Ce mardi 17 mars 2026 s’ouvre à Lyon un troisième procès dans l’affaire Narumi Kurosaki, six ans après les faits et après deux condamnations successives annulées en appel et en cassation. Nicolas Zepeda, un ressortissant chilien aujourd’hui âgé de 35 ans, est à nouveau jugé pour l’assassinat présumé de son ex-petite amie japonaise, étudiante en France. Accusé par un faisceau d’indices particulièrement fourni, il clame depuis près de dix ans son innocence, malgré les deux condamnations à 28 ans de réclusion criminelle dont il a déjà fait l’objet.
Selon nos confrères de BFM - Faits Divers, ce procès en appel intervient après l’annulation de la dernière condamnation de Nicolas Zepeda par la Cour de cassation, qui a estimé que ses droits n’avaient pas été pleinement respectés lors des précédents débats. Les débats, qui s’annoncent longs et techniques, devront trancher une nouvelle fois sur la culpabilité ou non de l’accusé, dans une affaire marquée par l’absence de corps et l’absence d’aveux formels.
Ce qu'il faut retenir
- Nicolas Zepeda, 35 ans, est jugé à partir du 17 mars 2026 à Lyon pour la troisième fois dans l’affaire Narumi Kurosaki, après deux condamnations à 28 ans de prison annulées en appel et en cassation.
- L’étudiante japonaise de 21 ans a disparu dans la nuit du 4 au 5 décembre 2016 à Besançon, sans que son corps n’ait jamais été retrouvé.
- Le procureur historique du dossier, Étienne Manteaux, avait requis la réclusion criminelle à perpétuité en première instance, qualifiant le dossier de « rarissime » par la densité des preuves accablantes.
- Zepeda, dernier à avoir vu Narumi Kurosaki vivante, maintient contre toute évidence qu’il est innocent, affirmant avoir eu une relation consentie cette nuit-là.
- La défense de l’accusé, désormais assurée par les avocats Me Sylvain Cormier et Me Robin Binsard, entend exploiter les « zones d’ombre » du dossier, jugé trop fragile par ses nouveaux conseils.
- Ce procès intervient après des années de rebondissements judiciaires et de changements d’avocats, reflétant la complexité et l’intensité du dossier.
Un faisceau d’indices accablant, mais pas de corps ni d’aveux
L’affaire Narumi Kurosaki repose sur un ensemble de présomptions qui, selon les procureurs, ne laissent que peu de place au doute. Nicolas Zepeda était le dernier à avoir été vu en compagnie de la jeune femme, dans la soirée du 4 décembre 2016 à Besançon. Les deux avaient dîné ensemble avant de regagner la résidence universitaire de Narumi, où des étudiants ont déclaré avoir entendu des cris de terreur en pleine nuit. L’accusé, lui, assure qu’il s’agissait de cris de plaisir, évoquant une relation sexuelle consentie.
Dès lors, les éléments à charge se sont accumulés contre lui. Les enquêteurs ont retrouvé du bidon d’essence dans la forêt voisine, des échanges de mails suspects où Zepeda faisait semblant d’écrire à la place de Narumi, et des témoignages indiquant qu’il refusait d’accepter leur rupture. « Dans ce dossier, absolument tout ramène à la responsabilité de Nicolas Zepeda », avait affirmé Étienne Manteaux, procureur historique du dossier, lors du procès en première instance en 2022. C’est rarissime d’avoir un tel faisceau de preuves », avait-il ajouté.
Une défense inébranlable, mais des avocats en perpétuelle rotation
Face à une accusation aussi solide, Nicolas Zepeda n’a jamais cédé, ni lors des interrogatoires, ni devant les tribunaux. Depuis 2016, il martèle son innocence, y compris lorsque ses anciens avocats, Me Jacqueline Laffont et Me Julie Benedetti, avaient tenté de le faire flancher. « Est-ce que vous êtes en mesure d’aider à retrouver ce corps aujourd’hui ? », lui avait demandé Me Laffont lors du procès en 2023. « Je ne suis pas une personne parfaite, mais je n’ai pas tué Narumi », avait-il répondu, confirmant sa version des faits.
Cette pugnacité a cependant eu un coût : le dossier a été marqué par une succession de changements d’avocats, reflétant à la fois la difficulté de la défense et les tensions avec le client. Après le retrait de Me Antoine Vey, puis celui de Me Julien Dreyfus, c’est finalement Me Sylvain Cormier et Me Renaud Portejoie qui avaient assuré la défense lors du procès en appel en 2023. Ce dernier avait même proposé aux jurés un scénario alternatif : celui de violences volontaires ayant entraîné la mort de Narumi, sans intention de la donner. Aujourd’hui, Me Cormier est rejoint par Me Robin Binsard, l’un des « étoiles montantes du barreau parisien », selon ses pairs, qui voit dans ce dossier un « challenge intéressant » et une défense « pugnace et combative ».
Un dossier qui divise les observateurs
Si l’accusation s’appuie sur des éléments concrets, la défense, elle, mise sur les failles de l’enquête et les incertitudes persistantes. Me Binsard estime que « les choses ne sont pas aussi catégoriques qu’on a bien voulu le dire » et que « il y a de nombreuses zones d’ombres dans ce dossier qui reste très flou des années après ». Une position que ne partagent pas tous les observateurs. « Indéfendable », avait jugé un fin connaisseur de l’affaire, qualifiant la ligne de défense de Zepeda de « suicidaire ».
Pourtant, la procédure est colossale : près de 8 000 pages de comptes-rendus, des centaines d’auditions, des expertises multiples. Les enquêteurs, selon une source proche du dossier interrogée par BFM, « ont fait un travail dantesque ». Et si le corps de Narumi Kurosaki n’a jamais été retrouvé, les procureurs estiment que « il y a tout » dans ce dossier : les traces de bidon d’essence, les promenades en forêt, les mails truqués… Autant d’éléments qui, selon eux, désignent Zepeda comme le principal – et peut-être unique – responsable de la disparition de la jeune femme.
Quelles suites judiciaires après ce troisième procès ?
Ce procès, qui s’annonce comme le plus médiatisé depuis le début de l’affaire, pourrait être déterminant. Après des années de rebondissements, les juges de Lyon devront trancher une nouvelle fois sur la culpabilité de Nicolas Zepeda. Une condamnation, même à une peine réduite, renforcerait la thèse de l’accusation. Un acquittement, en revanche, ouvrirait la voie à des recours et à des débats sur la fiabilité des preuves indirectes dans les affaires criminelles.
Quelle que soit l’issue, cette affaire soulève une question plus large : comment rendre la justice lorsque le corps de la victime n’a jamais été retrouvé ? Entre présomptions et certitudes, entre absence d’aveux et faisceau d’indices, les jurés devront se forger une conviction au-delà du raisonnable. Une tâche qui s’annonce ardue, dans un dossier où chaque détail compte et où la mémoire des faits s’estompe avec le temps.
Enfin, cette affaire rappelle que les disparitions non élucidées laissent souvent des questions sans réponses, pesant durablement sur les proches des victimes. Elle interroge aussi sur les limites de l’instruction quand les preuves matérielles font défaut, et sur la capacité des jurés à trancher dans l’incertitude. Autant de défis que la justice française devra continuer d’affronter, au-delà des murs des salles d’audience.
Nicolas Zepeda a été condamné en première instance à 28 ans de réclusion criminelle en 2022, puis en appel en 2023. Sa condamnation a finalement été annulée par la Cour de cassation en 2025 pour vice de procédure, permettant la tenue d’un troisième procès à partir du 17 mars 2026.
Les procureurs s’appuient sur plusieurs éléments : il était le dernier à avoir vu Narumi Kurosaki vivante, des cris de terreur ont été entendus cette nuit-là, un bidon d’essence a été retrouvé en forêt, et des mails suspects ont été retrouvés dans son ordinateur, semblant provenir de la victime.
