Les Premiers ministres australien Anthony Albanese et vanuatais Jotham Napat ont signé lundi 7 juillet 2026 à Canberra un accord historique visant à interdire l’implantation de toute base militaire étrangère au Vanuatu. Cet accord, baptisé « Nakamal » — terme local désignant une case traditionnelle —, s’inscrit dans un contexte de tensions géostratégiques croissantes dans le Pacifique Sud, où la Chine étend progressivement son influence.
Ce qu'il faut retenir
- L’accord « Nakamal » a été signé le 7 juillet 2026 à Canberra entre les Premiers ministres australien et vanuatais
- L’Australie s’engage à apporter un soutien économique accru au Vanuatu, principal créancier extérieur étant la Chine
- Le texte interdit explicitement l’installation de bases militaires étrangères ou la militarisation des infrastructures au Vanuatu
- Pékin a financé l’agrandissement d’un quai à Luganville, ancienne base militaire américaine, alimentant les suspicions de Canberra et Washington
- La Chine et le Vanuatu avaient affirmé que ce quai était destiné aux navires civils, une version contestée par les alliés des États-Unis
Selon Le Figaro, cet accord répond à une crainte partagée par l’Australie et ses partenaires : celle d’une présence militaire chinoise accrue dans l’archipel. Le Vanuatu, composé de 83 îles, est en effet devenu un terrain d’affrontement indirect entre Pékin et les alliés de Washington, notamment les États-Unis, l’Australie et la France.
Le Premier ministre australien a justifié cette initiative lors d’une conférence de presse à l’issue de la signature. « Cet accord nous permet d’avoir la certitude qu’il n’y aura pas de base militaire étrangère au Vanuatu », a déclaré Anthony Albanese. Il a par ailleurs souligné que l’Australie renforcerait son soutien économique à l’archipel, dont la dette extérieure est majoritairement détenue par la Chine. Une dépendance que Canberra cherche à réduire, non sans arrière-pensée stratégique.
Un archipel sous pression géopolitique
Le Vanuatu, indépendant depuis 1980, occupe une position géographique stratégique dans le Pacifique Sud. Sa proximité avec l’Australie, la Nouvelle-Zélande et les îles Fidji en fait un point de passage clé pour les flux maritimes. Or, depuis plusieurs années, Pékin multiplie les investissements dans la région, à commencer par le financement de infrastructures portuaires. C’est notamment le cas à Luganville, sur l’île d’Espiritu Santo, où la Chine a modernisé un quai autrefois utilisé par la marine américaine pendant la guerre du Vietnam.
Pékin a toujours nié toute intention militariste, affirmant que ces travaux visaient à soutenir le développement du tourisme maritime. Pourtant, selon Le Figaro, les craintes de Canberra et de Washington persistent. « La militarisation des infrastructures civiles est une stratégie bien connue de la Chine dans la région », confie un diplomate sous couvert d’anonymat. Ces inquiétudes se sont encore renforcées après la visite récente de navires chinois dans les eaux vanuataises, une première depuis des décennies.
Le quai de Luganville, agrandi avec des fonds chinois, a particulièrement attiré l’attention. Long de 200 mètres, il peut désormais accueillir des bâtiments de guerre de taille moyenne. En 2024, la marine chinoise y avait effectué une escale, une première depuis 1945. Ces mouvements ont été interprétés comme un signal d’une présence militaire chinoise croissante, d’autant que l’Australie et les États-Unis n’ont pas de base permanente dans l’archipel.
L’Australie mise sur l’influence économique pour contrer Pékin
L’accord « Nakamal » s’accompagne d’une promesse : l’Australie doublera son aide économique au Vanuatu d’ici 2028. Cette enveloppe, estimée à 500 millions de dollars australiens sur trois ans, doit permettre de financer des projets d’infrastructures, d’éducation et de santé. Un levier économique que Canberra compte utiliser pour contrebalancer l’influence de Pékin, dont les prêts représentent aujourd’hui près de 30 % de la dette extérieure vanuataise.
« Nous ne sommes pas en compétition avec la Chine, mais nous offrons une alternative crédible », a expliqué un haut responsable du ministère australien des Affaires étrangères. Pourtant, certains observateurs doutent de l’efficacité d’une telle stratégie. « Le Vanuatu a besoin de financements rapides, et la Chine est prête à les fournir sans conditions politiques », souligne un expert en géopolitique du Pacifique. « L’Australie, elle, impose des critères de transparence et de bonne gouvernance, ce qui peut ralentir les projets. »
L’accord prévoit également des clauses de transparence renforcée, notamment sur l’utilisation des fonds publics. Une façon pour l’Australie de s’assurer que ses investissements ne serviront pas indirectement à financer des projets liés à la Chine, comme le quai de Luganville.
Les îles Matthew et Hunter, une pomme de discorde supplémentaire
Le Vanuatu n’est pas seulement au cœur d’une rivalité sino-australienne. La question de la souveraineté sur les îles Matthew et Hunter, situées à l’est de l’archipel et revendiquées à la fois par le Vanuatu et par la France, ajoute une dimension supplémentaire à ce dossier. Paris considère ces îles comme des territoires d’outre-mer, tandis que Port-Vila les inclut dans sa zone économique exclusive.
En 2025, une crise diplomatique avait éclaté lorsque la France avait déployé des forces militaires près des îles pour affirmer sa souveraineté. Le Vanuatu avait alors protesté officiellement, qualifiant cette action de « violation de sa souveraineté ». Ce contentieux, bien que distinct de la question chinoise, illustre la complexité des enjeux sécuritaires dans la région.
Pour l’Australie, l’accord avec le Vanuatu permet aussi de renforcer sa propre position face à la France, avec laquelle les relations sont parfois tendues sur les questions de sécurité régionale. « Nous partageons des intérêts communs dans le Pacifique, mais nous ne sommes pas toujours alignés sur les méthodes », confie un diplomate australien.
Pour l’Australie, cet accord marque une étape supplémentaire dans sa stratégie de « containment » de l’influence chinoise en Oceanie. Une stratégie qui passe autant par le soft power que par des alliances militaires, comme en témoigne le récent renforcement des liens avec la Papouasie-Nouvelle-Guinée et les îles Salomon. Reste à savoir si ces efforts suffiront à convaincre les autres États du Pacifique de privilégier Canberra plutôt que Pékin.
Une question, en particulier, reste en suspens : le Vanuatu parviendra-t-il à équilibrer ses relations avec ses deux principaux créanciers, sans pour autant aliéner l’un ou l’autre ?
Il s’agit d’un traité signé entre l’Australie et le Vanuatu le 7 juillet 2026, interdisant l’implantation de bases militaires étrangères dans l’archipel et prévoyant un soutien économique australien accru en échange.
Parce que Pékin a financé des infrastructures portuaires — comme le quai de Luganville — et effectué des escales militaires, suscitant des craintes de militarisation. L’Australie redoute que ces installations ne servent à terme à une base chinoise permanente.