Le maire d’Arras, Frédéric Leturque, et une conseillère municipale de la ville, Éléonore Laloux, ont déposé plainte vendredi dernier après la diffusion d’une vidéo insultante envers cette dernière. L’influenceur à l’origine de la publication, qui totalise plus de 47 000 abonnés sur YouTube, y tenait des propos moqueurs et discriminatoires envers Éléonore Laloux, élue municipale depuis 2020 et porteuse de trisomie 21. Selon Le Figaro, la vidéo, diffusée en direct le 10 avril 2026, a depuis été retirée de la plateforme mais circule toujours sous forme d’extraits.
Ce qu'il faut retenir
- Le maire d’Arras, Frédéric Leturque, a porté plainte pour injure publique envers un élu après la diffusion d’une vidéo insultante.
- Éléonore Laloux, conseillère municipale depuis 2020, a également déposé plainte séparément pour les moqueries dont elle a été victime.
- L’influenceur, qui compte plus de 47 000 abonnés, a utilisé le terme « mongolienne » à plusieurs reprises et tenu des propos discriminatoires dans une vidéo publiée le 10 avril 2026.
- Le maire a saisi l’Arcom et écrit au président de la République pour demander une condamnation ferme de ces propos.
- Plusieurs responsables politiques, dont le président des Hauts-de-France Xavier Bertrand et la ministre déléguée à l’Autonomie, ont dénoncé ces attaques.
Dans cette vidéo, l’influenceur, dont le compte YouTube totalise plus de 47 000 abonnés, a tenu des propos particulièrement blessants. Il a notamment déclaré : « Moi, je n’ai pas envie d’un mongolien dans ma ville. Moi, s’il y a un mongolien maire de ma ville, je me barre. » Selon les informations recueillies par Le Figaro, ces propos ont été tenus lors d’un live diffusé le 10 avril 2026, avant d’être supprimé. Malgré cela, des extraits continuent de circuler en ligne, alimentant la polémique.
Frédéric Leturque, maire divers centre d’Arras, a réagi avec fermeté dès jeudi en dénonçant sur le réseau social X des moqueries « inacceptables » qui « nourrissent une banalisation dangereuse de la haine et des discriminations ». Il a déposé plainte contre X pour injure publique envers un élu, une procédure confirmée par une porte-parole de la mairie. En parallèle, il a adressé une lettre au président de la République Emmanuel Macron, l’appelant à condamner fermement ces attaques. Le maire a également annoncé son intention de saisir rapidement l’Arcom « pour faire cesser ces dérives intolérables ».
Du côté d’Éléonore Laloux, conseillère municipale depuis 2020, la famille a été alertée par des proches après la diffusion de la vidéo. Son père, Emmanuel Laloux, a indiqué qu’elle n’avait pas visionné elle-même la séquence, mais qu’elle en avait été informée. « Elle a été choquée », a-t-il déclaré, ajoutant que « malheureusement, ce n’est pas la première fois » que sa fille subit ce type de moqueries. Malgré cela, Éléonore Laloux bénéficie du soutien de l’équipe municipale et de ses proches. Une rencontre avec le préfet du Pas-de-Calais est prévue la semaine prochaine pour évoquer la situation.
Une vague de soutiens politiques et institutionnels
Plusieurs personnalités politiques ont réagi avec indignation à ces propos. Xavier Bertrand, président des Hauts-de-France (Les Républicains), a dénoncé sur X la « lâcheté » de ceux qui « tournent le handicap en dérision pour faire de l’audience ». De son côté, Camille Galliard-Minier, ministre déléguée chargée de l’Autonomie et des Personnes handicapées, a réagi avec fermeté : « Éléonore Laloux porte depuis de nombreuses années une parole essentielle pour notre République. Son parcours force le respect. Les attaques dont elle fait aujourd’hui l’objet sont indignes. » Elle a également rappelé que « la liberté d’expression ne peut jamais être le paravent de la stigmatisation ou de la déshumanisation ».
La ministre a souligné que « les discours haineux nourrissent les discriminations et fragilisent le pacte républicain fondé sur l’égalité de dignité entre tous les citoyens ». Ces déclarations s’inscrivent dans un contexte plus large de lutte contre les discriminations envers les personnes en situation de handicap, un sujet régulièrement abordé par les associations et les institutions. En 2025, la France comptait près de 300 000 personnes porteuses de trisomie 21, selon les dernières estimations de l’INSERM.
Un phénomène qui dépasse le cadre local
L’affaire dépasse le cadre d’Arras et s’inscrit dans une tendance plus large de montée des discours haineux en ligne. Selon une étude récente de l’Observatoire des discours de haine, les propos discriminatoires envers les personnes handicapées ont augmenté de 22 % en un an sur les réseaux sociaux. Les influenceurs, en quête d’audience et de viralité, sont souvent pointés du doigt pour leur rôle dans la propagation de ces contenus. En 2025, plusieurs plateformes comme YouTube ou TikTok ont renforcé leurs modérations, mais les dérives persistent.
Pour Éléonore Laloux, ces attaques ne sont malheureusement pas une première. Porteuse de trisomie 21, elle est régulièrement confrontée à des remarques ou des comportements discriminatoires, tant dans sa vie personnelle que professionnelle. Son engagement politique, depuis son élection en 2020, en a fait une figure médiatique, ce qui semble avoir exacerbé les moqueries. Malgré cela, elle continue de s’investir dans son rôle de conseillère municipale, où elle travaille notamment sur des dossiers liés à l’inclusion et à l’accessibilité.
Cette affaire rappelle l’importance du rôle des institutions dans la lutte contre les discriminations et la protection des personnes vulnérables. Elle pourrait également relancer le débat sur la régulation des réseaux sociaux, alors que les autorités appellent à une prise de conscience collective face à la montée des discours haineux. Reste à voir si ces événements conduiront à des mesures concrètes ou à une simple condamnation symbolique.
Les plaintes déposées par Frédéric Leturque et Éléonore Laloux vont être transmises au parquet d’Arras pour examen. Une enquête préliminaire devrait être ouverte rapidement. Par ailleurs, le maire d’Arras a annoncé vouloir saisir l’Arcom pour évaluer la responsabilité de la plateforme YouTube dans la diffusion de ces propos. L’enquête pourrait prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois, avant qu’une décision ne soit rendue.
Oui. Dès l’annonce des plaintes, plusieurs responsables politiques, dont Xavier Bertrand (président des Hauts-de-France) et la ministre déléguée Camille Galliard-Minier, ont exprimé leur soutien à Éléonore Laloux. Des associations comme l’Unapei (Union nationale des associations de parents, de personnes handicapées mentales et de leurs amis) ont également réagi pour dénoncer ces attaques. Enfin, son équipe municipale et ses proches l’ont assurée de leur soutien.