Comme le rapporte Libération, des anciens combattants de l’armée soviétique ayant servi sur le site d’essais nucléaires de Semipalatinsk, au Kazakhstan, rompent enfin le silence après des décennies de secret et d’oubli. Âgés aujourd’hui, beaucoup souffrent de maladies directement liées aux radiations subies lors de leur service. Leur combat ne s’arrête pas là : après des années de lutte pour leur reconnaissance, ils doivent désormais affronter un nouveau défi, celui d’obtenir réparation pour les préjudices endurés. Entre témoignages poignants et revendications de justice, leur parcours illustre les conséquences durables des essais nucléaires sur la santé et les droits des populations exposées.
Ce qu'il faut retenir
- Des vétérans du site de Semipalatinsk, utilisé par l’URSS pour ses essais nucléaires entre 1949 et 1989, témoignent aujourd’hui des conditions dans lesquelles ils ont servi, souvent sans aucune protection contre les radiations.
- Beaucoup de ces anciens soldats souffrent aujourd’hui de maladies graves (cancers, troubles neurologiques) imputables aux radiations, selon des rapports médicaux.
- Leur combat pour la reconnaissance de leur statut et l’obtention de réparations s’inscrit dans un contexte de lutte contre l’omerta imposée par les autorités soviétiques, puis russes, et désormais kazakhes.
- Les procédures pour obtenir justice restent complexes, en raison des obstacles administratifs et politiques persistants.
Un site emblématique de la guerre froide
Le polygone nucléaire de Semipalatinsk, situé dans l’est du Kazakhstan, a été le théâtre de 456 essais nucléaires entre 1949 et 1989, selon les archives officielles. Ces essais, menés par l’URSS, ont exposé des milliers de soldats et civils à des doses massives de radiations. Aujourd’hui encore, la région porte les stigmates de cette période : des taux de cancer bien supérieurs à la moyenne nationale, des malformations congénitales et une dégradation durable de l’environnement. Les vétérans, souvent réduits au silence sous l’ère soviétique, décrivent des conditions de service extrêmes : « Nous n’avions aucune protection », témoigne l’un d’eux, cité par Libération. « On nous envoyait sur le terrain juste après les explosions, sans masque ni combinaison, pour mesurer la radioactivité. »
Des années de souffrance et de lutte pour la reconnaissance
Des décennies après leur service, ces anciens militaires paient le prix fort : cancers, leucémies, troubles cardiovasculaires et neurologiques se multiplient. Selon les données médicales recueillies par des associations locales, plus de 60 % des vétérans de Semipalatinsk présentent des symptômes compatibles avec une exposition prolongée aux radiations. Pourtant, leur reconnaissance comme victimes officielles reste un parcours du combattant. Les procédures administratives, souvent menées en russe ou en kazakh, sont semées d’embûches, et les preuves des conditions de leur service sont difficiles à rassembler après tant d’années. « On nous dit que les archives ont été détruites ou que nos dossiers ont été égarés », explique un ancien soldat à Libération.
Un combat qui dépasse les frontières
Leur mobilisation s’inscrit dans un mouvement plus large de victimes des essais nucléaires, qu’ils soient militaires ou civils. Au Kazakhstan, mais aussi en Ouzbékistan ou en Russie, des associations réclament une reconnaissance officielle et des réparations. En 2022, le Kazakhstan a obtenu des excuses formelles de la Russie pour les essais de Semipalatinsk, mais les compensations promises peinent à se concrétiser. En 2025, une loi kazakhe a enfin permis à certains vétérans d’accéder à des soins gratuits, mais les critères d’éligibilité restent restrictifs. Pour beaucoup, cette avancée est insuffisante. « On nous donne des miettes alors qu’on a risqué notre vie pour l’Union soviétique », dénonce un vétéran de 82 ans.
Entre mémoire et justice, leur histoire rappelle aussi l’urgence d’un devoir de vérité pour les générations futures. Comme le souligne un rapport de l’ONU publié en 2024, « les conséquences sanitaires et environnementales des essais nucléaires persistent bien au-delà des explosions ». Un constat qui donne encore plus de poids à leur combat.
Selon les études épidémiologiques locales et internationales, les vétérans exposés présentent un risque accru de leucémies, de cancers de la thyroïde, des poumons et de l’estomac, ainsi que de troubles neurologiques et cardiovasculaires. Les enfants nés dans la région après les essais montrent également des taux anormalement élevés de malformations congénitales.
