Une proposition de loi visant à permettre à certains commerces et services de rester ouverts le 1er mai sera examinée par l’Assemblée nationale ce vendredi 10 avril 2026, selon Capital. Le texte, déjà adopté par le Sénat, prévoit d’autoriser notamment les boulangeries, pâtisseries, boucheries, ainsi que les cinémas, théâtres et fleuristes à exercer leur activité ce jour férié, sous réserve d’une rémunération majorée pour les salariés volontaires.

Ce qu'il faut retenir

  • Une proposition de loi sera examinée par l’Assemblée nationale le 10 avril 2026 pour permettre l’ouverture de certains commerces le 1er mai.
  • Le texte, déjà voté par le Sénat, inclut les boulangeries, pâtisseries, boucheries, cinémas, théâtres et fleuristes.
  • Les salariés volontaires bénéficieraient d’une rémunération majorée pour travailler ce jour férié.
  • Les syndicats (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, Unsa, Solidaires, FSU) s’opposent fermement à cette dérogation.
  • Un sondage OpinionWay pour la CPME révèle que 73,7 % des Français sont favorables à cette mesure.
  • Les artisans et commerçants soutiennent le texte à 85,1 %, selon la CPME.

Cette initiative législative s’inscrit dans un débat récurrent sur la pertinence du maintien du 1er mai comme jour chômé pour tous. Pour ses défenseurs, elle répondrait à une demande sociale croissante, tandis que ses détracteurs y voient une remise en cause d’un acquis social historique. Michel Picon, président de l’Union des entreprises de proximité (U2P), souligne l’inadéquation des textes actuels avec les réalités économiques. « Ils sont dans leur rôle, mais au vu de la situation du pays, nous ne pouvons pas rester sclérosés à cause de textes qui ne sont plus adaptés aujourd’hui », a-t-il déclaré à La Tribune, comme le rapporte Capital.

Le texte, porté par des parlementaires de différents bords, s’appuie sur l’argument d’une prétendue insécurité juridique. Chaque année, des contrôles sont menés pour vérifier le respect de l’interdiction d’ouverture des commerces le 1er mai. Pourtant, selon les syndicats, les sanctions prononcées restent « quasiment inexistantes ». « Cette proposition de loi a été défendue sous couvert d’une prétendue insécurité juridique, alors même que les sanctions prononcées chaque année sont quasiment inexistantes », dénoncent-ils dans un communiqué commun.

Côté économique, les partisans de la mesure mettent en avant le soutien massif des Français. Un sondage OpinionWay pour la CPME, révélé en exclusivité par La Tribune Dimanche, indique que 73,7 % des sondés seraient favorables à l’ouverture des commerces de proximité le 1er mai, avec une rémunération doublée pour les salariés. Ce consensus traverse toutes les tranches d’âge : 75,9 % des 25-34 ans, 75,4 % des 35-49 ans, 73,6 % des 50-64 ans et 73,4 % des plus de 65 ans y sont favorables. Seuls les 18-24 ans affichent une approbation légèrement moindre, à 67,5 %.

Les catégories socioprofessionnelles ne sont pas divisées sur ce sujet. Les cadres, ingénieurs et chefs d’entreprise (CSP+) y sont favorables à 73,7 %, contre 71,2 % pour les ouvriers et employés (CSP-). Les artisans, commerçants et chefs d’entreprise soutiennent le texte à 85,1 %, tandis que les actifs en général l’approuvent à 73,6 %. Même les chômeurs se prononcent à 83,6 % en sa faveur. Amir Reza-Tofighi, président de la CPME, y voit une avancée majeure : « C’est le combat des entreprises pour avoir le droit d’exercer leur activité, c’est le combat des salariés pour travailler et gagner plus, et c’est le combat des Français pour avoir le droit de consommer. »

Les secteurs concernés par cette dérogation ne manquent pas d’arguments. Amir Reza-Tofighi interroge : « Est-il normal de tolérer la vente de muguet à la sauvette et d’empêcher les fleuristes de travailler ? » Un paradoxe qui, selon lui, illustre l’absurdité du statu quo actuel. Le président de la CPME rappelle que cette mesure pourrait également bénéficier aux consommateurs, privés chaque année d’un accès à certains services et produits le 1er mai. « Nous voulons réparer une injustice », insiste-t-il, ajoutant avec une pointe d’ironie : « C’est rare, en ce moment, une mesure qui suscite l’adhésion majoritaire des Français. »

Un débat qui divise les acteurs économiques et sociaux

Si la CPME et l’U2P défendent avec vigueur cette proposition, les syndicats y sont farouchement opposés. Pour eux, cette loi constituerait une première brèche dans le principe du repos rémunéré le 1er mai. « L’ouverture de la dérogation au principe du repos rémunéré le 1er mai constitue une première brèche, remettant en cause l’exceptionnalité de cette journée », alertent les syndicats dans leur communiqué. Ils craignent que cette mesure ne s’étende progressivement à d’autres secteurs, voire à d’autres jours fériés, fragilisant ainsi les droits des travailleurs.

Les opposants au texte rappellent que le 1er mai est un symbole fort du droit du travail en France, hérité des luttes sociales du début du XXe siècle. Pour eux, autoriser certains commerces à ouvrir reviendrait à nier la portée historique et sociale de cette journée. « Ils sont dans leur rôle, mais ils ne comprennent pas que les textes actuels ne correspondent plus à la réalité économique et sociale », rétorque Michel Picon, qui estime que le débat est « lunaire ». Selon lui, les inspecteurs du travail feraient preuve d’un « excès de zèle » en maintenant une réglementation jugée dépassée.

Le patronat, lui, insiste sur la nécessité de s’adapter aux nouvelles attentes des consommateurs et des salariés. « Ce débat est lunaire ! Il faut arrêter d’empêcher les gens de travailler et mettre fin à un excès de zèle de certains inspecteurs du travail », martèle Michel Picon. L’U2P, qui représente les petites et moyennes entreprises, estime que cette mesure permettrait de dynamiser l’économie locale et de répondre à une demande réelle des clients, privés chaque année d’accès à des services essentiels.

Quelles suites pour ce texte après l’examen à l’Assemblée ?

Si la proposition de loi est adoptée par l’Assemblée nationale, elle devra encore franchir l’étape du vote définitif avant de pouvoir entrer en vigueur. Plusieurs scénarios sont envisageables : un rejet pur et simple, une adoption avec des amendements, ou une adoption conforme si le texte ne subit pas de modifications majeures. Les syndicats, déterminés à bloquer cette réforme, pourraient mobiliser leurs troupes pour faire pression sur les députés. Leur opposition s’ajoute à celle de certains parlementaires, qui jugent cette mesure inopportune en période de tensions sociales.

Côté gouvernement, la position n’est pas encore clairement définie. Si Catherine Vautrin, ministre du Travail, s’est déclarée favorable à un « aménagement de la loi » sur le travail le 1er mai, elle n’a pas encore pris position publiquement sur ce texte précis. Son cabinet a indiqué qu’elle suivait « avec attention » les débats parlementaires, sans préciser si elle interviendrait pour soutenir ou freiner l’adoption du texte.

Les professionnels concernés, quant à eux, espèrent une issue favorable. Les boulangers, en particulier, sont en première ligne dans ce débat. Chaque année, leur incapacité à ouvrir le 1er mai les prive d’un chiffre d’affaires important, alors que la demande des clients reste forte. « Les boulangers ne demandent qu’une chose : travailler le 1er mai pour répondre à la demande de leurs clients », résume un représentant du secteur, qui souhaite rester anonyme. Les cinémas, eux, pourraient profiter de cette mesure pour attirer un public plus large, notamment en organisant des séances spéciales.

Et maintenant ?

L’examen de ce texte à l’Assemblée nationale le 10 avril 2026 constituera une première étape décisive. Si le projet est adopté en première lecture, il devra ensuite être soumis au Sénat, qui l’a déjà voté une première fois. Les prochaines semaines seront donc cruciales pour les partisans et les opposants à cette réforme. Dans tous les cas, le débat sur la place du 1er mai dans le calendrier économique et social français est loin d’être clos. Une chose est sûre : la société française, comme les acteurs économiques, devra tôt ou tard trancher sur cette question.

En attendant, les Français restent partagés. Si une large majorité se dit favorable à l’ouverture des commerces de proximité le 1er mai, le débat sur la préservation des acquis sociaux et la modernisation du droit du travail continue de diviser. Une chose est certaine : cette proposition de loi, si elle aboutit, pourrait bien marquer un tournant dans l’histoire des jours fériés en France.

Selon la proposition de loi examinée par l’Assemblée nationale, les commerces de bouche de proximité (boulangeries, pâtisseries, boucheries), les théâtres, cinémas et fleuristes pourraient ouvrir ce jour férié. Les salariés volontaires bénéficieraient d’une rémunération majorée.