Selon Euronews FR, le vice-Premier ministre ukrainien chargé de l'Intégration européenne et euro-atlantique, Taras Kachka, a réaffirmé avec force, dans un entretien exclusif accordé le 26 mai 2026, que « pour Kyiv, il n'existe aucune alternative à une adhésion rapide, fondée sur le mérite, mais pleine et entière à l'Union européenne ». Une position claire, opposée à l'idée récemment avancée par le chancelier allemand Friedrich Merz d'un statut de « membre associé » pour l'Ukraine avant une adhésion complète.
Ce qu'il faut retenir
- Kyiv exige une adhésion pleine et entière à l'UE, rejetant toute solution intermédiaire comme un « membre associé ».
- L'Ukraine demande l'ouverture de l'ensemble des six grappes de négociation dès juin 2026, soit un mois avant la date initialement prévue.
- La Hongrie, dont le veto bloquait depuis des mois l'adhésion ukrainienne, pourrait lever son opposition grâce à l'arrivée au pouvoir du nouveau Premier ministre Péter Magyar.
- Kachka a souligné que l'Ukraine dispose déjà des critères nécessaires pour intégrer l'UE sous 12 à 18 mois, estimant être « déjà en retard » sur le calendrier.
- Les relations avec la Pologne restent un point de vigilance, notamment en raison des tensions dans le secteur agricole.
Une adhésion pleine et entière : la seule option acceptable pour l'Ukraine
Lors de cet entretien, Taras Kachka a catégoriquement rejeté l'hypothèse d'une adhésion partielle de l'Ukraine à l'Union européenne. « Tout le reste est secondaire », a-t-il déclaré, insistant sur la nécessité d'un « processus d'adhésion rapide, complet et normal, qui se conclura par la signature d'un traité d'adhésion au titre de l'article 49 du traité sur l'Union européenne ». Selon lui, l'idée avancée par Friedrich Merz d'un statut de membre associé n'est « inacceptable que si elle se substitue à une adhésion pleine et entière ».
Cette position reflète la volonté de Kiev de ne pas voir son statut réduit à une forme de coopération limitée, alors que le pays fait face à une guerre d'agression depuis plus de deux ans. Pour l'Ukraine, l'adhésion à l'UE représente non seulement un ancrage géopolitique et économique, mais aussi une reconnaissance de sa résilience face à l'invasion russe.
Un calendrier accéléré pour l'ouverture des grappes de négociation
Pour accélérer le processus, l'Ukraine a récemment demandé à Bruxelles d'ouvrir dès le mois de juin l'ensemble des six grappes de négociation, alors que la date initialement évoquée était juillet 2026. « Nous estimons que les six grappes peuvent déjà être ouvertes en juin », a précisé Kachka. « Selon notre calendrier, nous sommes déjà en retard sur l'échéance. »
La commissaire européenne à l'Élargissement, Marta Kos, avait indiqué quelques jours plus tôt que la première grappe pourrait être lancée en juin, pendant la présidence tournante de Chypre à l'UE, les cinq autres devant suivre d'ici juillet, sous la présidence irlandaise. Ces grappes couvrent des domaines clés comme l'État de droit, la réforme de la justice ou la lutte contre la corruption. Chaque étape nécessite l'approbation unanime des 27 États membres, une condition qui a déjà entraîné des blocages par le passé.
Kachka a rappelé que l'Ukraine avait déjà accompli une grande partie du travail préparatoire. « Tout est donc déjà fait, c'est pourquoi nous sommes déjà en retard sur le calendrier », a-t-il souligné. Il a également évoqué un « préjugé » concernant le lancement du processus d'adhésion ukrainien, précisant que celui-ci avait en réalité débuté il y a plus de quinze ans, avec la négociation de l'accord d'association entre Kiev et l'UE.
La Hongrie et la Pologne : des obstacles en passe d'être levés ?
Le principal frein à l'adhésion ukrainienne était jusqu'à présent le veto hongrois, motivé par des tensions récurrentes autour des droits de la minorité hongroise en Ukraine. Kachka a assuré que Kiev traitait cette communauté « avec le plus grand respect » et que « pour nous, ils font pleinement partie de la société ukrainienne, tout en respectant totalement leur identité nationale ». Il a cité l'existence de près de 100 écoles en hongrois en Ukraine, offrant un enseignement dans cette langue tout en maintenant le curriculum ukrainien.
Le vice-Premier ministre a indiqué que l'Ukraine présentait à Budapest la même proposition qu'à l'ex-Premier ministre Viktor Orbán : « ajuster la législation afin que chacun sache que cette atmosphère extrêmement positive ne changera pas ». Kachka a estimé que Budapest n'avait plus de raison de retarder la levée de son veto, ajoutant que « le dialogue sur les minorités nationales entre l'Ukraine et la Hongrie sera permanent ».
Côté polonais, les relations restent tendues, notamment en raison de la concurrence agricole. « Ce n'est un secret pour personne que l'agriculture polonaise considère l'agriculture ukrainienne comme une concurrente », a reconnu Kachka. Il a précisé que Kyiv menait des consultations avec Varsovie pour désamorcer les tensions sectorielles, tout en soulignant que « nous ne voyons aucune intention de bloquer l'ouverture des grappes ».
Si l'Ukraine a démontré une volonté politique forte, le parcours vers l'adhésion reste semé d'embûches institutionnelles et diplomatiques. Les prochaines semaines diront si Bruxelles et les capitales européennes parviendront à concilier rapidité et exigence.
Une grappe de négociation est un ensemble de critères thématiques que le pays candidat doit remplir pour se conformer aux normes de l'UE. Il en existe actuellement trente-cinq, regroupées en six domaines principaux : « fondations de la démocratie et de l'État de droit », « marché intérieur et concurrence », « croissance économique et compétitivité », « politique agricole », « politique régionale », et « environnement, climat et énergie ». Chaque grappe doit être ouverte et validée par les États membres avant de passer à la suivante.
Pour Kiev, une adhésion pleine et entière à l'UE représente bien plus qu'un simple accord économique : c'est une reconnaissance politique et stratégique face à l'agression russe. Une adhésion partielle ou un statut intermédiaire affaiblirait la position de l'Ukraine sur la scène internationale et pourrait être interprété comme une concession aux exigences de Moscou. De plus, l'UE a déjà accordé à l'Ukraine le statut de candidat en juin 2022, créant une attente forte parmi la population et les autorités.