Le cinéaste russe exilé en France, Andreï Zviaguintsev, a une nouvelle fois critiqué la guerre en Ukraine, la qualifiant d’« aussi impitoyable qu’insensée » dans une réponse directe au porte-parole du Kremlin. Dmitri Peskov, porte-parole de Vladimir Poutine, lui avait reproché de ne pas avoir condamné les violences dans le Donbass après 2014, prétexte invoqué pour justifier l’invasion de février 2022.

Selon Franceinfo - Culture, cette réplique de Zviaguintsev intervient après qu’il a reçu le Grand Prix du Festival de Cannes le 23 mai 2026 pour son film Minotaure, un drame de la bourgeoisie russe sur fond de conflit ukrainien. Le réalisateur, âgé de 62 ans, avait déjà appelé à « mettre fin à cette boucherie » lors de son discours à Cannes, une prise de position qui avait suscité une réponse acerbe de Moscou.

Ce qu'il faut retenir

  • Andreï Zviaguintsev, réalisateur russe exilé en France, a reçu le Grand Prix du Festival de Cannes 2026 pour Minotaure.
  • Il a dénoncé une nouvelle fois la guerre en Ukraine, la qualifiant d’« aussi impitoyable qu’insensée » dans un communiqué diffusé le 28 mai 2026.
  • Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, lui a reproché de ne pas avoir condamné les violences dans le Donbass après 2014.
  • Minotaure est une adaptation du film La Femme infidèle de Claude Chabrol (1969) et a été tourné en Lettonie.
  • Zviaguintsev doute que son film soit un jour projeté en Russie en raison de son propos anti-guerre.

Une réponse cinglante au porte-parole du Kremlin

Dans un communiqué transmis à l’AFP par la production de Minotaure, Andreï Zviaguintsev a réagi aux propos de Dmitri Peskov. Le cinéaste a souligné que « oui, c’est très juste : je n’ai pas voix au chapitre, de même que ne l’ont pas non plus une centaine de millions de citoyens russes », ajoutant : « Parce que vous n’avez jamais entendu leurs voix. » Cette réplique fait écho aux accusations du Kremlin selon lesquelles Zviaguintsev n’aurait jamais condamné les violences dans le Donbass, région où des séparatistes pro-russes, soutenus par Moscou, se sont soulevés en 2014.

Pour Zviaguintsev, la seule réponse « juste et rationnelle » des autorités russes serait « de mettre fin à cette guerre aussi impitoyable qu’insensée ». Il met en garde : « Rien de bon ne pointe à l’horizon, sinon le chagrin et les larmes ; sinon la déconvenue et une dépressive apathie ; sinon les membres arrachés de vos concitoyens au nom d’un but illusoire ; sinon le massacre de jeunes gens dont le pays a besoin pour construire la vie et l’avenir. »

Minotaure, un film sur la dérive morale dans une Russie en guerre

Le film Minotaure, récompensé à Cannes, s’inspire de La Femme infidèle de Claude Chabrol et plonge le spectateur dans la déchéance d’un chef d’entreprise russe, trompé par son épouse et contraint de composer avec les appels à la conscription pour envoyer des soldats sur le front ukrainien. Tourné en Lettonie, le long-métrage explore les tensions morales d’une société russe sous l’emprise de la guerre et des mensonges d’État.

Lors de la conférence de presse à Cannes, Zviaguintsev avait déjà exprimé des doutes sur la diffusion de son film en Russie. « Je ne pense pas que mon film sera projeté un jour dans mon pays », avait-il déclaré à l’AFP, précisant que la censure et les pressions politiques rendaient toute projection improbable. Son œuvre, primée pour son audace et sa critique du régime, s’ajoute à une liste croissante de films russes interdits ou censurés depuis le début de l’invasion en Ukraine.

Un débat relancé sur la liberté d’expression en Russie

La polémique entre Zviaguintsev et le Kremlin illustre les tensions croissantes autour de la liberté d’expression en Russie. Depuis 2022, des milliers de citoyens et d’artistes ont été poursuivis ou contraints à l’exil pour avoir critiqué la guerre ou le gouvernement. Le cinéaste, qui vit en France depuis plusieurs années, fait partie des figures publiques russes les plus visibles à s’opposer publiquement à la politique de Vladimir Poutine.

Dmitri Peskov a réitéré, dans sa réponse, que Zviaguintsev n’avait « plus le droit » de s’exprimer sur le conflit, dès lors qu’il n’avait pas condamné les violences dans le Donbass avant 2022. Cette position reflète la ligne officielle russe, qui présente l’invasion comme une « opération spéciale » de « dénazification » et de protection des populations russophones, malgré les preuves de crimes de guerre documentés par des organisations internationales.

Et maintenant ?

La sortie de Minotaure en salles, prévue en France et dans plusieurs pays européens, pourrait relancer le débat sur le rôle du cinéma comme outil de résistance face à l’autoritarisme. Les prochaines semaines seront déterminantes pour savoir si d’autres festivals ou plateformes internationales suivront l’exemple de Cannes en soutenant des œuvres critiques envers Moscou. Reste à voir si cette distinction encouragera d’autres artistes russes en exil à prendre publiquement position, ou si au contraire, elle accentuera les représailles contre leurs proches restés en Russie.

Le film sera diffusé sur Arte dans les mois à venir, offrant au public une plongée dans une société russe déchirée entre mensonges d’État et quête de vérité. Pour Andreï Zviaguintsev, Minotaure n’est pas seulement une œuvre de fiction, mais un témoignage nécessaire sur les conséquences humaines d’une guerre qu’il qualifie d’« insensée ».

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, lui reproche de ne pas avoir condamné les violences dans le Donbass après 2014, prétexte invoqué pour justifier l’invasion de l’Ukraine en février 2022. Peskov estime que Zviaguintsev « n’a plus le droit » de s’exprimer sur le conflit depuis qu’il a quitté la Russie.

Minotaure retrace la dérive morale d’un chef d’entreprise russe trompé par sa femme et qui doit composer avec les appels à la conscription pour envoyer des soldats sur le front ukrainien. Le film est une adaptation de La Femme infidèle de Claude Chabrol (1969).