Alors que l’Aïd al-Adha, célébrée aujourd’hui dans de nombreux pays à majorité musulmane, marque l’un des moments forts de l’année religieuse, l’Égypte fait face à une situation économique tendue. Selon RFI, la traditionnelle pratique du sacrifice d’un animal, centrale dans les festivités, est menacée par la flambée des prix du bétail. Des familles entières, contraintes par des budgets serrés, pourraient ainsi devoir renoncer à une dépense devenue trop lourde.
Ce qu'il faut retenir
- L’Aïd al-Adha, ou « fête du sacrifice », est célébrée aujourd’hui dans plusieurs pays, dont l’Égypte.
- La hausse des prix du bétail rend inaccessible l’achat d’une vache ou d’un mouton pour de nombreuses familles égyptiennes.
- Cette tradition religieuse, symbolisant l’abnégation, se heurte à une réalité économique difficile.
Une fête religieuse perturbée par l’inflation
Chaque année, l’Aïd al-Adha commémore la soumission d’Ibrahim à Dieu, tel que raconté dans le Coran, en rappelant le sacrifice d’un animal en mémoire de la foi du prophète. En Égypte, cette pratique se traduit par l’achat d’un mouton ou d’une vache, dont la viande est ensuite partagée avec la famille, les voisins et les plus démunis. Pourtant, cette année, l’inflation persistante sur les produits alimentaires a considérablement alourdi la facture. D’après les données économiques locales, le prix moyen d’un mouton a augmenté de plus de 30 % en un an, passant de 6 000 à près de 8 000 livres égyptiennes (soit environ 450 euros).
Des ménages contraints de s’adapter ou de renoncer
Pour de nombreux foyers égyptiens, surtout ceux à revenus modestes, cette hausse signifie soit réduire la taille du sacrifice, soit l’annuler purement et simplement. Dans les rues du Caire ou d’Alexandrie, des vendeurs de bestiaux ont confirmé à RFI que les ventes avaient chuté de moitié par rapport à l’an dernier. « On voit moins de monde qui vient acheter, et ceux qui se présentent négocient beaucoup plus qu’avant », a expliqué un éleveur du marché de Birqash, l’un des plus importants du pays. Certains citadins se tournent alors vers des alternatives, comme l’achat d’un animal plus petit ou le partage des coûts avec d’autres familles.
Un impact social et religieux aux conséquences multiples
Cette situation risque d’affecter aussi bien la cohésion familiale que la dimension caritative de la fête. Traditionnellement, une partie de la viande est distribuée aux nécessiteux, une pratique appelée *sadaqa*. Or, avec des budgets serrés, certains pourraient être moins en mesure de contribuer à cette tradition solidaire. « Pour nous, c’est une question de foi, mais aussi de dignité. On ne peut pas se permettre de faire moins qu’avant », a témoigné un père de famille interrogé par RFI. Le gouvernement égyptien, conscient de la pression sur les ménages, a annoncé des subventions ponctuelles sur certains produits de base, mais leur impact reste à évaluer.
L’Aïd al-Adha se poursuit jusqu’à vendredi dans la plupart des pays, mais en Égypte, cette édition 2026 restera probablement marquée par l’ombre de l’inflation sur les célébrations.
Plusieurs facteurs expliquent cette hausse : la dépréciation de la livre égyptienne face au dollar, qui renchérit les importations de fourrage, les perturbations des chaînes d’approvisionnement post-pandémie, et une demande locale accrue due à la reprise économique post-Covid. Les éleveurs subissent aussi les coûts élevés des aliments pour animaux, importés en grande partie.