Avec des prix du carburant qui dépassent les 2 euros le litre pour tous les types d’essence, certains automobilistes cherchent des solutions pour réduire leur budget essence. Pourtant, une arnaque ancienne et en recrudescence menace les usagers des stations-service automatisées : celle du pistolet mal raccroché, qui permet à un escroc de remplir son réservoir gratuitement sur le compte de sa victime. Capital révèle comment cette pratique opère et comment s’en protéger.

Ce qu'il faut retenir

  • Cette arnaque cible les stations-service sans caisse, où le paiement s’effectue en libre-service.
  • Le fraudeur profite de votre empathie en prétendant manquer de liquide ou de carte bancaire.
  • Il ne raccroche pas correctement le pistolet, ce qui permet un remplissage automatique une fois la victime partie.
  • Le paiement est prélevé sur votre compte après votre départ, parfois pour plus de 100 euros.
  • Pour éviter le piège, vérifiez que le pistolet est bien raccroché ou remplissez vous-même le réservoir de la personne.

Une arnaque qui mise sur la solidarité et la précipitation

Selon Capital, cette technique, qualifiée de « pistolet mal raccroché », se généralise dans les stations-service où le paiement s’effectue en libre-service, sans passage par une caisse physique. Le scénario est toujours le même : un automobiliste, souvent pressé ou distrait, est approché par un inconnu qui prétend être à court de moyens de paiement. « Je n’ai que quelques euros en liquide, mais je dois absolument faire le plein », explique souvent le malfaiteur, jouant sur la corde sensible de l’entraide.

La victime, compatissante, accepte alors de régler le plein à sa place. Elle entre son numéro de carte et son code dans la borne, puis repart avec l’impression d’avoir rendu service. Mais l’escroc n’a pas raccroché le pistolet correctement. Le réservoir continue de se remplir une fois la personne partie, et le paiement est prélevé sur son compte bancaire, parfois plusieurs dizaines de minutes après. Les victimes ne découvrent la fraude que lors de la réception de leur relevé bancaire, où apparaît un paiement anormalement élevé pour un plein d’essence.

Des pertes financières qui peuvent atteindre plusieurs centaines d’euros

Les conséquences financières sont loin d’être anodines. Avec un litre d’essence à plus de 2 euros en moyenne, un plein de 50 litres représente déjà un coût de 100 euros. Si l’escroc a profité de l’absence de la victime pour remplir un réservoir de 70 litres, la facture peut s’élever à 140 euros ou plus. Autant dire que, pour des automobilistes déjà en difficulté face à la hausse des prix des carburants, cette arnaque ajoute une pression financière supplémentaire.

Les fraudeurs ciblent principalement les stations-service situées sur des axes routiers fréquentés ou les aires d’autoroute, où le flux de clients est rapide et où les témoins potentiels sont rares. « Ils repèrent les stations sans surveillance et profitent de l’absence de personnel pour agir », précise un expert en sécurité financière interrogé par Capital.

Comment reconnaître et éviter ce type de fraude ?

Face à cette menace, les autorités et les spécialistes de la sécurité bancaire multiplient les conseils pour éviter de tomber dans le piège. Premier réflexe : ne jamais accepter de payer pour un inconnu, même sous prétexte de solidarité. Même si l’argument peut sembler convaincant, il est préférable de refuser poliment et de signaler la situation à la station-service si possible.

Deuxième conseil : vérifier systématiquement que le pistolet est bien raccroché avant de partir. Certaines bornes affichent un message ou un voyant lumineux pour confirmer que le pistolet a été correctement remis en place. Le ticket de caisse ne s’imprime qu’une fois le pistolet raccroché, ce qui peut servir de preuve en cas de litige. Enfin, si vous tenez à aider une personne en difficulté, proposez-lui de remplir vous-même son réservoir avec votre propre pistolet.

« Même avec les meilleures intentions, il ne faut pas se laisser attendrir par ces mises en scène. Un escroc saura toujours jouer sur vos émotions pour arriver à ses fins. La prudence reste le meilleur rempart. »
— Expert en sécurité financière, cité par Capital

Des stations-service automatisées de plus en plus ciblées

Cette arnaque n’est pas nouvelle, mais elle connaît un regain d’activité depuis quelques mois, notamment en raison de la flambée des prix des carburants et de l’augmentation des stations en libre-service. Selon les données de la Fédération française des carburants, près de 30 % des stations-service en France proposent désormais un système de paiement automatisé sans passage en caisse. Ce chiffre pourrait encore progresser dans les années à venir, ce qui expose davantage d’usagers à ce type de fraude.

Les exploitants de stations-service sont également concernés. Certains ont commencé à installer des caméras de surveillance ou à former leur personnel pour repérer les comportements suspects. « Nous avons renforcé nos contrôles dans les zones à risque, mais la vigilance individuelle reste indispensable », explique un gérant de station en Île-de-France.

Et maintenant ?

D’ici la fin de l’année, les autorités pourraient renforcer les sanctions contre les fraudeurs utilisant ce type d’arnaque. Une proposition de loi visant à durcir les peines pour les escroqueries aux carburants est actuellement en discussion au Parlement. Par ailleurs, les opérateurs de bornes de paiement pourraient être incités à intégrer des systèmes de détection automatique des pistolets mal raccrochés. Reste à voir si ces mesures suffiront à endiguer la tendance.

Cette arnaque rappelle que, dans un contexte économique tendu, la prudence est de mise, même dans les actes les plus anodins. Si l’entraide reste une valeur fondamentale, elle ne doit pas se transformer en une porte d’entrée pour les fraudeurs. Les automobilistes ont tout intérêt à rester vigilants, à vérifier systématiquement leurs relevés bancaires et à signaler toute activité suspecte aux forces de l’ordre ou à leur banque.

Contactez immédiatement votre banque pour faire opposition au paiement et signaler la fraude. Déposez également une plainte auprès des forces de l’ordre en fournissant tous les éléments disponibles (relevés bancaires, vidéosurveillance de la station si disponible).

En général, non. Les exploitants de stations-service ne sont pas tenus responsables des fraudes commises par des tiers. Cependant, certaines enseignes renforcent leurs dispositifs de sécurité pour limiter les risques, comme l’installation de caméras ou d’alarmes.