Près de cinquante dirigeants mondiaux, dont le Premier ministre canadien Mark Carney, se sont retrouvés à Erevan, en Arménie, pour le 8ᵉ sommet de la Communauté politique européenne. Selon Euronews FR, cette réunion, placée sous le thème « Construire l’avenir : unité et stabilité en Europe », marque une étape importante dans un contexte de profondes transformations géopolitiques. À l’issue de ce sommet, le président français Emmanuel Macron effectuera une visite d’État en Arménie, confirmant l’intérêt de Paris pour ce pays du Caucase du Sud.
Ce qu'il faut retenir
- Près de 50 dirigeants — dont les dirigeants des 27 États membres de l’UE, le Premier ministre britannique Sir Keir Starmer, le président ukrainien Volodymyr Zelensky, et le Premier ministre polonais Donald Tusk — sont présents à Erevan.
- Pour la première fois, un pays non européen, le Canada, participe à ce sommet en tant qu’invité.
- Le sommet est coprésidé par le président du Conseil européen, António Costa, et le Premier ministre arménien, Nikol Pashinyan.
- L’Arménie organise en marge un premier sommet UE-Arménie, signe de son rapprochement progressif avec l’Union européenne.
- L’Arménie, dirigée par Nikol Pashinyan, cherche à diversifier ses alliances, après des années de tensions avec la Russie.
Les premiers dirigeants ont commencé à arriver dimanche à Erevan en prévision de cette réunion, qui se tient dans un contexte marqué par des tensions géopolitiques croissantes, notamment entre les États-Unis et l’Iran. Selon Euronews FR, ce sommet intervient alors que le monde fait face à des « ruptures » dans la gouvernance mondiale, comme l’a souligné le Premier ministre canadien Mark Carney lors du Forum économique mondial en Suisse. « L’Europe et le Canada sont plus que de simples partenaires partageant les mêmes valeurs : ensemble, nous construisons une alliance mondiale pour défendre la paix, la prospérité commune et le multilatéralisme », a déclaré António Costa à son arrivée.
La Communauté politique européenne (CPE), créée en 2022 après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, sert de forum de discussion pour les questions politiques et stratégiques touchant l’avenir de l’Europe. Ce sommet à Erevan réunit des pays aux profils variés : certains, comme l’Ukraine, cherchent un soutien face aux conflits en cours, tandis que d’autres, comme le Canada, voient dans cette instance une opportunité d’élargir leur influence.
Un sommet sous haute tension géopolitique
Parmi les sujets au cœur des discussions, les tensions entre les États-Unis et l’Iran occupent une place centrale. Plusieurs dirigeants devraient aborder ce dossier lors de leurs échanges bilatéraux ou en séance plénière. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, présent à Erevan, devrait également tenir des réunions avec plusieurs pays en marge du sommet, confirmant l’importance de ce forum pour Kiev.
Le Premier ministre canadien Mark Carney, dont la présence marque une première pour un pays non européen, a insisté sur la nécessité pour les puissances intermédiaires de « tracer une nouvelle voie » et de s’unir pour défendre les valeurs internationales. Ses propos reflètent les craintes d’un affaiblissement de l’ordre mondial dirigé par les États-Unis, notamment sous la présidence de Donald Trump. « Les relations entre l’Europe et le Canada avec les États-Unis évoluent sous Trump », note Euronews FR, « ces deux entités se sont de plus en plus rapprochées dans de nombreux domaines ».
L’Arménie, entre Moscou et Bruxelles
L’Arménie, ancienne république soviétique, organise en parallèle du sommet un premier sommet UE-Arménie, une initiative symbolique pour le pays. Erevan cherche en effet à prendre ses distances avec la Russie, son allié historique, après des années de tensions, notamment sur le rôle des forces de maintien de paix russes lors des conflits avec l’Azerbaïdjan. « Pour l’Arménie, ce sommet avec l’UE vise à dire à l’Union européenne : « nous sommes là et nous sommes prêts » », a expliqué Olesya Vartanyan, analyste spécialisée dans le Caucase du Sud.
Sous la direction de Nikol Pashinyan, l’Arménie a adopté une stratégie de « diversification », cherchant à équilibrer ses relations entre la Russie et l’Occident. Ce pays de trois millions d’habitants, situé à la croisée de l’Europe et de l’Asie, a signé en 2017 un accord de partenariat global avec l’UE, renforçant sa coopération commerciale et politique. En 2025, le pays a adopté une loi officialisant son intention de demander l’adhésion à l’Union européenne.
Lors de sa visite à Erevan en mars 2026, la commissaire européenne à l’élargissement, Marta Kos, avait déclaré que « l’Arménie et l’UE n’ont jamais été aussi proches ». Cette proximité s’inscrit dans un contexte où l’UE cherche à élargir son influence dans le Caucase, une région traditionnellement sous l’influence russe. « En réalité, il s’agit d’un processus par lequel l’Arménie tente d’établir des relations avec l’Union européenne », a analysé le politologue Alexander Iskandaryan.
Un forum qui gagne en importance
La CPE, qui regroupe désormais 44 pays, s’impose peu à peu comme un espace de dialogue alternatif à l’UE, notamment pour les États qui ne souhaitent ou ne peuvent pas adhérer à l’Union. Ce sommet à Erevan illustre cette dynamique, avec la participation de pays aussi variés que le Royaume-Uni, la Turquie ou encore le Kazakhstan. « Ce forum permet de discuter de questions politiques sans l’obligation de respecter des critères stricts, comme c’est le cas pour l’adhésion à l’UE », souligne un observateur.
Pour l’Union européenne, cette réunion est aussi l’occasion de réaffirmer son engagement envers les pays du partenariat oriental, une région où la Russie tente de maintenir son influence. Les discussions à Erevan pourraient ainsi déboucher sur des annonces symboliques, comme un renforcement de la coopération énergétique ou sécuritaire avec l’Arménie.
Si la CPE se positionne comme un acteur clé du dialogue européen, son avenir dépendra de sa capacité à transformer ces rencontres en actions concrètes. Pour l’instant, Erevan incarne cette quête d’équilibre entre stabilité et ambition, entre héritage soviétique et aspirations européennes. Autant dire que les discussions de ces prochaines heures seront suivies de près, bien au-delà des frontières du Caucase.
La CPE a été créée en 2022 pour offrir un forum de discussion politique et stratégique à ses membres, en complément des institutions existantes comme l’UE. Ses objectifs incluent la promotion de la stabilité en Europe, la réponse aux crises géopolitiques et la coopération entre pays membres, qu’ils soient ou non membres de l’UE.
Le Canada est le premier pays non européen à participer à un sommet de la CPE. Sa présence marque une volonté de renforcer les liens entre l’Europe et l’Amérique du Nord, notamment dans un contexte de tensions avec les États-Unis sous l’administration Trump.