Plus de 120 000 spectateurs ont rempli le stade de la Luz les 22 et 23 mai 2026 pour assister aux deux concerts de Bad Bunny dans le cadre de sa tournée mondiale « DeBÍ TiRAR MáS FOToS ». Le chanteur portoricain, déjà auréolé de 3 Grammy Awards et de 11 Latin Grammy Awards, a offert deux soirées de reggaeton, de salsa et de messages engagés, marquant ainsi ses premiers pas au Portugal.
Ce qu'il faut retenir
- Bad Bunny s'est produit deux soirs de suite au stade de la Luz devant 120 000 fans répartis sur les deux dates.
- Son sixième album, Debí Tirar Más Fotos, sorti en janvier 2025, est le premier entièrement en espagnol à remporter le Grammy de l'album de l'année.
- Le rappeur a interprété près de 30 titres, mêlant tubes planétaires et références à l'histoire et aux luttes politiques de Porto Rico.
- Lors des concerts, il a abordé des thèmes comme le colonialisme, la corruption et la résilience du peuple portoricain, à travers des chansons comme El Apagón ou Turista.
- Gustavo Garcia-Lopez, chercheur portoricain à l'université de Coimbra, souligne que les fans portugais connaissent les morceaux, mais pas toujours leur signification politique.
Un événement musical et culturel majeur
Bad Bunny, de son vrai nom Benito Antonio Martínez Ocasio, a confirmé sa stature de superstar mondiale lors de ces deux représentations à Lisbonne. Selon Euronews FR, les concerts ont été l'occasion pour le public de découvrir la diversité culturelle de Porto Rico, entre reggaeton, salsa, plena et bomba. Les 60 000 spectateurs de la seconde soirée ont notamment repris en chœur des titres comme Callaíta, NUEVAYoL ou BAILE INoLVIDABLE, des morceaux qui évoquent la lutte, la diaspora et l'identité boricua.
La scène s'est transformée en une île tropicale sous une chaleur inhabituelle pour un mois de mai, créant une atmosphère électrique. « Ce soir, on remet ça. Hier, c’était de la folie. Je le dis à toute la ville, la deuxième nuit est presque toujours la meilleure », a lancé le chanteur en castillan, avant d'ajouter : « Tant que nous vivons, aimons autant que possible ».
Des concerts porteurs de messages politiques
Au-delà de la performance musicale, Bad Bunny a utilisé sa plateforme pour aborder des sujets sensibles pour Porto Rico. LA MUDANZA, qui a ouvert les deux spectacles, fait référence aux révoltes de Vieques dans les années 1970 contre l'occupation militaire américaine, ainsi qu'à la Loi Gag, qui criminalisait le drapeau portoricain. Dans le clip de ce titre, on voit des images en noir et blanc de manifestations contre la base navale de Roosevelt Roads, fermée en 2004 avant d'être réactivée en 2025 par l'administration Trump pour des opérations antinarcotiques.
Selon Gustavo Garcia-Lopez, chercheur portoricain à l'université de Coimbra et présent aux concerts, les chansons de Bad Bunny sont un rappel constant des enjeux coloniaux et environnementaux de l'île. « Porto Rico est la plus vieille colonie du monde », rappelle-t-il. « Les Portoricains sont citoyens américains, mais sans droits réels : ils ne votent pas et n'ont pas accès aux mêmes protections que les autres citoyens des États-Unis. »
Une identité culturelle mise en avant
Le rappeur a également rendu hommage à la culture ancestrale portoricaine, notamment à travers la figure du jíbaro, paysan emblématique de l'île, et au lelolai, un chant traditionnel. Ces références se retrouvent dans des morceaux comme PIToRRO DE COCO ou CAFé CON RON, interprétés lors des concerts. Garcia-Lopez précise : « L’espagnol portoricain est notre langue, une forme de résistance identitaire. Benito joue avec cette idée dans ses performances, en célébrant notre héritage boricua. »
Le chercheur évoque aussi la disparition du sapo concho, un crapaud endémique menacé par l'urbanisation et la destruction des zones naturelles. « La construction de complexes touristiques a accéléré la disparition de cette espèce, symbole de notre combat environnemental », explique-t-il. Une projection de ce crapaud est même apparue sur le grand écran du stade pour illustrer le propos.
Les fans portugais, entre fascination et méconnaissance
Selon Euronews FR, les supporters présents aux concerts ont témoigné de leur admiration pour Bad Bunny, mais aussi de leur méconnaissance de l'histoire de Porto Rico. Rosa, venue à l'entrée du stade, a confié : « Je sais qu’il est portoricain, je connais DTMF, “NUEVAYoL” et “BAILE INoLVIDABLE”, mais sur l’histoire de Porto Rico, en revanche, je ne sais pas grand-chose. » À l'inverse, Carolina, venue du Mozambique, a souligné : « Je sais qu’il y parle beaucoup de la résilience du peuple portoricain. C’est quelqu’un qui nous dit de toujours croire en nous-mêmes. »
Patrícia, venue spécialement du Mozambique, a salué l'engagement humanitaire du chanteur : « Il aide beaucoup son pays. Je suis venue exprès pour le voir. » Ces témoignages illustrent la portée mondiale de Bad Bunny, dont l'influence dépasse largement le cadre musical.
Un spectacle engagé, entre tradition et modernité
Les concerts ont aussi mis en lumière des moments uniques, comme l'ode aux Xutos & Pontapés, un groupe de rock portugais, ou la présence surprise du chanteur panaméen Sech, qui a rejoint Bad Bunny sur scène pour interpréter Ignorantes et Otro Trago. Avant cela, un musicien du groupe a interprété « A minha casinha » à la guitare portoricaine, faisant chanter tout le stade d'une seule voix.
Ces instants ont montré la capacité de Bad Bunny à mélanger les genres et les cultures, tout en restant ancré dans les réalités sociales de Porto Rico. Garcia-Lopez a d'ailleurs salué cette démarche : « Amener Porto Rico au Portugal, devant un public qui en savait peu sur l’île, c’était formidable. C’était magnifique de voir cela en concert. »
La question reste de savoir si ces messages, portés par une star mondiale, contribueront à faire évoluer la perception de Porto Rico en tant que territoire colonisé. Pour l'heure, Bad Bunny continue de remplir les stades, tout en rappelant que derrière les paillettes et les rythmes entraînants se cachent des combats bien réels.
Bad Bunny utilise sa musique et ses prises de parole pour dénoncer le colonialisme américain à Porto Rico, la corruption, les crises énergétiques et la disparition d'espèces endémiques. Ses chansons, comme El Apagón ou Turista, abordent ces sujets tout en célébrant la culture boricua. Selon Gustavo Garcia-Lopez, chercheur portoricain, ces thèmes reflètent la lutte anticoloniale et la quête d'autodétermination du peuple portoricain.