Six semaines après le déclenchement de la guerre entre Israël et les États-Unis contre l'Iran, les Philippines subissent de plein fouet les conséquences de la flambée des prix du pétrole. Selon Libération, cette hausse brutale des tarifs des carburants pèse désormais sur l'ensemble de l'économie philippine, tout en suscitant de vives inquiétudes parmi les 2,4 millions de travailleurs expatriés au Moyen-Orient, dont les envois de fonds sont essentiels à l'équilibre économique du pays.

Ce qu'il faut retenir

  • La guerre en cours entre Israël, les États-Unis et l'Iran a provoqué une hausse sans précédent des prix du pétrole, affectant directement les Philippines, pays très dépendant des importations d'énergie.
  • Le coût des carburants a doublé, voire triplé en quelques semaines, selon les témoignages recueillis par Libération.
  • Les 2,4 millions de travailleurs philippins expatriés au Moyen-Orient sont particulièrement menacés, leurs transferts d'argent vers les Philippines représentant une part majeure des revenus nationaux.
  • Cette crise survient dans un contexte économique déjà fragile pour l'archipel, où l'inflation et la hausse des coûts de transport pèsent sur les ménages et les entreprises.

Une économie philippine sous pression

L'archipel des Philippines, composé de plus de 7 000 îles, importe la quasi-totalité de son pétrole. Depuis le début du conflit au Moyen-Orient, les prix à la pompe ont explosé, mettant à mal les finances des ménages et des entreprises locales. Selon les données officielles, le prix du litre d'essence a augmenté de 120 % à 200 % en l'espace de six semaines. Une hausse qui se répercute immédiatement sur les coûts de transport, des denrées alimentaires et des services, aggravant ainsi l'inflation déjà élevée dans le pays. Les secteurs du transport routier et maritime, essentiels pour un archipel comme les Philippines, sont particulièrement touchés. Plusieurs compagnies maritimes ont déjà annoncé des hausses tarifaires pour les marchandises, tandis que des grèves sporadiques de chauffeurs routiers ont été signalées dans les grandes villes comme Manille.

Les travailleurs expatriés, première victime collatérale

Parmi les plus vulnérables face à cette crise figurent les 2,4 millions de Philippins travaillant au Moyen-Orient. Ces travailleurs, souvent employés dans les secteurs de la construction, de l'hôtellerie ou des soins infirmiers, envoient chaque année des milliards de dollars vers leur pays natal. En 2025, ces transferts représentaient près de 12 % du produit intérieur brut (PIB) philippin, selon la Banque mondiale. Or, la dépréciation de leur salaire local, couplée à la hausse du coût de la vie dans les pays du Golfe, menace leur capacité à soutenir leur famille. « Les tarifs doublent, voire triplent, c’est en train de nous tuer », a témoigné un travailleur philippin en poste en Arabie saoudite, cité par Libération. Certains expatriés évoquent déjà des réductions drastiques de leurs envois de fonds, voire des retours précipités, ce qui pourrait aggraver la crise économique en cours.

Un gouvernement sous tension

Le gouvernement philippin, dirigé par le président Bongbong Marcos, tente de limiter l'impact de cette crise. Des mesures d'urgence ont été annoncées pour subventionner partiellement le prix des carburants, tandis que des discussions sont en cours avec les pays exportateurs de pétrole pour sécuriser des approvisionnements à moindre coût. Cependant, ces solutions restent limitées face à l'ampleur de la flambée des prix. Par ailleurs, Manille a appelé ses ressortissants à l'étranger à la prudence, évoquant des risques de licenciements dans certains secteurs clés comme la construction. « Nous surveillons de près l'évolution de la situation et restons en contact avec nos partenaires internationaux pour atténuer les effets de cette crise », a déclaré le ministre de l'Énergie, Raphael Lotilla, lors d'une conférence de presse. Malgré ces efforts, la population craint une aggravation des tensions sociales dans les semaines à venir.

« Avant, avec mon salaire, je pouvais envoyer 300 dollars par mois à ma famille. Aujourd’hui, après la hausse du coût de la vie ici et la dépréciation de mon salaire, je ne leur envoie plus que 150 dollars. Et pourtant, les besoins là-bas n’ont pas changé. »

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer l'ampleur réelle des conséquences économiques de cette crise. Les économistes s'attendent à une baisse des transferts d'argent en provenance du Moyen-Orient dans les trois à six mois à venir, ce qui pourrait peser sur la croissance du pays. Par ailleurs, une réunion d'urgence de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (Asean) est prévue le 15 avril 2026 pour discuter des moyens de stabiliser les approvisionnements en énergie dans la région. Enfin, le gouvernement philippin doit présenter d’ici fin avril un plan de relance ciblant les secteurs les plus touchés, notamment les transports et l’agriculture. Reste à voir si ces mesures suffiront à éviter une crise sociale plus profonde.

Cette situation rappelle une fois de plus la vulnérabilité des pays dépendants des importations d’énergie, particulièrement exposés aux chocs géopolitiques. Pour les Philippines, l’enjeu sera double : protéger ses travailleurs expatriés tout en soutenant une économie déjà fragilisée par l’inflation et la hausse des coûts.