Alors que l'Arménie s'apprête à renouveler une partie de son Assemblée nationale le 7 juin prochain, la Russie a choisi de durcir le ton à l'égard d'Erevan. Selon BFM Business, Moscou a prévenu par écrit qu'elle suspendrait ou résilierait ses accords de coopération énergétique et minière si l'Arménie maintenait sa volonté d'adhérer à l'Union européenne (UE). Une mise en garde qui intervient dans un contexte de tensions croissantes entre les deux pays, Erevan cherchant depuis plusieurs années à diversifier ses partenariats au-delà de la sphère russe.

Ce qu'il faut retenir

  • La Russie menace l'Arménie de suspendre ou résilier ses livraisons de gaz naturel, produits pétroliers et diamants bruts si Erevan poursuit son processus d'adhésion à l'UE, selon une déclaration officielle de la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères.
  • Les 82 % des importations de gaz arménien en 2025 provenaient de Russie, pour un volume total de 2,7 milliards de mètres cubes.
  • L'Arménie, pays enclavé du Caucase de 3 millions d'habitants, entretient des liens historiques avec Moscou, qui y maintient des bases militaires.
  • Les relations entre les deux pays se sont dégradées ces dernières années, Erevan multipliant les signaux en faveur de Bruxelles et de Washington.
  • Le 26 mai 2026, le secrétaire d'État américain Marco Rubio a signé un accord de partenariat stratégique avec le ministre arménien des Affaires étrangères.
  • L'Arménie a récemment adopté une loi officialisant le lancement de son processus d'adhésion à l'UE.

Une menace explicite et documentée

Dans une communication relayée par l'agence RIA Novosti, la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a indiqué que l'ambassade de Russie à Erevan avait transmis une lettre formelle aux autorités arméniennes. « Si le processus d'adhésion à l'UE se poursuit, la partie russe suspendra ou résiliera unilatéralement l'accord de coopération sur la fourniture de gaz naturel, de produits pétroliers et de diamants bruts », a-t-elle déclaré. Cette déclaration marque une escalade dans les tensions entre Moscou et Erevan, déjà perceptibles depuis plusieurs mois.

Une dépendance énergétique historique

L'Arménie, pays enclavé du Caucase du Sud, dépend massivement de la Russie pour ses approvisionnements énergétiques. Selon les données compilées par Interfax en 2025, le pays a importé 2,7 milliards de mètres cubes de gaz naturel, dont 82 % provenaient de Russie. Cette dépendance structurelle rend la menace russe particulièrement crédible. Les produits pétroliers et les diamants bruts, mentionnés dans la mise en garde de Moscou, constituent également des ressources stratégiques pour l'économie arménienne, déjà fragilisée par des années de tensions régionales.

Cette dépendance n'est pas seulement économique : elle s'inscrit dans un héritage géopolitique. Depuis l'indépendance de l'Arménie en 1991, Moscou a joué un rôle central dans la stabilité du pays, notamment à travers la présence de bases militaires russes sur son sol. Erevan accueille ainsi deux bases, dont une située près de la frontière avec l'Azerbaïdjan, et dépend des garanties de sécurité offertes par le Kremlin.

Le tournant pro-européen d'Erevan

Ces dernières années, l'Arménie a progressivement rompu avec sa posture de neutralité apparente pour se rapprocher de l'Occident. En avril 2026, le Parlement arménien a adopté une loi officialisant le lancement du processus d'adhésion à l'UE, une décision symbolique forte. Ce virage s'accompagne de gestes concrets : signature d'accords avec les États-Unis, comme celui signé mardi 26 mai 2026 entre le secrétaire d'État américain Marco Rubio et son homologue arménien, ainsi que le renforcement des échanges avec Bruxelles.

Cette orientation a été perçue à Moscou comme une provocation. Dès le début du mois de mai 2026, le Kremlin avait accusé l'Arménie d'entrer dans ce qu'il qualifie d'« orbite anti-russe » de l'UE. Une rhétorique qui reflète l'inquiétude russe face à la perte d'influence dans une région qu'elle considère comme son pré carré.

Un contexte électoral tendu en Arménie

La menace russe survient à quelques jours d'un scrutin législatif crucial pour l'Arménie. Le 7 juin 2026, les électeurs seront appelés à renouveler une partie de l'Assemblée nationale. Les sondages accordent une large avance au parti Contrat civil, mené par le Premier ministre Nikol Pashinyan, figure du mouvement pro-européen. Ce dernier a fait de l'intégration européenne une priorité de son mandat, malgré les risques géopolitiques encourus.

Les élections de juin pourraient donc servir de catalyseur à la crise actuelle. Si le parti de Pashinyan confirme sa domination, Moscou pourrait accélérer la mise en œuvre de ses menaces, notamment en coupant les livraisons énergétiques. Une situation qui placerait Erevan dans une position extrêmement délicate, entre ses aspirations européennes et ses besoins immédiats en énergie.

« Si le processus d'adhésion à l'UE se poursuit, la partie russe suspendra ou résiliera unilatéralement l'accord de coopération sur la fourniture de gaz naturel, de produits pétroliers et de diamants bruts. »
Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères

Les réactions internationales et les enjeux régionaux

La position américaine s'est clairement affichée en faveur d'Erevan. Le secrétaire d'État Marco Rubio s'est rendu en Arménie le 26 mai 2026 pour y signer un accord de partenariat stratégique, renforçant les liens entre Washington et Erevan. Ce geste s'inscrit dans une stratégie plus large des États-Unis pour contrer l'influence russe dans le Caucase, une région devenue un terrain de rivalité entre grandes puissances.

Côté européen, la Commission européenne a salué les progrès de l'Arménie sur la voie de l'adhésion, tout en restant prudente sur les risques encourus. « L'UE soutient les réformes démocratiques en Arménie, mais nous suivons avec attention les développements récents », a indiqué un porte-parole de la Commission. L'Arménie est candidate officielle à l'UE depuis décembre 2022, mais le processus d'adhésion reste long et semé d'embûches.

Et maintenant ?

La balle est désormais dans le camp d'Erevan. Si le parti Contrat civil confirme sa victoire aux législatives du 7 juin, le gouvernement arménien devra arbitrer entre ses ambitions européennes et les réalités énergétiques imposées par Moscou. Une suspension des livraisons de gaz ou de pétrole aurait des conséquences immédiates sur l'économie arménienne, déjà sous pression en raison des tensions avec l'Azerbaïdjan et des sanctions internationales.

Pour Moscou, l'objectif semble clair : rappeler à Erevan les coûts d'un rapprochement avec l'Occident. Reste à voir si cette stratégie portera ses fruits ou si elle précipitera l'Arménie dans une crise économique et politique. Les prochaines semaines seront déterminantes, tant pour l'Arménie que pour l'équilibre géopolitique du Caucase.

La situation rappelle celle d'autres pays de l'ancien bloc soviétique, comme l'Ukraine avant 2022, où les pressions économiques ont servi d'outil de coercition. Reste à savoir si Erevan parviendra à naviguer entre ces écueils sans déclencher une crise majeure.

Selon BFM Business, Moscou menace de suspendre ou résilier l'accord de coopération sur la fourniture de gaz naturel, produits pétroliers et diamants bruts. Ces trois ressources sont essentielles pour l'économie arménienne, le gaz représentant 82 % de ses importations en 2025.

Les électeurs arméniens sont appelés aux urnes le 7 juin 2026 pour renouveler une partie de l'Assemblée nationale. Ce scrutin est crucial, car il pourrait confirmer ou infirmer l'orientation pro-européenne du gouvernement actuel.