Près de 40 % des internautes français ont déjà été victimes d’une tentative d’arnaque ou de fraude en ligne, selon les dernières données du Crédoc pour l’année 2025. Parmi les menaces les plus répandues, l’hameçonnage occupe la première place, représentant 32,9 % des demandes d’assistance traitées par Cybermalveillance.gouv.fr en 2024. Dans ce contexte, une fraude ciblant spécifiquement les vendeurs sur les plateformes de seconde main — Vinted, Leboncoin ou encore Marketplace — gagne en ampleur : il s’agit de l’arnaque aux faux frais PayPal. Comme le rapporte Capital, cette manœuvre repose sur une confusion savamment entretenue entre frais réels et exigences frauduleuses, poussant les victimes à avancer plusieurs dizaines d’euros pour débloquer un paiement qui n’existe pas.
Ce qu'il faut retenir
- En 2025, 73 % des internautes ont été exposés à une tentative d’arnaque en ligne, et 39 % en ont été victimes, selon le Crédoc.
- L’arnaque aux faux frais PayPal vise principalement les vendeurs sur les plateformes de seconde main, avec des pertes pouvant atteindre 50 euros par victime.
- Les fraudeurs exploitent un sentiment d’urgence : un mail indiquant un paiement « en attente » et exigeant le règlement de frais pour le débloquer.
- PayPal précise que ses frais, lorsqu’ils existent, sont automatiquement déduits du paiement et n’apparaissent pas comme une somme à régler séparément.
- L’escroc peut réitérer ses demandes (« vérification incomplète », « contrôle de sécurité ») jusqu’à ce que la victime abandonne ou expédie son colis sans être payée.
Une fraude qui prospère sur la précipitation des échanges
Les plateformes de vente d’occasion — Vinted, Leboncoin ou Facebook Marketplace — offrent un terrain idéal pour ce type d’arnaque. Côté acheteurs, on retrouve souvent un profil crédible : message poli, confirmation d’achat immédiate, et surtout, une proposition de paiement via PayPal. Le scénario est rodé : quelques minutes après la transaction, le vendeur reçoit un mail semblant provenir de PayPal. Celui-ci l’informe que le paiement est « en attente » et que des frais de vérification ou de sécurité doivent être réglés pour finaliser l’opération. La victime, impatiente de récupérer l’argent de sa vente, accepte alors de verser entre 20 et 50 euros, parfois plus.
François Duvar, expert en cybersécurité cité par Capital, explique cette mécanique : « Le vendeur pense que l’argent est déjà disponible et qu’il ne manque qu’une formalité. C’est précisément ce sentiment d’urgence que les fraudeurs exploitent. » L’expert rappelle une règle simple : « Un paiement qui n’apparaît pas dans votre activité PayPal n’existe pas. » En effet, PayPal détaille sur ses pages d’aide que les frais — lorsqu’ils s’appliquent — sont prélevés automatiquement lors de la transaction ou pris en charge par l’émetteur du paiement. Ils s’affichent directement dans le compte du vendeur, et jamais sous forme de somme à envoyer séparément.
Des demandes qui s’enchaînent jusqu’à la perte définitive
Une fois le premier virement effectué, l’escroc ne s’arrête généralement pas là. Il revient à la charge avec de nouvelles excuses : « paiement suspendu », « vérification incomplète » ou « contrôle de sécurité supplémentaire ». La victime, déjà engagée financièrement, hésite à abandonner, espérant encore récupérer le prix de son objet. « Plus la victime a avancé d’argent, plus elle veut croire que la transaction va aboutir », souligne François Duvar. « Le fraudeur entretient volontairement cette illusion jusqu’au dernier moment. » Dans les cas les plus graves, la victime paie les faux frais… puis expédie son colis sans jamais recevoir le règlement annoncé.
Ce scénario ne se limite pas à une simple perte financière. Les faux liens peuvent aussi servir à récupérer des informations sensibles : identifiants PayPal, IBAN, coordonnées bancaires ou même une adresse postale. Ces données sont ensuite réutilisées pour d’autres fraudes ou alimenter de nouvelles campagnes d’hameçonnage. Selon Capital, cette méthode s’inscrit dans une stratégie plus large de cybermalveillance, où l’hameçonnage reste la menace principale pour les particuliers en 2025.
Comment reconnaître et éviter cette arnaque ?
Plusieurs signaux doivent alerter. Un acheteur particulièrement pressé, qui refuse le paiement sécurisé de la plateforme ou insiste pour cliquer sur un lien externe, doit immédiatement éveiller les soupçons. De même, une demande d’argent intervient-elle avant même la réception du paiement ? Le message provient-il d’une adresse inhabituelle ou affiche-t-il un ton insistant ? Enfin, si un paiement n’apparaît que dans un mail mais reste invisible dans le compte PayPal, c’est une alerte immédiate. « Un paiement qui n’apparaît pas dans votre activité PayPal n’existe pas », rappelle François Duvar.
Pour se prémunir, les experts conseillent de toujours ouvrir son compte PayPal via l’application ou le site officiel, sans passer par un lien reçu par mail ou SMS. En cas de doute, il est recommandé de contacter directement la plateforme de vente pour vérifier l’authenticité de la transaction. Les plateformes comme Leboncoin ou Vinted proposent généralement des systèmes de paiement sécurisés intégrés, qui protègent à la fois l’acheteur et le vendeur.
Que faire en cas de fraude avérée ?
Si des coordonnées bancaires ou une carte ont été communiquées via un faux lien, il est urgent de contacter sa banque pour faire opposition ou contester l’opération. Les victimes peuvent également effectuer un signalement sur Cybermalveillance.gouv.fr ou via la plateforme PHAROS de la police nationale. Conserver tous les échanges — mails, SMS, captures d’écran — est essentiel pour documenter les faits et appuyer d’éventuelles démarches judiciaires. Selon l’article 313-1 du Code pénal, ce type d’escroquerie est passible de 5 ans d’emprisonnement et de 375 000 euros d’amende, une peine qui reflète l’ampleur des préjudices subis par les victimes.
Enfin, les experts rappellent que la meilleure défense reste la prudence. Comme le souligne François Duvar : « Le point le plus simple à retenir reste aussi le plus efficace : un paiement qui n’apparaît pas dans votre activité PayPal n’existe pas. » Autant dire que la vigilance est de mise dans un écosystème où la rapidité des échanges peut parfois primer sur la sécurité.
Pour aller plus loin, Capital propose une série d’articles sur les arnaques en ligne et les bonnes pratiques à adopter lors d’achats ou ventes entre particuliers.
Un vrai mail PayPal provient toujours d’une adresse officielle (@paypal.com ou @email.paypal.com). Les liens doivent rediriger vers le site paypal.com ou l’application PayPal. Méfiez-vous des messages urgents, des fautes d’orthographe ou des adresses suspectes. En cas de doute, connectez-vous directement à votre compte via l’application ou le site, sans cliquer sur les liens du mail.
Non. PayPal ne facture pas de frais pour les transactions entre particuliers en France (paiement « entre amis »). Les frais s’appliquent uniquement pour les paiements de biens et services, les transactions internationales ou les conversions de devise. Ces frais sont prélevés automatiquement lors de la transaction et n’apparaissent jamais comme une somme à régler séparément.