« Un point de deal, c’est toujours dégueulasse. » La phrase, sans équivoque, résume l’engagement d’un collectif d’habitants à Villeurbanne, en banlieue lyonnaise. Selon Libération, le groupe Tonkin Paix-sible, actif depuis six ans dans ce quartier situé aux confins de Lyon, tente de concilier deux objectifs : d’une part, assainir les traces laissées par le trafic de stupéfiants, et d’autre part, instaurer un dialogue avec les guetteurs et dealers pour réduire les nuisances subies par les riverains.

Ce qu'il faut retenir

  • Le collectif Tonkin Paix-sible existe depuis six ans dans un quartier de Villeurbanne, en périphérie de Lyon.
  • Son action combine nettoyage des traces de trafic et dialogue avec les acteurs du narcotrafic pour limiter les nuisances.
  • L’objectif est de réduire l’impact du trafic de drogue sur la vie quotidienne des habitants.

Un quartier en première ligne face au trafic de stupéfiants

Villeurbanne, commune limitrophe de Lyon, n’est pas épargnée par le phénomène du narcotrafic. Comme dans de nombreuses villes françaises, les points de deal s’installent dans des zones résidentielles, générant des tensions et des dégradations. C’est dans ce contexte que le collectif Tonkin Paix-sible a émergé, porté par des habitants déterminés à ne plus subir passivement ces désagréments. Leur approche, à la fois pragmatique et engagée, vise à occuper l’espace public face aux petites mains du trafic, souvent jeunes et précaires, pour tenter d’instaurer une forme de cohabitation moins conflictuelle.

Le quartier concerné, situé près de la gare de Villeurbanne, est un secteur où le trafic de drogue s’est intensifié ces dernières années. Les habitants dénoncent des nuisances quotidiennes : deals en pleine rue, consommations visibles, dégradations, et parfois des affrontements entre bandes rivales. Face à cette situation, le collectif a choisi une stratégie double : d’un côté, des actions de nettoyage pour effacer les traces du trafic ; de l’autre, des tentatives de contact avec les acteurs locaux du narcotrafic pour les sensibiliser aux conséquences de leurs activités sur la vie du quartier.

Un dialogue improbable mais nécessaire

L’une des originalités de Tonkin Paix-sible réside dans sa volonté de dialoguer avec les guetteurs et les dealers, ces jeunes souvent issus de milieux défavorisés qui assurent la logistique des points de vente. « On ne peut pas ignorer leur présence, mais on peut essayer de les faire réfléchir », explique l’un des membres du collectif, cité par Libération. Ces échanges, bien que difficiles, s’inscrivent dans une logique de réduction des risques et de prévention des violences. Le collectif mise sur la pédagogie, tout en maintenant une pression constante sur les autorités pour qu’elles agissent contre les réseaux criminels.

Les membres de Tonkin Paix-sible insistent sur le fait que leur démarche n’a rien de naïf. « On n’est pas là pour faire ami-ami avec les dealers, précise un habitant. Mais si on arrive à leur faire comprendre que leurs activités empoisonnent la vie de tout le monde, peut-être qu’ils finiront par reculer. » Cette approche, bien que controversée, a le mérite de rompre avec l’inaction ou les solutions purement répressives, souvent privilégiées par les pouvoirs publics.

Des résultats mitigés, mais une mobilisation qui porte ses fruits

Six ans après sa création, le collectif Tonkin Paix-sible peut se targuer de quelques avancées. Les actions de nettoyage ont permis de rendre certains espaces plus vivables, tandis que les dialogues engagés avec certains acteurs du trafic ont parfois conduit à des reculs temporaires des points de deal. Cependant, les résultats restent fragiles. Le trafic, comme l’a rappelé un membre du collectif à Libération, « a la peau dure » et se déplace rapidement dès qu’une pression trop forte est exercée. Bref, la bataille est loin d’être gagnée, mais la mobilisation des habitants montre qu’une autre voie est possible, à défaut d’être idéale.

Pour autant, le collectif ne se contente pas de gérer les symptômes du trafic. Il milite aussi pour des solutions structurelles, comme l’amélioration de l’éclairage public ou la création d’espaces verts, afin de rendre le quartier moins attractif pour les trafics. Une démarche qui dépasse le simple cadre de la lutte contre la drogue pour s’inscrire dans une réflexion plus large sur l’urbanisme et la cohésion sociale.

Et maintenant ?

À court terme, le collectif Tonkin Paix-sible compte poursuivre ses actions de terrain, tout en renforçant ses contacts avec les autorités locales. Une réunion est prévue avec la mairie de Villeurbanne d’ici la fin du mois de juin pour évoquer des mesures concrètes, comme l’installation de caméras ou la mise en place de patrouilles citoyennes. Reste à voir si ces initiatives seront suffisantes pour endiguer un phénomène qui, comme dans de nombreuses villes, s’enracine dans les inégalités sociales et territoriales.

Plus largement, l’expérience de Tonkin Paix-sible interroge : dans un contexte où les politiques répressives peinent à endiguer le trafic de drogue, des initiatives citoyennes comme celle-ci peuvent-elles offrir une alternative ? À Villeurbanne, comme ailleurs, la question reste ouverte, mais une chose est sûre : l’engagement des habitants a déjà permis de redonner une visibilité à un problème souvent minimisé ou ignoré.

Les guetteurs sont chargés de surveiller l’arrivée des clients et des forces de l’ordre pour prévenir les dealers, souvent installés à proximité. Ces derniers, généralement plus expérimentés, assurent la vente proprement dite. Leur rôle est crucial dans l’organisation du trafic, mais ils sont aussi les plus exposés à la répression policière.