Selon Courrier International, Moscou a mis en place un système financier parallèle pour contourner les restrictions économiques imposées par l’Occident. Une enquête du média indépendant russe Proekt révèle l’existence d’une « banque parallèle », baptisée A7, permettant à la Russie d’importer des marchandises malgré les sanctions. Ce dispositif, officiellement dirigé par l’homme d’affaires moldave Ilan Shor et la banque publique russe Promsviazbank, serait en réalité soutenu par des acteurs bien plus puissants.

Ce qu'il faut retenir

  • La société A7, créée en 2024, sert de réseau financier parallèle pour contourner les sanctions occidentales contre la Russie.
  • Elle est officiellement détenue par Ilan Shor et Promsviazbank, une banque publique russe liée au secteur de la défense.
  • Des soupçons pèsent sur l’implication de l’oligarque Roman Abramovitch, bien que son représentant ait démenti tout lien.
  • A7 permettrait à la Russie d’importer des biens allant « des iPhone aux drones ».
  • L’entreprise opère depuis des bureaux initialement associés à Abramovitch, selon Proekt.

Un système financier conçu pour contourner les restrictions

Les sanctions occidentales, renforcées depuis 2022, visaient à fragiliser l’économie russe en limitant ses échanges commerciaux. Pourtant, selon Courrier International, elles ont aussi créé des opportunités pour des acteurs russes déterminés à contourner ces restrictions. C’est dans ce contexte qu’est né A7, une structure présentée comme une « banque parallèle » mais fonctionnant en marge des organismes financiers traditionnels.

Cette entité permettrait à Moscou de régler ses fournisseurs étrangers et d’importer une grande variété de produits, des smartphones aux équipements militaires, en évitant les canaux financiers classiques. « Des iPhone aux drones », résume Proekt, illustrant l’ampleur des flux commerciaux maintenus grâce à ce système.

Une gouvernance opaque et des acteurs controversés

Officiellement, A7 est détenue par deux entités : la société de Ilan Shor, un homme d’affaires moldave en exil en Russie, et Promsviazbank, une banque publique russe étroitement liée au secteur de la défense. Cependant, selon l’enquête de Proekt, cette structure pourrait compter d’autres mécènes, moins visibles mais tout aussi influents.

Parmi eux, Roman Abramovitch, l’oligarque russe connu pour avoir été propriétaire du club de football de Chelsea, est cité comme un acteur clé. Un acteur du marché interrogé par Proekt le décrit même comme « la couverture et le parrain » de l’entreprise. Pourtant, le représentant d’Abramovitch a fermement démenti toute implication : « Roman Abramovitch n’a aucun lien avec A7, n’en est pas bénéficiaire et ne possède aucune participation », a-t-il affirmé.

Des indices troublants malgré les dénis

Malgré ces dénégations, Proekt souligne que, dès sa création en 2024, A7 siégeait dans des bureaux associés à Abramovitch. Si certaines entités ont depuis été transférées à une autre adresse, cette proximité géographique interroge. Par ailleurs, le rôle supposé d’Abramovitch ne se limiterait pas à une simple caution : il serait impliqué dans la gestion secrète de la société, selon les sources du média indépendant.

Cette opacité soulève des questions sur la légitimité d’un tel réseau. Promsviazbank, en tant que banque publique liée au secteur de la défense, ajoute une dimension stratégique à cette structure. Son implication pourrait suggérer que A7 ne sert pas uniquement des intérêts commerciaux, mais aussi des objectifs plus larges pour l’État russe.

Et maintenant ?

Si le réseau A7 semble fonctionner depuis deux ans, son avenir reste incertain. Les autorités occidentales pourraient renforcer leur surveillance sur les circuits financiers parallèles utilisés par la Russie. Par ailleurs, les prochaines sanctions, notamment celles prévues par l’Union européenne ou les États-Unis, pourraient cibler plus directement les entités comme Promsviazbank ou les sociétés associées à Shor et Abramovitch. Une échéance à surveiller concerne les prochaines réunions du Conseil européen, prévues en juin 2026, où de nouvelles mesures restrictives pourraient être adoptées.

Un enjeu géopolitique et économique

La capacité de la Russie à contourner les sanctions grâce à des réseaux comme A7 illustre les limites des mesures économiques en temps de guerre. Pour l’Occident, l’efficacité des sanctions dépendra de la capacité à identifier et à démanteler ces structures parallèles. Du côté russe, ces mécanismes permettent de maintenir un niveau d’importations et d’approvisionnement, malgré l’isolement croissant du pays.

Cependant, la dépendance à des acteurs controversés comme Abramovitch ou à des entités liées au complexe militaro-industriel pourrait exposer ce réseau à des risques accrus. Les prochains mois diront si A7 parviendra à conserver son opacité ou si, au contraire, il deviendra une cible prioritaire pour les régulateurs internationaux.

Selon Proekt, cité par Courrier International, A7 permettrait d’importer une grande variété de produits, allant des appareils électroniques comme les iPhone jusqu’à des équipements militaires, notamment des drones. Ce réseau servirait de canal de paiement alternatif pour contourner les sanctions imposées à la Russie.