Le gouvernement a dévoilé mardi 21 avril une série d’aides ciblées destinées aux automobilistes les plus modestes, alors que la hausse des prix des carburants pèse sur leur pouvoir d’achat. Ces mesures, annoncées par le ministre de la Transition écologique Sébastien Lecornu, concernent près de 3 millions de travailleurs dont les revenus se situent sous le seuil médian. Chaque bénéficiaire recevra un chèque d’environ 50 euros, soit l’équivalent d’une réduction de 20 centimes par litre de carburant, a précisé l’exécutif. Ces aides seront versées en une seule fois à partir du mois de mai, comme le rapporte Franceinfo - Politique.

Ce qu'il faut retenir

  • Près de 3 millions de travailleurs éligibles aux aides, sur la base d’un critère de revenus médians
  • Un versement unique d’environ 50 euros par ménage, soit une aide équivalente à 20 centimes par litre
  • Les bénéficiaires sont ceux dont les revenus annuels, prestations sociales comprises, sont inférieurs à 17 000 euros pour une personne seule ou 50 000 euros pour un couple avec deux enfants
  • Le gouvernement promet de ne pas creuser le déficit public, mais admet que la durée de la crise pourrait l’y contraindre
  • L’économiste Sylvain Bersinger salue une stratégie ciblée, tout en laissant la porte ouverte à des débats sur son périmètre

Pour éclairer cette mesure, Franceinfo - Politique a reçu Sylvain Bersinger, économiste et fondateur du cabinet Bersingéco, dans son émission « La Matinale » diffusée ce mercredi 22 avril. Ce dernier a estimé que la stratégie globale du gouvernement était « bonne », même si certains détails peuvent être discutés. « On peut toujours débattre du périmètre exact, a-t-il souligné. Mais globalement, dans les grandes lignes, je trouve que c’est la bonne stratégie. »

Des aides ciblées pour éviter une hausse généralisée des taxes

Le choix d’une aide ciblée plutôt que d’une baisse générale des taxes sur les carburants s’explique par des contraintes budgétaires majeures. Comme l’a rappelé Sylvain Bersinger, une baisse de la TVA ou des taxes sur les carburants profiterait à tous les automobilistes, y compris à ceux qui n’en ont pas besoin, faute de pouvoir se passer de leur véhicule. « Il y a des gens qui roulent beaucoup mais qui sont aisés et qui n’ont pas de problème à faire le plein », a-t-il illustré. « C’est pourquoi une mesure ciblée, comme celle annoncée hier, est plus efficace. »

Les critères d’éligibilité reposent sur les revenus totaux du ménage, prestations sociales incluses, pondérés par la composition familiale. Pour une personne seule, le plafond est fixé à 17 000 euros de revenus annuels, tandis qu’un couple avec deux enfants peut y prétendre jusqu’à 50 000 euros. Ces seuils correspondent au revenu médian français, c’est-à-dire le revenu en dessous duquel se situe la moitié des ménages du pays. « Ce critère, on peut discuter s’il aurait pu être un peu plus élevé, a concédé l’économiste. Mais dans la philosophie de la mesure, c’est ce qui était préconisé par beaucoup d’économistes, dont je fais partie. »

Un financement sous haute surveillance, dans un contexte de dette record

La question du financement de ces aides reste sensible, alors que la dette publique française a dépassé 3 000 milliards d’euros. Sylvain Bersinger a tempéré l’impact de ces dépenses sur le déficit, estimant qu’elles « restent assez limitées » au regard du produit intérieur brut (PIB), qui s’élève à 3 000 milliards d’euros. « Ce ne sont pas des chiffres qui vont faire exploser le déficit », a-t-il rassuré. Pour respecter son engagement de ne pas creuser le déficit public, le gouvernement a indiqué qu’il compenserait ces aides par des économies sur d’autres budgets, ministériels ou sociaux.

Cependant, l’économiste a prévenu que la persistance ou l’aggravation de la crise énergétique pourrait forcer l’exécutif à revoir cette position. « Si la crise dure et éventuellement s’intensifie, il n’y aura plus d’autre choix que de laisser légèrement filer le déficit, a-t-il déclaré. Mais j’espère que ce sera léger. Après, le problème, c’est que si vous faites trop d’austérité dans d’autres secteurs, vous allez avoir un impact fort sur les services publics. » Sylvain Bersinger a ainsi mis en garde contre les risques d’un arbitrage trop strict, qui pourrait fragiliser d’autres pans de l’action publique.

« Si la crise dure et éventuellement s’intensifie, il n’y aura plus d’autre choix que de laisser légèrement filer le déficit. »
— Sylvain Bersinger, économiste et fondateur du cabinet Bersingéco

Un débat sur le périmètre des aides, malgré un consensus sur la méthode

Si le principe des aides ciblées fait relativement consensus parmi les économistes, leur périmètre exact reste un sujet de discussion. Certains pourraient regretter que des ménages légèrement au-dessus du seuil médian n’y aient pas droit, tandis que d’autres estimeraient que le plafond est trop bas. « On peut toujours dire pourquoi on n’a pas pris telle personne ou telle autre, a reconnu Sylvain Bersinger. Mais globalement, la stratégie est la bonne. »

L’économiste a également rappelé que ces mesures s’inscrivaient dans une logique de soutien au pouvoir d’achat, sans pour autant sacrifier la rigueur budgétaire. « Le gouvernement a dit qu’il n’y aurait pas de hausse du déficit, a-t-il noté. Ils vont raboter ailleurs, sur d’autres budgets de ministères ou de la Sécurité sociale. » Cette approche, a-t-il ajouté, permet d’éviter des mesures coûteuses et généralisées, comme une baisse de la TVA, dont l’impact budgétaire aurait été bien plus lourd.

Et maintenant ?

Les aides devraient commencer à être versées dès le mois de mai, mais leur efficacité dépendra de la durée de la crise énergétique. Si les prix des carburants continuent de flamber, le gouvernement pourrait se retrouver face à un dilemme : maintenir ses promesses budgétaires au risque de mécontenter une partie de l’électorat, ou assouplir sa politique et creuser le déficit. Une chose est sûre : la question du pouvoir d’achat, déjà centrale dans le débat public, restera au cœur des préoccupations politiques dans les mois à venir.

En attendant, les associations de consommateurs et les syndicats pourraient faire entendre leur voix pour demander un élargissement du dispositif. Quant aux économistes, ils continueront d’analyser l’impact de ces mesures sur l’inflation et la croissance, dans un contexte où chaque décision budgétaire est scrutée à la loupe.

Les aides sont réservées aux ménages dont les revenus totaux, prestations sociales comprises, sont inférieurs à 17 000 euros par an pour une personne seule ou 50 000 euros pour un couple avec deux enfants. Ces seuils correspondent au revenu médian français.