À Saint-Gall, ville catholique de l’est de la Suisse, une polémique locale s’est transformée en débat national. La communauté albanaise El-Hidaje, reconnue pour son intégration, y projette la construction d’une mosquée de près de 1 000 mètres carrés. Mais ce projet, présenté comme un symbole de coexistence, se heurte à une opposition politique virulente. Selon Le Monde, des députés du parti nationaliste et populiste Union démocratique du centre (UDC) dénoncent une « islamisation rampante menaçant les valeurs suisses ».
Ce qu'il faut retenir
- Un projet de mosquée de 1 000 m² porté par la communauté albanaise El-Hidaje, bien intégrée localement.
- Des députés de l’UDC, parti nationaliste suisse, accusent le projet de favoriser une « islamisation rampante ».
- Le débat oppose partisans du multiculturalisme et défenseurs d’une identité helvétique jugée menacée.
- Saint-Gall, ville majoritairement catholique, cristallise ainsi les tensions autour de l’immigration et de la laïcité.
Un projet porté par une communauté discrète mais active
La communauté El-Hidaje, d’origine albanaise, s’est installée à Saint-Gall il y a plusieurs années. Elle y mène des activités caritatives et culturelles, tout en participant à la vie locale. Le projet de mosquée, envisagé depuis 2024, vise à offrir un lieu de culte adapté à ses quelque 500 membres. D’après les promoteurs, le bâtiment devrait s’intégrer dans le paysage urbain sans dénaturer l’environnement. Pourtant, malgré ces garanties, le dossier suscite des résistances.
Les autorités municipales, interrogées par Le Monde, ont rappelé que le projet respectait les règles d’urbanisme en vigueur. Un permis de construire a même été déposé en début d’année, sans opposition formelle de la part de la mairie. Reste que le débat dépasse désormais le cadre local, attirant l’attention des milieux politiques nationaux.
L’UDC en première ligne contre « l’islamisation rampante »
C’est le parti de la droite conservatrice suisse, l’UDC, qui a relancé la polémique. Plusieurs de ses députés, dont certains siègent au Parlement fédéral, ont multiplié les déclarations alarmistes. Pour eux, ce projet s’inscrit dans une stratégie plus large visant à « islamiser » la Suisse. « Nous refusons que des symboles religieux étrangers s’imposent dans notre pays », a affirmé Hans-Ueli Vogt, figure de proue du parti, lors d’une conférence de presse à Berne.
« Ce n’est pas une question de mosquée, mais de respect de nos valeurs. La Suisse a une identité chrétienne et démocratique à préserver. »
Ces prises de position ont trouvé un écho dans certains médias et parmi une partie de l’opinion publique. D’après un sondage récent, 42 % des Suisses interrogés se disent opposés à la construction de nouveaux lieux de culte musulmans, un chiffre en hausse de 8 points depuis 2022.
Saint-Gall, miroir des tensions suisses sur l’immigration
La ville de Saint-Gall, majoritairement catholique, incarne les contradictions d’une société suisse tiraillée entre ouverture et repli. Longtemps perçue comme un modèle de coexistence, elle voit désormais s’affronter deux visions de la Suisse. D’un côté, les défenseurs du projet mettent en avant le vivre-ensemble et le respect des minorités. De l’autre, les opposants brandissent la préservation d’une identité nationale jugée menacée.
Cette polémique n’est pas sans rappeler d’autres débats récurrents en Suisse, comme celui autour des minarets en 2009. À l’époque, une initiative populaire avait abouti à une interdiction constitutionnelle des minarets. Aujourd’hui, le sujet semble se déplacer vers les mosquées en tant que telles, reflétant une montée des crispations identitaires.
Quoi qu’il en soit, la polémique à Saint-Gall illustre une fois de plus les défis auxquels la Suisse doit faire face pour concilier intégration et cohésion nationale. Une chose est sûre : le débat ne s’éteindra pas avec la décision administrative.
Les autorités cantonales doivent statuer sur le permis de construire déposé en début d’année. Une décision est attendue d’ici la fin de l’été 2026. En cas de rejet, les promoteurs pourraient faire appel devant les tribunaux, ce qui retarderait considérablement le projet.