« Il y a déjà eu énormément de corruption par le passé, ce n’est pas nouveau, mais la façon dont Donald Trump utilise la présidence pour capter de manière flagrante de la richesse pour sa famille et lui n’a pas de précédent. » C’est l’analyse sans appel de Richard White, professeur d’histoire émérite à l’université Stanford et spécialiste de la corruption au XIXe siècle, comme le rapporte Le Monde.
Cette déclaration intervient alors que plusieurs affaires récentes ont mis en lumière les liens entre les activités professionnelles des proches du président américain et les responsabilités qu’ils occupent sous son mandat. Des cas qui, selon les observateurs, brouillent davantage encore la frontière entre service public et intérêts privés.
Ce qu'il faut retenir
- En août 2025, Jared Kushner, gendre de Donald Trump, a repris des fonctions diplomatiques entre Israël et les pays du Golfe tout en gérant des affaires privées dans la région.
- Début mars 2026, des révélations ont montré que les fils du président, Don Jr et Eric, investissent dans des sociétés de drones pouvant contracter avec le Pentagone.
- Don Jr a acquis pour 200 000 dollars (173 000 euros) des actions dans Unusual Machines fin 2024 ; leur valeur a atteint 4 millions après l’obtention d’un contrat militaire.
- Richard White compare cette situation à « l’âge doré en toc », une période de corruption endémique aux États-Unis entre 1861 et 1909.
- L’historien souligne que le président semble nostalgique de cette époque marquée par l’enrichissement sans limites des élites.
Jared Kushner, diplomate et homme d’affaires : une double casquette sous surveillance
À l’automne 2025, Jared Kushner, gendre de Donald Trump et ancien conseiller à la Maison-Blanche, a été nommé pour négocier des accords diplomatiques entre Israël et plusieurs pays du Golfe. Parallèlement, il a continué à développer ses activités commerciales dans la région, s’appuyant sur son réseau d’influence politique pour faciliter des partenariats. Cette superposition de rôles, entre service public et intérêts privés, n’a suscité que peu de réactions aux États-Unis, selon Le Monde.
Les critiques estiment pourtant que ces fonctions pourraient créer des conflits d’intérêts évidents. Kushner, dont l’entreprise immobilière a déjà été au cœur de polémiques, semble ainsi profiter de sa position pour renforcer ses activités dans un secteur géopolitiquement stratégique. Une situation qui rappelle les pratiques de l’ère Trump, où les frontières entre pouvoir et enrichissement personnel s’estompent.
Les fils de Trump, investisseurs militaires : un enrichissement éclair
Début mars 2026, des informations ont révélé que Don Jr et Eric Trump, respectivement fils aînés et fils cadets du président, ont massivement investi dans des entreprises spécialisées dans les drones. Ces sociétés, dont certaines ont obtenu des contrats avec le Pentagone, pourraient bénéficier de commandes publiques sous l’administration Trump. Don Jr, devenu conseiller de la société Unusual Machines fin 2024, y a placé 200 000 dollars — une somme dont la valeur a été multipliée par vingt en quelques mois.
Selon les documents consultés par Le Monde, ces investissements ont été réalisés alors que les deux hommes occupent des postes au sein de l’organisation Trump, ce qui soulève des questions sur d’éventuels conflits d’intérêts. Les montants en jeu, bien que légaux, interrogent sur la transparence de leurs activités et leur lien avec les décisions politiques de leur père. Autant dire que la frontière entre enrichissement personnel et service public devient de plus en plus floue.
« Sans cesse, l’ère Trump rappelle celle de « l’âge doré » (Gilded Age) dont le président a la nostalgie – ou plutôt « l’âge doré en toc », pour reprendre l’expression narquoise de l’écrivain Mark Twain (1835-1910), cette période d’enrichissement et de corruption qui s’étend de la guerre de Sécession (1861-1865) au sursaut progressiste de Théodore Roosevelt (1901-1909). »
Un retour aux pratiques de l’« âge doré » américain ?
Richard White, historien spécialisé dans les mécanismes de corruption du XIXe siècle, dresse un parallèle entre la présidence Trump et « l’âge doré », une époque où les élites industrielles et politiques se sont enrichies sans retenue. Pour l’universitaire, l’actuel locataire de la Maison-Blanche incarne une forme de nostalgie pour cette période marquée par l’opacité, les conflits d’intérêts et l’accaparement des richesses par quelques-uns. Une comparaison qui prend tout son sens alors que les affaires impliquant sa famille s’accumulent.
Cette période, popularisée par l’écrivain Mark Twain sous le terme ironique de « Gilded Age » (« âge doré en toc »), était caractérisée par une corruption généralisée, où les grandes fortunes se construisaient au mépris des règles démocratiques. Pour White, l’administration Trump semble reproduire, à l’ère moderne, ces mêmes schémas : utilisation du pouvoir pour servir des intérêts personnels, minimisation des conflits d’intérêts, et enrichissement rapide de l’entourage proche du président.
Une indifférence américaine qui interroge
Contrairement aux réactions qu’auraient pu susciter des affaires similaires sous d’autres présidences, les cas impliquant Jared Kushner, Don Jr et Eric Trump n’ont, jusqu’à présent, provoqué que peu de tollé aux États-Unis. Les médias nationaux ont largement relayé les informations, mais le débat public reste limité. Cette relative indifférence pourrait s’expliquer par une normalisation progressive de ces pratiques, estime Richard White dans les colonnes du Monde.
Pourtant, les sommes en jeu — plusieurs millions de dollars en quelques mois pour les fils Trump — et l’ampleur des responsabilités politiques occupées par Kushner devraient, en temps normal, susciter plus de vigilance. La question se pose donc : dans quelle mesure la société américaine accepte-t-elle désormais ces chevauchements entre pouvoir et enrichissement ? Une interrogation qui dépasse le seul cadre de l’administration Trump et interroge sur l’état de la démocratie américaine.
La question centrale reste celle de la transparence : dans un contexte où les règles éthiques semblent s’effriter, comment garantir que les décisions politiques ne soient pas influencées par des intérêts privés ? Pour l’heure, les affaires impliquant la famille Trump continuent de s’accumuler, sans que leur impact sur la crédibilité des institutions américaines ne soit encore pleinement mesuré.
