Selon Courrier International, les relations entre l’Ukraine et Israël se tendent après qu Kiev a accusé des navires transportant des céréales issues de territoires ukrainiens occupés par la Russie d’accoster dans le port israélien de Haïfa ces dernières semaines. Une accusation relayée par le président ukrainien Volodymyr Zelensky lui-même, qui a appelé mercredi 29 avril les autorités israéliennes à saisir un de ces navires suspectés.
Ce qu’il faut retenir
- Quatre pays — Israël, la Turquie, l’Égypte et l’Algérie — sont concernés par l’arrivée de céréales ukrainiennes dont l’exportation est jugée illégale par Kiev, selon le porte-parole du ministère ukrainien des Affaires étrangères, Heorhiy Tykhiy.
- Les services de renseignement ukrainiens affirment que la Russie exporte massivement des céréales récoltées dans les territoires occupés, une pratique qualifiée d’illégale par le gouvernement de Volodymyr Zelensky.
- Zelensky a directement interpellé Israël, exigeant la saisie d’un navire suspecté de transporter ces céréales, lors d’une intervention publique le 29 avril.
- Les autorités ukrainiennes évoquent la complicité de personnes locales liées aux occupants russes dans l’organisation de ces exportations.
- Cette affaire s’inscrit dans le contexte plus large des tensions géopolitiques entre Kiev et Moscou, alors que la guerre en Ukraine dure depuis plus de deux ans.
Une accusation portée par Kiev et reprise par la BBC ukrainienne
L’affaire a pris de l’ampleur après qu’un média ukrainien, la version locale de la BBC, a révélé que plusieurs navires transportant des céréales supposément « volées par la Russie » avaient accosté à Haïfa. Ces révélations ont poussé le président ukrainien à s’exprimer officiellement, exigeant des autorités israéliennes qu’elles agissent pour empêcher la réception de ces cargaisons. « La Russie récupère systématiquement les céréales dans les territoires ukrainiens temporairement occupés et organise leur exportation avec des personnes [locales] liées aux occupants », a déclaré Zelensky lors d’une prise de parole publique.
Des exportations illégales qui dépassent les frontières israéliennes
Heorhiy Tykhiy, porte-parole du ministère ukrainien des Affaires étrangères, a précisé que ces exportations ne se limitaient pas à Israël. « Des cargaisons de même type ont été identifiées en approche de la Turquie, de l’Égypte, de l’Algérie et d’autres pays », a-t-il indiqué sur la chaîne d’information Souspilné. Selon les données du renseignement ukrainien, rapportées par ce même média, la Russie organiserait depuis des mois des circuits d’exportation de céréales issues des régions occupées de l’Ukraine, notamment la Crimée et des zones de l’oblast de Kherson ou de Zaporijjia.
Le rôle central de la Russie dans l’exploitation des terres occupées
Les autorités ukrainiennes dénoncent une stratégie russe visant à piller les ressources agricoles des territoires conquis. Des rapports d’ONG et de journalistes locaux avaient déjà alerté sur ce phénomène, montrant comment Moscou utilisait les infrastructures portuaires de Crimée — sous contrôle russe depuis 2014 — pour exporter du blé et d’autres céréales sous de fausses étiquettes ou via des sociétés écrans. Kiev dénonce une violation flagrante du droit international, rappelant que l’exportation de ressources naturelles depuis des territoires occupés est interdite par le droit de la guerre.
Israël face à un dilemme diplomatique
L’intervention de Zelensky place Israël dans une position délicate. D’un côté, le pays entretient des relations diplomatiques et économiques avec l’Ukraine, et a apporté un soutien humanitaire et militaire à Kiev depuis le début de l’invasion russe en février 2022. De l’autre, Israël, qui importe une partie de ses besoins en blé, pourrait se retrouver malgré lui impliqué dans un contentieux avec Moscou. Les autorités israéliennes n’ont pas encore réagi officiellement à l’appel de Zelensky, mais l’affaire risque de peser sur les discussions en cours entre les deux pays.
Pour l’heure, les données ukrainiennes suggèrent que ces exportations illégales continuent, malgré les dénonciations de Kiev. Selon des sources locales citées par la BBC ukrainienne, plusieurs cargos auraient quitté les ports de Crimée en direction de la Méditerranée orientale ces dernières semaines, sous couvert de transits vers des destinations finales en Afrique ou au Moyen-Orient.
La question reste donc entière : dans quelle mesure les pays importateurs, comme Israël ou la Turquie, vérifieront-ils l’origine réelle des céréales qu’ils achètent ? Et jusqu’où la Russie ira-t-elle dans l’exploitation économique des territoires occupés, malgré les sanctions internationales ? Autant de questions qui pourraient, à terme, alimenter de nouvelles tensions sur la scène internationale.
Kiev affirme que Moscou organise l’exportation de céréales récoltées dans les territoires ukrainiens occupés — notamment en Crimée, à Kherson ou à Zaporijjia — via des sociétés locales liées aux forces russes. Ces exportations seraient illégales au regard du droit international, qui interdit l’exploitation des ressources naturelles dans les zones occupées. L’Ukraine dénonce un pillage organisé, visant à financer indirectement la guerre.
Selon les autorités ukrainiennes, des navires transportant ce type de cargaisons auraient accosté en Israël, en Turquie, en Égypte et en Algérie ces dernières semaines. D’autres destinations pourraient être concernées, mais Kiev n’a pas fourni de liste exhaustive.