Le titre Vallourec a chuté de 7 % ce mardi 19 mai à la Bourse de Paris, enregistrant la plus forte baisse du SBF 120 après qu'Arcelormittal a cédé 10 % de sa participation dans le spécialiste des tubes sans soudure. Selon BFM Bourse, cette opération, réalisée via un placement accéléré à un prix unitaire de 24 euros, a immédiatement pesé sur le cours de l'action, qui s'échangeait à 24,23 euros en milieu de matinée.

Ce qu'il faut retenir

  • Arcelormittal a vendu un bloc de 23,9 millions d'actions Vallourec, représentant environ 10 % du capital du groupe, au prix de 24 euros par action.
  • Cette cession, réalisée par construction accélérée d'un livre d'ordres, intervient avec une décote de 7,94 % par rapport au cours de clôture de lundi (26,07 euros).
  • Le produit de la vente, estimé à 573 millions d'euros, sera restitué aux actionnaires d'Arcelormittal dans le cadre de son programme de rachat d'actions.
  • Après cette opération, la participation d'Arcelormittal dans Vallourec passe de 27,3 % à 17,3 %, tout en conservant un siège au conseil d'administration.
  • L'action Vallourec, en forte hausse depuis 2024 (+80 % hors dividende), voit ainsi son cours s'ajuster à la baisse sous la pression vendeuse.

Une cession jugée opportuniste par les analystes

Cette opération, qualifiée de « très rentable » par Oddo BHF, intervient dans un contexte où le titre Vallourec affiche une performance exceptionnelle depuis le rachat de la participation d'Apollo par Arcelormittal en mars 2024. «

L'opération s'avère très rentable puisque Arcelormittal a quasi doublé sa mise initiale (en intégrant le dividende reçu) sur l'investissement auprès d'Apollo
», a précisé Maxime Kogge, analyste chez Oddo BHF. Le groupe sidérurgique, qui avait acquis ces actions à 14,64 euros, a ainsi bénéficié d'une valorisation en forte hausse, portée par la reprise du secteur et une demande soutenue pour les tubes sans soudure.

Les analystes soulignent cependant que cette vente pourrait surprendre certains investisseurs. «

Cette cession peut surprendre certains investisseurs, qui s'attendaient au contraire à une prise de participation plus importante d'Arcelormittal au capital de Vallourec
», ont fait valoir les spécialistes de Jefferies, cités par Reuters. En 2024, l'entrée d'Arcelormittal dans le capital de Vallourec laissait en effet présager une montée en puissance progressive, voire un rachat total du groupe.

Un revirement stratégique lié aux tensions commerciales

Selon Oddo BHF, cette sortie partielle s'inscrit dans une logique de recentrage stratégique d'Arcelormittal, contrainte de réévaluer ses priorités en raison des mesures tarifaires américaines. «

La participation dans Vallourec offrait en 2024 des perspectives de montée en gamme, d'intégration en amont (mine au Brésil) et de renforcement de l'exposition US et Brésil. Si ces objectifs restent valables, ils ont été mis au second plan par les droits de douane de 50 % érigés aux États-Unis, qui conduisent Arcelormittal à privilégier désormais l'expansion de sa capacité de produits plats dans le pays plutôt que l'expansion dans les tubes
», explique Maxime Kogge.

Ce revirement illustre une volonté de simplification du portefeuille du groupe, qui a cédé ces dernières années plusieurs actifs (Ilva en Italie, Erdemir en Turquie, actifs au Kazakhstan et en Bosnie) pour se concentrer sur ses filiales clés, comme Calvert aux États-Unis, dont il détient désormais 100 %. Pour Oddo BHF, cette stratégie apporte « plus de flexibilité financière et de lisibilité » à Arcelormittal, même si elle prend le marché à revers.

Vallourec sous pression, mais les fondamentaux restent solides

Malgré la chute de son action ce mardi, Vallourec conserve des atouts majeurs. Le groupe, spécialiste des tubes sans soudure, bénéficie d'une demande soutenue dans les secteurs de l'énergie et de l'industrie, portés par la transition énergétique et les investissements dans les infrastructures. «

Après avoir stoppé ses rachats d'actions depuis près d'un an, le groupe les a repris après la publication des résultats du premier trimestre, et nous pensons que ceux-ci devraient s'accélérer, représentant un facteur de surperformance de l'action contre ses pairs moins actifs
», indique Oddo BHF.

Pour autant, l'opération d'Arcelormittal pourrait alimenter les spéculations sur une possible dilution du capital ou une perte d'influence de l'actionnaire historique. Rappelons qu'en 2024, Usinor — ancêtre d'Arcelormittal — avait déjà été actionnaire de référence de Vallourec sans jamais procéder à son rachat, en raison de synergies limitées. Un contexte qui rappelle que les stratégies d'investissement des sidérurgistes peuvent évoluer en fonction des cycles économiques et des contraintes réglementaires.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient être déterminantes pour Vallourec. D'une part, la publication des résultats trimestriels du groupe, attendue d'ici la fin du mois de mai, permettra d'évaluer l'impact de la baisse récente du titre sur ses performances opérationnelles. D'autre part, la trajectoire d'Arcelormittal, qui pourrait procéder à de nouvelles cessions partielles, suscite des interrogations sur l'avenir de sa participation. Enfin, l'évolution des droits de douane américains, actuellement fixés à 50 %, pourrait influencer les décisions stratégiques des deux groupes dans les mois à venir.

En attendant, les investisseurs surveilleront de près l'ajustement du cours de Vallourec, dont la valorisation reste fortement corrélée à la santé des secteurs de l'énergie et de l'industrie lourde. Une chose est sûre : cette opération, bien que douloureuse à court terme, pourrait renforcer la position financière d'Arcelormittal et lui ouvrir de nouvelles opportunités d'investissement.

Selon les analystes, cette cession s'inscrit dans une logique de recentrage stratégique d'Arcelormittal, contrainte par les droits de douane américains de 50 % qui l'incitent à privilégier le développement de ses capacités de production de produits plats plutôt que l'expansion dans les tubes. Par ailleurs, la forte valorisation du titre Vallourec depuis 2024 a permis à Arcelormittal de réaliser une plus-value significative sur son investissement initial.

Les investisseurs devront suivre de près la publication des résultats du premier trimestre 2026 de Vallourec, attendue d'ici la fin du mois de mai, ainsi que l'évolution des droits de douane américains, qui pourraient influencer la stratégie du groupe. La trajectoire des cessions potentielles d'Arcelormittal sera également un point clé à surveiller.