Le deuxième trailer de « L'Odyssée », le prochain film de Christopher Nolan, suscite une polémique sans précédent parmi les puristes et les amateurs d'Antiquité. Selon Numerama, le cinéaste britannique est accusé de dénaturer le texte fondateur d'Homère en y intégrant une vision froide et industrialisée, loin de l'esprit originel du poème.
Ce qu'il faut retenir
- Le trailer du 5 mai 2026 révèle une palette visuelle monochrome, jugée éloignée de l'esthétique méditerranéenne attendue.
- Le choix d'une actrice aux traits subsahariens pour incarner Hélène de Troie a provoqué une vive polémique en Grèce.
- Le personnage de Ménélas, traditionnellement décrit comme blond, est interprété par Jon Bernthal avec un crâne rasé, un choix critiqué.
- Les Lestrygons, décrits comme des ogres primitifs dans l'œuvre d'Homère, apparaissent vêtus d'armures médiévales dans le film.
- Une réplique d'Ulysse, transformant le héros en figure individualiste rebelle, a choqué les hellénistes.
Une esthétique jugée éloignée de l'Antiquité
Le premier choc esthétique vient de la colorimétrie choisie par Nolan. Là où le public attendait les reflets du marbre blanc et les bleus profonds de la mer Égée, le trailer du 5 mai 2026 propose une palette monochrome, grisâtre et sombre. Pour Alain Astruc, photographe et spécialiste de l'image, cette approche est un contresens : « Rien n'est méditerranéen dans ces images. Pas d'oliveraies, pas de sel sur la peau, pas de roche brûlante. C'est une Odyssée déracinée, faite pour des spectateurs de nulle part », déclare-t-il à Numerama. Cette critique souligne un divorce sensoriel : le poème d'Homère est une œuvre de chair, d'odeurs et de chaleur, alors que Nolan y applique sa patine habituelle, celle du métal et du béton.
L'identité des personnages au cœur des débats
La polémique la plus virulente concerne l'incarnation d'Hélène de Troie. Traditionnellement décrite comme « la fille de Zeus » et dotée d'une beauté divine, avec une peau blanche comme l'ivoire, le choix de Lupita Nyong'o pour ce rôle a déclenché une vive indignation. En Grèce, nombreux sont ceux qui y voient une forme de révisionnisme historique, dépassant le cadre cinématographique pour toucher aux questions d'appropriation culturelle et de respect des racines européennes d'un texte vieux de 2 800 ans. D'autres figures suscitent des critiques similaires, comme Ménélas, interprété par Jon Bernthal avec un crâne rasé, alors que l'épopée homérique le décrit comme un homme au teint roux, symbole de sa force et de son ascendance divine.
« Et le roux Ménélas se tint au-dessus du corps de Patrocle, comme une mère vache se tenant au-dessus de son premier-né. » — L'Iliade, Homère
Des libertés historiques et artistiques contestées
Les spécialistes de l'Antiquité pointent également des erreurs majeures dans la représentation des Lestrygons. Dans le poème original, ces géants sont des créatures primitives, des ogres anthropophages vivant à l'âge du bronze. Dans le trailer, ils apparaissent vêtus d'armures de plaques en acier, évoquant davantage le Moyen Âge ou un futur dystopique. « L'Odyssée se déroule à l'âge du bronze, il n'y a pas d'acier, encore moins d'armures médiévales ! », rappelle un passionné d'histoire et archéologue interrogé par Numerama. Ce choix artistique est perçu comme une paresse créative ou une volonté d'imposer un « look » industriel là où le récit exigeait de la monstruosité brute.
Une vision d'Ulysse jugée incompatible avec la morale homérique
Enfin, le scénario lui-même prend des libertés qui dénaturent la morale originelle. La réplique d'Ulysse, « Personne ne se dressera entre moi et mon foyer, pas même les dieux », marque un point de rupture pour les hellénistes. Dans le mythe, Ulysse incarne l'homme de la souffrance et de la ruse, survivant grâce à sa capacité à se soumettre aux forces divines. Avec Nolan, il devient un héros d'action américain, un individualiste rebelle défiant l'ordre cosmique par sa seule volonté. Ce changement transforme une leçon sur l'humilité face aux mystères de l'univers en une ode à l'autonomie moderne. Le geste symbolique de la décapitation d'une statue à la fin du trailer renforce cette impression d'un film iconoclaste, plus proche des traditions monothéistes ou séculières que de l'esprit polythéiste et païen d'origine.
Quoi qu'il en soit, cette controverse illustre les défis auxquels sont confrontés les réalisateurs lorsqu'ils s'attaquent à des œuvres aussi fondatrices que « L'Odyssée ». Entre respect du texte et liberté artistique, le choix de Nolan divise déjà, et la sortie du film ne manquera pas de relancer les discussions.
Le choix d'une actrice aux traits subsahariens pour incarner Hélène de Troie, traditionnellement décrite comme une femme à la peau blanche et aux traits divins, a été perçu par certains comme une forme de révisionnisme historique. Ce débat dépasse le cadre cinématographique pour toucher aux questions d'appropriation culturelle et de respect des racines européennes du texte d'Homère.
Le film est annoncé pour le 12 novembre 2026, selon les dernières informations communiquées par Universal Pictures.