« Ce n’est pas la douleur thoracique qui fait soudainement parler d’elle, mais un duo québécois de musique expérimentale aux allures tout aussi intrigantes que son nom », s’amuse Radio-Canada. Il s’agit d’Angine de Poitrine, un projet artistique originaire de Saguenay qui, en quelques mois seulement, est passé du statut d’ovni musical confidentiel à celui de phénomène viral mondial, selon Courrier International.
Formé peu avant la pandémie de Covid-19, le duo a vu sa popularité exploser début 2026. Aujourd’hui, il totalise des millions d’écoutes et de vues en ligne, tandis que les billets pour ses concerts et ses albums s’arrachent aussi bien en Amérique du Nord qu’en Europe. Les deux concerts prévus à Paris en octobre 2026, par exemple, affichent déjà complet. « Un ami me l’a envoyée hier et ça m’a halluciné de ouf », a récemment déclaré Dave Grohl, batteur légendaire de Nirvana et leader des Foo Fighters, dans le podcast Logan Sounds Off.
Ce qu'il faut retenir
- Angine de Poitrine est un duo québécois de musique expérimentale formé avant la pandémie de Covid-19, devenu viral début 2026.
- Le groupe totalise des millions d’écoutes et de vues en ligne, avec des concerts complets en Amérique du Nord et en Europe.
- Son deuxième album, « Vol. II », est sorti le 3 avril 2026.
- Le phénomène s’est accéléré après la diffusion d’une vidéo de leur concert aux Trans Musicales de Rennes en décembre 2025, vue plus de 10 millions de fois.
- Leurs performances scéniques et leur univers visuel, marqué par des déguisements à pois, contribuent à leur mystère et à leur identité artistique.
Une ascension fulgurante liée à une vidéo virale
Tout a basculé en février 2026, lorsque la radio américaine KEXP a diffusé sur YouTube une vidéo tournée début décembre 2025 à Rennes. Lors des Trans Musicales, Angine de Poitrine y interprétait quatre morceaux. En quelques semaines, la performance a été visionnée plus de 10 millions de fois, propulsant le duo dans une dimension inattendue. « Jamais je n’ai vu un groupe instrumental bizarre devenir viral comme Angine de Poitrine », a reconnu Sean Ono Lennon, fils de John Lennon et Yoko Ono, sur le réseau social X. « C’est complètement dingue. »
Le New York Times a salué leur musique, la qualifiant de « complexe, virtuose, microtonale et assurément fun », tout en soulignant leur « unité et une dextérité live éblouissantes ». Leur style, défini comme de l’« anti-aréna-rock instrumental cartonneux » ou du « mantra-rock dada-pythago-cubiste », déroute autant qu’il fascine. Leurs membres, Khn de Poitrine et Klek de Poitrine, expliquent leur approche de manière plus prosaïque : « C’était un peu une joke au départ. À force d’y plonger, on a créé un univers complet. On a toujours eu ce côté espiègle : on veut surprendre et que le monde soit sur le cul. »
Un univers visuel et sonore qui interroge
L’identité d’Angine de Poitrine repose autant sur sa musique que sur son esthétique. Les deux artistes, souvent masqués derrière des déguisements à pois bon marché rappelant les programmes télévisés pour enfants, jouent avec l’ambiguïté entre sérieux et absurdité. Leur passage dans l’émission Tout le monde en parle au Québec, où ils s’exprimaient dans une « langue alien » déroutante, a marqué les esprits. Le quotidien suisse Le Temps ironisait d’ailleurs sur ces « déguisements dignes d’un programme pour enfants au budget raboté ».
Pourtant, ces costumes ne sont pas anodins : ils font partie intégrante de leur projet artistique et leur permettent de préserver leur anonymat. « Certains détectives du web ont réussi à découvrir qui se cache sous les masques, ce qui a grandement déçu les intéressés », rapporte l’agence La Presse canadienne. Leur musique, à la fois expérimentale et accessible, interroge aussi sur sa possible origine humaine. Le Globe and Mail y voit une « expression artistique trop bizarre pour avoir été concoctée par autre chose que des êtres humains », suggérant une résistance à l’intelligence artificielle dans un paysage musical souvent dominé par les algorithmes.
Un phénomène culturel au-delà de la musique
Au-delà de son succès musical, Angine de Poitrine incarne, pour certains observateurs, une forme de modernité artistique québécoise à portée universelle. Le Devoir, dans un long article, évoque une « réaction artistique » à l’image du mouvement dada du début du XXe siècle, en réaction aux conflits internationaux actuels. « On peut y voir une forme de résistance artistique dans une période de tensions globales », analyse l’écrivain Mathieu Arsenault, cité par le quotidien montréalais.
Leur succès dépasse même les frontières traditionnelles de la musique. En Australie, le site News.com.au décrit le duo comme un « antidote à la pop formatée produite à la chaîne par les usines à tubes pour alimenter les algorithmes ». Leur musique, qualifiée de « mantra-rock dada-pythago-cubiste », se distingue par son approche à la fois technique et décalée. Khn de Poitrine, par exemple, joue sur une guitare-basse à deux manches, instrument aussi surprenant que leur répertoire.
Alors que le groupe prépare de nouvelles dates, l’engouement autour de leur projet soulève une question : leur succès repose-t-il uniquement sur leur talent musical, ou leur esthétique et leur mystère y jouent-ils un rôle tout aussi déterminant ? Une chose est sûre : Angine de Poitrine a su capter l’attention d’un public bien plus large que celui des amateurs de musique expérimentale.
Les deux membres du groupe sont Khn de Poitrine et Klek de Poitrine, originaires de Saguenay au Québec. Ils forment ce duo depuis une vingtaine d’années et ont lancé le projet Angine de Poitrine peu avant la pandémie de Covid-19.
Leur deuxième album, intitulé « Vol. II », est déjà sorti le 3 avril 2026. Aucun détail n’a encore été communiqué concernant un éventuel troisième opus.
