Le studio américain Amazon MGM Studios vient d’annoncer la production de trois séries pour enfants générées en partie par intelligence artificielle (IA), dans le cadre d’un nouveau fonds dédié aux créateurs. Selon Le Figaro, cette initiative, baptisée GenAI Creators’ Fund, vise à accélérer le développement de contenus tout en intégrant des outils technologiques innovants.

Ce qu'il faut retenir

  • Amazon MGM Studios a approuvé la production de trois séries pour enfants en seulement deux mois grâce à son fonds GenAI Creators’ Fund.
  • Les projets retenus sont Punky Duck, Diana Music Hunters et Cupcake & Friends, chacun porté par des réalisateurs reconnus.
  • Le fonds permet de réduire considérablement les délais de développement, passant de deux ans à quelques semaines pour un épisode pilote.
  • Cette annonce a suscité des débats à Hollywood, certains craignant un remplacement des emplois créatifs par l’IA.
  • Le directeur d’AI Studios chez Amazon MGM, Albert Cheng, défend l’outil comme un levier de création d’emplois et non de suppression.

Un fonds dédié à l’IA générative pour révolutionner la production

Le programme GenAI Creators’ Fund, dévoilé lors d’une conférence annuelle sur l’impact de l’IA dans le cinéma, s’inscrit dans une démarche d’innovation. Selon Le Figaro, il permet aux cinéastes et créateurs d’accéder à des outils technologiques leur offrant la possibilité de concevoir des projets en un temps record. L’objectif affiché est de réduire les coûts et les délais de production, tout en multipliant les opportunités pour les équipes créatives.

Trois séries ont déjà reçu le feu vert en moins de deux mois. Parmi elles, Punky Duck, réalisée par Jorge Gutiérrez, connu pour son travail sur *El Tigre*, ou encore Diana Music Hunters, développée par Albie Hecht. Ces projets, décrits comme « révolutionnaires » par leurs créateurs, bénéficient d’un processus de validation accéléré, impensable dans une production traditionnelle.

Des délais de production divisés par dix grâce à l’IA

Jorge Gutiérrez, réalisateur de Punky Duck, a partagé son expérience avec Le Figaro. « J’ai commencé le 7 mars, et aujourd’hui nous sommes déjà approuvés », a-t-il déclaré. Habituellement, le développement d’un épisode pilote lui prend jusqu’à deux ans. « La meilleure façon de le décrire, c’est comme faire l’amour et que quelqu’un vous remette directement le bébé : c’est complètement fou », a-t-il résumé de manière imagée.

Cette accélération s’explique par l’utilisation de l’IA générative, qui permet de générer des concepts, des scénarios ou même des éléments visuels en un temps record. Les créateurs peuvent ainsi itérer plus rapidement sur leurs idées avant de soumettre un projet final. Pour les studios, l’enjeu est double : réduire les coûts tout en augmentant le nombre de projets développés.

L’IA, un outil controversé à Hollywood

L’annonce d’Amazon MGM n’est pas passée inaperçue dans l’industrie cinématographique. À Hollywood, l’essor de l’IA générative suscite des inquiétudes croissantes parmi les acteurs, scénaristes et créateurs. Ces derniers redoutent que cette technologie ne remplace progressivement leurs emplois, notamment dans les phases de préproduction ou de storyboard.

Albert Cheng, directeur d’AI Studios chez Amazon MGM, a tenté de rassurer en insistant sur le rôle complémentaire de l’IA. « Cette technologie ne supprime pas d’emplois, elle en crée davantage », a-t-il affirmé. Selon lui, en réduisant les coûts et les délais, l’IA permet de lancer plus de projets et donc d’embaucher plus de talents. Un argument qui ne convainc pas totalement les sceptiques, pour qui les gains de productivité pourraient à terme réduire les besoins en main-d’œuvre.

« Nous devons veiller à ne pas céder à la facilité ni laisser nos cerveaux s’atrophier, mais continuer à réfléchir de manière critique à la façon dont nous voulons créer. »
— Albert Cheng, directeur d’AI Studios chez Amazon MGM

Le dirigeant a également reconnu les limites de cette technologie, la qualifiant d’« addictive ». Il a appelé les créateurs à rester vigilants et à utiliser l’IA comme un outil au service de leur créativité, et non comme un substitut à leur réflexion artistique.

Un pari risqué pour l’avenir des métiers créatifs

Si Amazon MGM mise sur l’IA pour dynamiser sa production, le studio n’est pas le seul à explorer cette voie. D’autres géants du divertissement, comme Netflix ou Disney, testent également des outils similaires pour générer des contenus ou adapter des scripts. Cependant, cette tendance soulève des questions éthiques et professionnelles.

Les syndicats de scénaristes et d’acteurs, comme la Writers Guild of America ou la SAG-AFTRA, ont déjà alerté sur les risques de l’IA pour leurs membres. Ils craignent une standardisation des contenus, une baisse des salaires et une précarisation des emplois. Face à ces craintes, Albert Cheng a promis que l’IA resterait un « assistant » et non un « remplaçant ».

Et maintenant ?

Le GenAI Creators’ Fund d’Amazon MGM pourrait servir de test grandeur nature pour évaluer l’impact réel de l’IA sur la production audiovisuelle. D’ici la fin de l’année, les trois séries annoncées seront produites et diffusées, offrant un premier retour concret sur leur qualité et leur réception par le public. Si le modèle se révèle viable, d’autres studios pourraient suivre l’exemple, accélérant ainsi la généralisation de ces outils dans l’industrie.

Reste à voir si cette accélération se traduira par une diversification des contenus ou, au contraire, par une uniformisation des formats. Pour l’instant, le débat reste ouvert.

En attendant, les créateurs comme Jorge Gutiérrez ou Albie Hecht devront composer avec cette nouvelle donne technologique. L’un comme l’autre ont salué les opportunités offertes par l’IA, tout en insistant sur la nécessité de préserver l’humain au cœur du processus créatif. Une équation complexe, qui pourrait redéfinir les contours de l’industrie du divertissement dans les années à venir.

Pour l’instant, les responsables d’Amazon MGM assurent que l’IA est un outil d’assistance et non un substitut. Albert Cheng, directeur d’AI Studios, a déclaré que cette technologie permettrait plutôt de créer davantage d’emplois en réduisant les coûts de production. Cependant, certains syndicats, comme la Writers Guild of America, restent sceptiques et craignent une précarisation des métiers créatifs à long terme.