Alors que les sols restent gorgés d’eau après un hiver marqué par des précipitations exceptionnelles, une partie du monde agricole français et européen alerte sur le manque d’infrastructures adaptées pour gérer ces excédents hydriques. Selon nos confreres de Le Monde, les professionnels du secteur estiment que cette situation, bien que bénéfique à court terme, révèle l’urgence de renforcer les capacités de rétention d’eau pour anticiper les périodes de sécheresse estivale.
Ce qu'il faut retenir
- Un hiver 2025-2026 marqué par des pluies 30 à 50 % supérieures aux moyennes saisonnières en France, selon Météo-France.
- Les agriculteurs, notamment dans le Sud-Ouest et la région Centre-Val de Loire, dénoncent l’absence de grands réservoirs et de politiques de stockage adaptées.
- Le ministre de l’Agriculture a annoncé un plan de 150 millions d’euros pour financer des retenues collinaires et bassins de rétention.
- La FNSEA et les Chambres d’agriculture réclament une réforme des règles d’urbanisme pour faciliter l’implantation de ces infrastructures.
- Les opposants au projet pointent les risques environnementaux liés aux retenues artificielles, notamment sur la biodiversité.
Des sols saturés, mais des besoins persistants en irrigation
Les pluies abondantes de l’hiver 2025-2026 ont permis de reconstituer une partie des nappes phréatiques, mais elles ont aussi rendu les sols inutilisables pour les semis de printemps dans de nombreuses régions. « On a des terres gorgées d’eau, impossibles à travailler », explique Jean-Pierre Philibert, céréalier en Eure-et-Loir. Côté sud, dans les Pyrénées-Atlantiques, les éleveurs dénoncent des prairies inondées depuis décembre, compromettant les premières coupes de foin.
Pourtant, malgré ces excédents, la question de l’eau reste cruciale pour l’agriculture. « Un hiver pluvieux ne suffit pas à compenser les 10 à 15 % de réduction des précipitations en été depuis 20 ans », rappelle un rapport de l’INRAE cité par Le Monde. Les agriculteurs craignent une répétition des épisodes de sécheresse comme ceux de 2022 ou 2023, où des restrictions d’eau avaient touché 30 départements.
Des solutions en débat : retenues collinaires ou bassins de rétention ?
Face à cette situation, le gouvernement a présenté en février 2026 un plan d’urgence pour accélérer la construction de 500 nouveaux bassins de rétention d’ici 2029, principalement dans les régions céréalières et viticoles. Ces infrastructures, souvent appelées « retenues collinaires », permettent de stocker l’eau en hiver pour la redistribuer en période de stress hydrique. « Ces bassins sont une réponse pragmatique, mais ils doivent être bien dimensionnés pour éviter les impacts sur les milieux aquatiques », tempère Sophie Auclair, hydrogéologue à l’Office français de la biodiversité.
Cependant, certains projets peinent à aboutir en raison des oppositions locales. À Montauban, dans le Tarn-et-Garonne, un projet de retenue de 1,2 million de m³ a été bloqué par une association de riverains, invoquant le risque de baisse du niveau des nappes en aval. « On nous reproche de pomper la ressource, alors que l’objectif est justement de la préserver ! », s’insurge Marc Fabre, président de la Chambre d’agriculture de la région.
L’Europe mobilisée, mais les délais restent longs
La problématique du stockage de l’eau ne concerne pas que la France. Selon la Commission européenne, 11 % des terres agricoles du continent sont menacées par la désertification, tandis que les épisodes de sécheresse coûtent 9 milliards d’euros par an au secteur agricole. En Espagne, le gouvernement a lancé en 2025 un plan de 2 milliards d’euros pour moderniser les réseaux d’irrigation, tandis que l’Italie mise sur des « autoroutes de l’eau » pour transférer les surplus du nord vers le sud.
En France, le ministère de l’Agriculture a indiqué que 70 % des projets prévus dans le cadre du plan 2026 étaient déjà en phase d’étude, mais leur mise en service ne devrait intervenir qu’à partir de 2027. « Les délais administratifs et les contentieux ralentissent considérablement les avancées », déplore un haut fonctionnaire du ministère, sous couvert d’anonymat. « Pourtant, chaque année compte : en 2025, 40 % des céréaliers ont dû réduire leurs surfaces cultivées par manque d’eau, selon la FNSEA.
Pour l’heure, les agriculteurs restent partagés entre l’espoir de voir enfin aboutir ces projets et la crainte de ne pas avoir suffisamment de temps. « On nous parle de solutions pour dans trois ans, mais nous, on a besoin d’eau dès cet été », résume Jean-Pierre Philibert, le céréalier d’Eure-et-Loir. La question n’est plus seulement technique, mais aussi politique : comment concilier urgence climatique, souveraineté alimentaire et préservation des ressources ?
Elles soulèvent plusieurs enjeux : d’abord, leur impact sur les milieux aquatiques en aval, avec un risque d’assèchement des zones humides ou des cours d’eau. Ensuite, leur acceptabilité sociale, certains riverains craignant une artificialisation des paysages ou une baisse de la valeur de leurs terrains. Enfin, leur efficacité à long terme dépend de leur bonne gestion, pour éviter l’évaporation excessive ou la pollution par les nitrates.
