Porté depuis près d’une décennie par l’exécutif, le projet d’instaurer une allocation sociale unique en France semble désormais sur le point d’être abandonné. Selon BFM Business, le gouvernement de Sébastien Lecornu a retiré de l’ordre du jour du Conseil d’État le texte visant à fusionner le RSA, les allocations logement et la prime d’activité. Une décision qui intervient alors que les obstacles techniques et politiques s’accumulent, malgré l’urgence affichée par Matignon.

Ce qu'il faut retenir

  • Le projet d’allocation sociale unique, défendu depuis 2017 par Emmanuel Macron, est en passe d’être abandonné faute de temps et de faisabilité technique, selon BFM Business.
  • Le texte prévoyait de fusionner le RSA, les allocations logement et la prime d’activité sous un seul régime, mais le Conseil national de l’habitat l’a rejeté fin avril 2026.
  • Une étude citée par Le Monde révèle que près de 4 millions de ménages perdraient en moyenne 50 euros par mois, dont 1,35 million parmi les 20 % les plus pauvres.
  • Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, avait annoncé ce projet en novembre 2025 à Albi, mais les simulations et les critères restent flous, selon l’Union sociale pour l’habitat.
  • La gauche menace de censurer le texte, tandis que les Républicains y restent très attachés, compliquant encore sa mise en œuvre.

Un serpent de mer depuis près de dix ans

Dès 2017, Emmanuel Macron avait évoqué la nécessité de simplifier le système des aides sociales en instaurant une allocation unique. Le projet, porté à différentes époques par Michel Barnier ou François Bayrou, n’avait jamais abouti. Sébastien Lecornu, Premier ministre depuis avril 2026, en avait fait l’une de ses priorités lors de son discours à Albi en novembre 2025. « Il est invraisemblable que la France ne soit pas encore capable de proposer une allocation sociale unique », avait-il déclaré à l’époque, selon BFM Business.

Pourtant, près de six mois plus tard, le projet est en péril. Matignon a fait retirer le texte de l’ordre du jour du Conseil d’État, un passage obligé avant l’examen parlementaire. « À ce stade, il apparaît que des éléments doivent encore être travaillés », a expliqué son entourage à La Tribune Dimanche, tout en précisant que le Premier ministre « tient beaucoup à ce texte et souhaite vraiment qu’on y arrive ».

Des obstacles techniques et politiques qui s’accumulent

Le principal frein tient aux difficultés de mise en œuvre. Le projet repose sur un « revenu social de référence », censé remplacer les trois dispositifs actuels. Or, une étude consultée par Le Monde révèle que près de 3,77 millions de ménages y gagneraient, tandis que près de 4 millions, dont 1,35 million parmi les plus modestes, perdraient en moyenne 50 euros par mois. Bref, le bilan serait globalement négatif pour les ménages les plus pauvres.

Autre problème : les simulations présentées par le gouvernement restent incomplètes et sujettes à caution. « On ne nous a pas expliqué le mode de calcul », a dénoncé Marianne Louis, directrice générale de l’Union sociale pour l’habitat, dans Le Parisien. « Nous n’avons pas eu de simulations complètes, et elles ne tiennent sur rien puisque les critères seront amenés à être modifiés d’ici 2030. » Cette incertitude a braqué une partie de la gauche, qui menace de censurer le texte si celui-ci est adopté. De leur côté, les Républicains, très attachés au projet, estiment qu’il n’y a plus assez de temps pour le faire adopter avant la fin du quinquennat.

Un calendrier déjà très serré

Avec une fin de mandat prévue dans quelques mois et une élection présidentielle qui s’annonce déjà tendue, le gouvernement Lecornu dispose d’un temps limité pour faire aboutir ce texte complexe. Le Conseil national de l’habitat a déjà rendu un avis très défavorable fin avril 2026, ce qui n’a fait qu’alourdir le dossier. « Il n’y aura plus de temps pour qu’on le fasse », a regretté un membre du socle commun à La Tribune Dimanche, ajoutant : « Et de toute façon, c’est beaucoup trop risqué sur le plan politique. »

Le gouvernement, qui avait assuré ne pas vouloir recourir au 49.3 pour ce texte, se retrouve donc dans une position délicate. Entre les réticences des associations, l’opposition de la gauche et le manque de temps, l’allocation sociale unique semble bel et bien en train de devenir un projet « mort-né », comme le redoutaient certains observateurs.

Et maintenant ?

Deux scénarios principaux se dessinent pour les prochaines semaines. Soit le gouvernement parvient à finaliser le texte d’ici la fin de l’été 2026 et à obtenir un compromis avec les différents acteurs, soit il renonce définitivement au projet. Dans ce dernier cas, le dossier pourrait être repris par le prochain exécutif, mais le risque est que le serpent de mer de l’allocation unique continue de hanter la politique sociale française pendant encore quelques années.

Quoi qu’il en soit, l’abandon du texte enverrait un signal fort : malgré les bonnes intentions affichées, la France reste incapable de réformer en profondeur son système d’aides sociales. La question de la simplification et de la lisibilité des dispositifs pourrait alors revenir sur le devant de la scène lors de la prochaine législature.

Le projet prévoyait de fusionner le RSA (Revenu de Solidarité Active), les allocations logement (APL, ALS, ALF) et la prime d’activité en un seul régime, baptisé « allocation sociale unique ».

Plusieurs associations, dont l’Union sociale pour l’habitat, critiquent l’absence de simulations complètes et le risque que près de 4 millions de ménages, dont une partie des plus modestes, perdent en moyenne 50 euros par mois. Elles dénoncent également des critères flous et une méthode de calcul incompréhensible.