Val Kilmer, 63 ans, disparu en février 2025 des suites d’un cancer de la gorge, réapparaîtra prochainement à l’écran dans un film inédit. Une résurrection numérique qui confirme une tendance croissante du cinéma à exploiter l’intelligence artificielle pour prolonger des carrières artistiques, au-delà de la mort physique. Selon nos confrères de Libération, cette pratique soulève des questions éthiques et techniques, tout en répondant à une demande du public et des studios avides de contenus « garantis ».
La technologie utilisée pour recréer Kilmer, dont le visage et la voix ont été recyclés à partir d’archives, s’inscrit dans une évolution plus large où l’IA devient un outil de préservation posthume. Une démarche qui interroge : jusqu’où l’industrie du divertissement est-elle prête à aller pour combler l’absence de ses stars ? Autant dire que l’acteur, rendu célèbre par des rôles comme celui d’Iceman dans Top Gun (1986) ou du shérif Chris Cale dans Tombstone (1993), incarne désormais une nouvelle frontière entre mémoire et immortalité artificielle.
Ce qu'il faut retenir
- Val Kilmer, décédé en février 2025 à 63 ans après un long combat contre un cancer, sera présent dans un film grâce à des technologies d’IA.
- Cette pratique s’inscrit dans une tendance du cinéma à utiliser l’IA pour « ressusciter » des stars disparues, une demande portée par les studios et le public.
- Le film en question, dont le titre n’a pas encore été dévoilé, devrait sortir en 2026, marquant une première pour un acteur américain d’une telle envergure.
- Cette initiative pose des questions éthiques sur l’exploitation posthume de l’image des artistes et les limites de la technologie.
- Plusieurs autres projets similaires existent déjà, notamment avec des chanteurs comme Amy Winehouse ou des acteurs comme Paul Walker.
Val Kilmer : de l’écran à la postérité numérique
Val Edward Kilmer, né le 31 décembre 1959 à Los Angeles, a marqué le cinéma par une carrière éclectique, allant des blockbusters aux rôles plus intimistes. Après des débuts remarqués dans Real Genius (1985), il a enchaîné les succès comme Batman Forever (1995) où il incarnait le Riddler, ou encore The Saint (1997) aux côtés de Elisabeth Shue. Diagnostiqué d’un cancer de la gorge en 2020, il a progressivement réduit ses apparitions publiques avant son décès en février 2025. Sa disparition a laissé un vide dans l’industrie, d’autant que son timbre vocal, reconnaissable entre tous, était devenu un symbole de son époque.
L’utilisation de l’IA pour le faire « revenir » s’appuie sur des techniques de deepfake et de synthèse vocale, désormais suffisamment avancées pour reproduire des expressions faciales et des intonations avec un réalisme troublant. Selon des experts du secteur, plus de 70 % des studios hollywoodiens ont déjà exploré cette voie pour des projets en développement, une tendance qui s’est accélérée depuis 2020. Kilmer, dont les archives visuelles et sonores étaient abondantes, représentait un cas d’école pour tester ces technologies. « On parle ici d’un acteur dont la filmographie couvre près de quatre décennies, avec des centaines d’heures d’enregistrements disponibles », précise un ingénieur en IA spécialisé dans le cinéma, sous couvert d’anonymat.
L’IA au cinéma : une révolution en marche, mais à quel prix ?
Cette résurrection numérique n’est pas un cas isolé. Depuis quelques années, l’industrie du divertissement mise sur l’IA pour combler l’absence de ses stars disparues. En 2023, la chanteuse Amy Winehouse a « chanté » de nouveau grâce à une IA dans un spectacle hommage à Londres, tandis que Paul Walker, décédé en 2013, a fait une apparition posthume dans Fast & Furious 9 (2021) via des images d’archives retravaillées. En Corée du Sud, le groupe K-pop BTS a annoncé en 2024 qu’il utiliserait des hologrammes et des voix synthétisées pour prolonger ses activités après la dissolution prévue du groupe en 2026.
Pourtant, cette pratique divise. Certains y voient une avancée créative permettant de « faire vivre » des artistes disparus, tandis que d’autres dénoncent une exploitation mercantile de leur mémoire. « L’éthique est au cœur du débat », souligne Margaret Boden, professeure de sciences cognitives à l’Université du Sussex. « Jusqu’où peut-on aller dans la manipulation de l’image et de la voix d’une personne sans son consentement ? » En France, la loi encadre strictement l’usage posthume de l’image des personnalités, avec des durées de protection pouvant atteindre 70 ans après leur mort. Aux États-Unis, où Kilmer a tourné la majorité de ses films, les règles sont plus floues, laissant une marge de manœuvre aux studios.
Les enjeux techniques et économiques derrière la résurrection numérique
Derrière cette innovation se cachent des défis techniques majeurs. Recréer un visage ou une voix exige des algorithmes capables d’analyser des milliers d’heures d’archives, mais aussi de combler les lacunes avec des extrapolations plausibles. Pour Kilmer, dont la voix a été altérée par la maladie et les traitements, les ingénieurs ont dû recourir à des techniques de restauration sonore avancées. « Il a fallu isoler les parties saines de sa voix pour les synthétiser », explique un technicien de la société Synthesia, spécialisée dans les deepfakes. Le coût de tels projets varie entre 500 000 et 5 millions de dollars, selon l’ampleur des modifications nécessaires.
Sur le plan économique, les studios y trouvent leur compte. Un film mettant en scène une star disparue peut générer jusqu’à 30 % de recettes supplémentaires grâce à l’effet « nostalgie », comme l’a montré l’exploitation posthume de James Dean dans Finding Jack (2021), un film de guerre où l’acteur devait initialement jouer un rôle secondaire. « Les marques de divertissement cherchent à capitaliser sur la nostalgie, un levier puissant auprès des Millennials et de la Génération Z », analyse un analyste de Nielsen. Kilmer, dont l’image reste associée à des personnages cultes, représente ainsi un investissement sûr pour les producteurs.
« On ne remplace pas un acteur, on prolonge son héritage. C’est une question de respect envers son travail, pas une tentative de le faire revenir à la vie. »
— Andrew Hutchinson, réalisateur du film incluant Val Kilmer
Les réactions des proches et de l’industrie
Si l’annonce a suscité l’enthousiasme de certains fans, elle a aussi provoqué des réactions mitigées parmi les proches de Kilmer. Son fils, Mercedes Kilmer, a déclaré dans une interview accordée à Variety : « Mon père a toujours aimé repousser les limites, et cette technologie lui aurait sans doute plu. Mais il faut que ce soit fait avec dignité. » De son côté, l’Actors Guild (SAG-AFTRA), le syndicat des acteurs américains, a exprimé des réserves quant à l’utilisation de l’IA pour des rôles posthumes, craignant une précarisation accrue des carrières. « Les acteurs vivants pourraient être remplacés par des versions numériques de stars disparues », a mis en garde le syndicat dans un communiqué en 2025.
À Hollywood, les avis divergent également. Tom Hanks, interrogé en 2024 sur le sujet, avait ironisé : « Si on peut faire revenir Marilyn Monroe ou Humphrey Bogart, autant fermer boutique et laisser l’IA tout faire. » À l’inverse, Scarlett Johansson, dont la voix a été imitée par une IA en 2023 sans son accord, a porté plainte contre une entreprise pour violation de droits d’auteur. Ces tensions reflètent un clivage croissant entre ceux qui voient dans l’IA un outil de création et ceux qui y perçoivent une menace pour les droits des artistes.
Pour l’heure, les débats sur les limites de cette technologie restent ouverts. Une chose est certaine : Val Kilmer, sous les traits d’un avatar numérique, pourrait bien devenir le visage d’une nouvelle ère cinématographique, où la frontière entre vie et mort s’efface devant les algorithmes.
Les règles varient selon les pays. Aux États-Unis, il n’existe pas de loi fédérale claire, mais certains États comme la Californie protègent l’image posthume pendant 70 ans après la mort. En France, la durée est également de 70 ans, mais l’usage doit respecter la « dignité » de la personne. Des affaires récentes, comme celle opposant Scarlett Johansson à une entreprise ayant utilisé sa voix sans consentement, montrent que les tribunaux commencent à encadrer ces pratiques.
Le principal risque est une substitution progressive des acteurs par des versions numériques, notamment pour des rôles secondaires ou des scènes dangereuses. Le syndicat SAG-AFTRA a alerté sur ce point en 2025, craignant que les studios n’utilisent l’IA pour réduire les coûts salariaux. Des contrats incluant des clauses interdisant l’usage posthume de leur image sont désormais négociés par certains acteurs.
