Alors que la bande de Gaza compte aujourd’hui plus de 60 millions de tonnes de débris issus des destructions liées à la guerre, une initiative locale tente de pallier l’absence de matériaux de construction. Selon RFI, des entrepreneurs gazaouis ont mis au point une méthode pour transformer les gravats en ciment, une solution improvisée mais vitale dans un territoire où les approvisionnements restent bloqués.
Ce qu'il faut retenir
- Plus de 60 millions de tonnes de débris jonchent Gaza après des années de conflits, selon les estimations de l’ONU.
- Israël maintient un blocus sur l’importation de matériaux de construction, aggravant la pénurie.
- Des entrepreneurs locaux ont développé une technique pour fabriquer du ciment à partir de gravats recyclés.
- Cette solution improvisée répond à un besoin urgent de reconstruction dans l’enclave palestinienne.
La guerre a laissé derrière elle des paysages dévastés. Les bâtiments effondrés, les rues obstruées par les décombres et les infrastructures réduites en poussière composent désormais le quotidien des habitants de Gaza. « Le déblaiement des ruines représente le travail d’une génération », a souligné un expert cité par RFI. Pourtant, face à l’impossibilité d’importer des matériaux essentiels, certains ont choisi d’innover plutôt que d’attendre.
Dans une usine improvisée située en plein cœur de la ville de Gaza, une petite équipe d’ouvriers et d’ingénieurs travaille sans relâche. Leur objectif : broyer les débris de béton et autres gravats pour en extraire une matière première utilisable. « On récupère tout ce qui peut l’être — briques, armatures métalliques, morceaux de béton — et on le transforme en granulats », explique l’un des responsables de l’atelier, sous couvert d’anonymat pour des raisons de sécurité. Le processus, bien que rudimentaire, permet de produire un ciment de qualité médiocre mais fonctionnelle, suffisant pour des travaux de reconstruction d’urgence.
Cette initiative s’inscrit dans un contexte où les besoins en reconstruction sont colossaux. Selon les Nations unies, près de 70 % des bâtiments dans certaines zones de Gaza ont été endommagés ou détruits depuis 2023. Pourtant, les autorités israéliennes maintiennent un contrôle strict sur les importations de matériaux, arguant de risques de détournement à des fins militaires. « Sans ces solutions locales, la reconstruction s’arrêterait net », confie un entrepreneur interrogé par RFI. Le recyclage des gravats devient ainsi une nécessité économique autant que logistique.
Les défis restent immenses. La qualité du ciment produit reste inférieure aux standards internationaux, limitant son usage à des projets de faible envergure. « On fait ce qu’on peut avec les moyens du bord », résume un ouvrier. Par ailleurs, l’approvisionnement en gravats dépend des opérations de déblaiement, elles-mêmes ralenties par les pénuries d’essence et d’équipements. Malgré ces obstacles, l’initiative suscite un certain espoir parmi la population locale.
Pour l’heure, les ateliers de recyclage fonctionnent au rythme des destructions et des espoirs de paix. Chaque tonne de ciment produite représente une pierre de plus dans l’édifice fragile de la reconstruction. Une solution de survie, mais aussi un symbole de résilience face à l’adversité.
Les autorités israéliennes n’ont pas officiellement réagi à cette initiative. Leur politique consiste à interdire l’importation de matériaux de construction dans la bande de Gaza, sans distinction entre usages civils et militaires. Les entrepreneurs locaux opèrent donc dans une zone grise, à leurs propres risques.