Une visite récente de l’ancien président sud-africain Jacob Zuma en Inde, lors de laquelle il a été photographié aux côtés d’un des frères Gupta, relance les tensions politiques en Afrique du Sud. Selon RFI, cette rencontre a eu lieu fin juin dans un temple situé en Inde, alors que Jacob Zuma est toujours impliqué dans plusieurs affaires de corruption. Une séquence qui, côté sud-africain, divise entre ceux qui y voient un déplacement privé et les autorités, pour qui cette présence constitue un camouflet.

Ce qu'il faut retenir

  • Jacob Zuma, ancien président sud-africain, a été photographié fin juin en Inde aux côtés d’un des frères Gupta, Atul Gupta, dans un temple
  • Zuma est actuellement sous le coup de multiples affaires de corruption liées à l’ère Gupta, une période qualifiée de « State Capture » par les enquêteurs
  • Son parti, le MK (uMkhonto weSizwe), justifie cette visite comme un déplacement privé, tandis que le gouvernement sud-africain la considère comme un affront
  • Les frères Gupta, exilés depuis 2018, sont accusés d’avoir orchestré la capture de l’État sous la présidence Zuma

Une rencontre aux relents d’une époque controversée

Les clichés montrant Jacob Zuma aux côtés d’Atul Gupta dans un temple indien ont rapidement circulé sur les réseaux sociaux et dans la presse locale. Selon RFI, cette rencontre s’inscrit dans un contexte où l’ancien président, qui a dirigé l’Afrique du Sud de 2009 à 2018, reste sous le feu des projecteurs pour son rôle présumé dans le scandale de la « State Capture ». Un terme qui désigne un système où des réseaux d’influence privés, dont celui des Gupta, auraient infiltré les institutions publiques pour détourner des fonds et obtenir des contrats avantageux.

Les frères Gupta, aujourd’hui en exil après avoir fui l’Afrique du Sud en 2018, sont au cœur de cette affaire. Leur empire commercial aurait bénéficié d’accords opaques avec des membres du gouvernement Zuma, notamment autour de contrats miniers et d’attributions de postes clés. Plusieurs hauts responsables sud-africains, dont d’anciens ministres, ont déjà été condamnés dans le cadre de ces investigations.

Le parti de Zuma minimise l’incident, le gouvernement le dénonce

Côté MK, le parti fondé par Jacob Zuma en 2023, on balaie les critiques d’un revers de main. Le mouvement, qui se positionne comme une alternative à l’ANC au pouvoir, a publié une déclaration qualifiant cette visite de « déplacement privé autorisé ». Selon ses responsables, Zuma aurait simplement profité d’un séjour en Inde pour des raisons personnelles, sans lien avec la politique. « Il s’agit d’une affaire privée, sans incidence sur la situation politique actuelle », a affirmé un porte-parole du MK, cité par RFI.

La réaction du gouvernement sud-africain, en revanche, a été immédiate et sans équivoque. Le porte-parole de la présidence, Vincent Magwenya, a qualifié cette rencontre de « provocation » et de « rappel douloureux des années de corruption » sous Zuma. « Ce genre de visibilité publique avec des figures comme les Gupta envoie un mauvais signal à la jeunesse sud-africaine, qui attend des comptes clairs sur cette période », a-t-il souligné. Le gouvernement, dirigé par l’ANC, a déjà engagé des poursuites contre plusieurs anciens collaborateurs de Zuma pour fraude et détournement de fonds publics.

Un symbole de l’impunité persistante ?

Pour les analystes politiques, cette rencontre ravive les débats sur l’impunité en Afrique du Sud. Malgré les condamnations et les enquêtes, aucun des frères Gupta n’a été extradé vers Pretoria, et plusieurs de leurs associés, bien que condamnés, continuent de bénéficier de protections ou de recours juridiques. Les procédures contre Zuma, lui-même visé par une dizaine d’accusations, traînent en longueur, avec des reports répétés liés à des questions de santé ou de procédure.

« Cette image rappelle que, malgré les promesses de transparence, certains réseaux d’influence persistent », commente Sipho Seepe, professeur de sciences politiques à l’université de Johannesburg. « Elle montre aussi à quel point la mémoire de la State Capture hante encore la politique sud-africaine, cinq ans après la fin du mandat de Zuma. »

Et maintenant ?

Les prochaines étapes dépendront en grande partie de l’évolution des procédures judiciaires contre Jacob Zuma et ses anciens collaborateurs. Une audience décisive sur ses poursuites pour corruption est prévue pour septembre 2026, une échéance que les observateurs suivront de près. Par ailleurs, le gouvernement sud-africain pourrait durcir son discours envers les pays abritant des fugitifs comme les Gupta, bien que les mécanismes d’extradition restent complexes. Enfin, le MK, parti de Zuma, prépare des élections locales dans plusieurs provinces d’ici fin 2026, un scrutin qui pourrait révéler l’influence persistante de l’ancien président dans le paysage politique.

Si cette rencontre relance les polémiques, elle illustre surtout les cicatrices encore vives de la State Capture en Afrique du Sud. Entre procédures judiciaires en suspens et divisions politiques, le pays peine à tourner définitivement la page de cette période trouble.