce contrat. Ces documents, consultés par le quotidien, alimentent les soupçons d’un montage administratif avantageux pour Unibail, actuellement sous enquête du Parquet national financier (PNF).

Ce qu'il faut retenir

  • Le projet de la tour Triangle, porté par Unibail, doit être inauguré en janvier 2027 après plus de quinze ans de développement.
  • Des échanges confidentiels, consultés par Libération, montrent l’implication de l’ancienne Première ministre Élisabeth Borne et de la mairie de Paris dans l’attribution du projet.
  • Unibail est aujourd’hui visé par une enquête du Parquet national financier pour suspicion de favoritisme.
  • Les documents évoquent un montage administratif jugé « ultrafavorable » au promoteur, selon les termes utilisés dans l’article.

Un projet né dans l’ombre des années 2010

Le chantier de la tour Triangle, dont la silhouette doit dominer l’ouest parisien, a démarré en 2021 après des années de tergiversations administratives et juridiques. Pourtant, comme le rapporte Libération, les fondations de ce projet remontent à plus de quinze ans. Les documents consultés par le quotidien révèlent que des acteurs politiques de premier plan, dont Élisabeth Borne, alors ministre du Travail puis de l’Écologie sous François Hollande, ont joué un rôle clé dans l’attribution du marché à Unibail. Ces échanges, décrits comme « secrets » par la presse, interrogent sur la transparence des décisions prises à l’époque.

Selon les informations de Libération, le montage aurait permis à Unibail de bénéficier de conditions particulièrement avantageuses, notamment en matière de droits à construire et de délais d’instruction. Des éléments qui, aujourd’hui, alimentent les critiques sur la gestion du projet par les autorités parisiennes de l’époque. Borne, contactée par Libération, n’a pas répondu aux demandes de précisions, tandis que la mairie de Paris, aujourd’hui dirigée par Anne Hidalgo, n’a pas non plus réagi officiellement.

Une enquête du PNF qui relance les questions

L’affaire prend une nouvelle dimension depuis que le Parquet national financier a ouvert une enquête pour « prise illégale d’intérêts » et « favoritisme ». Cette procédure, lancée en 2025, vise spécifiquement les conditions dans lesquelles Unibail a obtenu le permis de construire et les dérogations nécessaires à la réalisation du projet. D’après Libération, les enquêteurs s’intéressent notamment aux échanges entre responsables politiques et représentants du promoteur, ainsi qu’aux éventuels conflits d’intérêts sous-jacents.

Les documents consultés par Libération suggèrent que certains acteurs auraient bénéficié d’informations privilégiées ou de passe-droits lors de l’élaboration du dossier. Unibail, de son côté, assure que toutes les procédures ont été respectées. Le promoteur, spécialisé dans les centres commerciaux et les grands projets urbains, n’a pas communiqué davantage sur le sujet.

Un symbole des dérives des grands projets parisiens ?

La tour Triangle incarne, pour ses détracteurs, les dérives potentielles des grands projets urbains à Paris : opacité des décisions, poids des lobbies immobiliers et manque de concertation. Le projet, initialement présenté comme un symbole de modernité, est aujourd’hui au cœur de polémiques récurrentes. Entre coûts pharaoniques – estimés à plus d’un milliard d’euros –, impact environnemental contesté et suspicions de favoritisme, la tour cristallise les tensions autour de la politique urbaine parisienne.

Pour ses défenseurs, comme certains élus de la majorité municipale, ce projet reste un levier essentiel pour désenclaver le sud-ouest parisien et dynamiser un quartier en pleine mutation. Reste que les révélations de Libération alimentent un climat de défiance, d’autant que le PNF n’a pas encore rendu ses conclusions. Bref, autant dire que le débat sur la légitimité de ce montage – et de ses bénéficiaires – est loin d’être clos.

Et maintenant ?

L’enquête du PNF, dont les conclusions pourraient tomber d’ici la fin 2026, s’annonce déterminante. Si des manquements sont établis, cela pourrait entraîner l’annulation des autorisations accordées à Unibail, voire des sanctions pénales contre les responsables politiques impliqués. Par ailleurs, le calendrier du projet – avec une inauguration prévue en janvier 2027 – pourrait être perturbé, même si le chantier se poursuit pour l’instant sans entrave.

Côté mairie de Paris, la question d’un éventuel recours en justice contre les décisions passées pourrait aussi se poser, dans un contexte où la transparence des marchés publics est de plus en plus scrutée. Reste à voir si ces révélations conduiront à un durcissement des règles encadrant les grands projets urbains dans la capitale.

En attendant, le mystère persiste sur l’ampleur réelle des arrangements passés. Qui savait quoi, et à quel moment ? Les réponses pourraient bien venir des bureaux du PNF… ou des archives encore inexplorées.

Le projet cristallise plusieurs critiques : son coût estimé à plus d’un milliard d’euros, son impact environnemental (notamment en termes d’artificialisation des sols), et surtout les soupçons de favoritisme entourant son attribution à Unibail, révélés par Libération. Le montage administratif jugé « ultrafavorable » au promoteur, ainsi que les interventions présumées d’anciens responsables politiques comme Élisabeth Borne, alimentent un climat de défiance.