Depuis le 1er avril 2026, la plus grande décharge de Bali, située à Suwung, est officiellement fermée à l’arrivée des déchets organiques. Cette mesure s’inscrit dans le cadre de l’application progressive de l’interdiction des décharges à ciel ouvert en Indonésie, adoptée en 2013 mais longtemps ignorée, comme le rapporte Euronews FR dans son édition du 30 avril 2026.
Cette décision brutale a pris de court les autorités locales, qui peinent à proposer des alternatives immédiates. Résultat : les rues de plusieurs zones de l’île se transforment en dépotoirs à ciel ouvert. Certains habitants, excédés par l’accumulation des ordures, n’hésitent plus à les brûler, dégageant une fumée âcre qui plane au-dessus des quartiers résidentiels. D’autres, faute de solution publique, doivent débourser des sommes importantes pour payer des collecteurs privés, ce qui pèse sur les finances déjà fragiles des petits commerçants.
Ce qu'il faut retenir
- Interdiction des décharges à ciel ouvert : une loi indonésienne de 2013 enfin appliquée à Bali depuis avril 2026.
- 2 200 tonnes de déchets par jour : c’est le volume généré par l’île, bien supérieur à ce que sa population de 4,4 millions d’habitants peut absorber.
- 7 millions de touristes en 2025 : cette affluence aggrave la pression sur les infrastructures de gestion des déchets.
- 1 200 tonnes par jour : capacité prévue pour la future usine de valorisation énergétique des déchets, dont la mise en service est prévue dans plusieurs années.
- Brumes toxiques et brûlages sauvages : conséquences sanitaires et environnementales immédiates de l’absence de solutions alternatives.
Une mesure environnementale attendue, mais mal préparée
L’Indonésie a officiellement interdit les décharges à ciel ouvert en 2013, une décision saluée par les écologistes. Pourtant, jusqu’à présent, son application était restée très irrégulière, notamment à Bali. Cette île touristique, qui a accueilli près de sept millions de visiteurs en 2025, produit aujourd’hui bien plus de déchets qu’elle ne peut en traiter.
Les infrastructures locales, déjà saturées, n’ont pas été adaptées à temps pour absorber ce changement brutal de politique. « L’État nous a imposé cette interdiction sans nous donner les moyens de la respecter », a déclaré Made Gunawan, un responsable municipal de Denpasar, contacté par Euronews FR. « Nous manquons de centres de tri, de camions adaptés, et surtout de sites de stockage temporaire. »
Des solutions à long terme, mais un vide immédiat
Face à l’urgence, le gouvernement indonésien mise sur des projets de valorisation énergétique des déchets. Parmi eux, une grande installation devrait voir le jour prochainement à proximité de Denpasar, avec une capacité de traitement de 1 200 tonnes par jour. Mais ce type d’infrastructure prendra encore plusieurs années avant d’être opérationnel, selon les estimations officielles.
En attendant, les habitants et les commerçants doivent improviser. Certains paient des collecteurs privés pour évacuer leurs déchets, une solution coûteuse et peu accessible aux ménages modestes. D’autres optent pour le brûlage sauvage, une pratique qui aggrave la pollution de l’air et expose les populations à des risques sanitaires accrus.
« Les fumées des brûlages sauvages contiennent des particules fines et des composés toxiques qui pénètrent dans les poumons. À long terme, cela peut entraîner des maladies respiratoires et cardiovasculaires », a précisé Dr. Irawan Soejanto, spécialiste en santé publique à l’université d’Udayana, dans une déclaration reprise par Euronews FR.
Bali, symbole d’un défi national
Le cas de Bali illustre les difficultés auxquelles fait face l’Indonésie dans sa transition vers une gestion moderne des déchets. Avec une production quotidienne estimée à 2 200 tonnes de déchets, l’archipel doit relever un double défi : réduire drastiquement la quantité de déchets envoyés en décharge et développer des filières de recyclage et de valorisation.
Selon les données officielles, seulement 10 % des déchets produits en Indonésie sont actuellement recyclés ou compostés. Le reste est soit brûlé, soit enfoui, souvent dans des conditions non contrôlées. Face à cette situation, le ministère de l’Environnement a annoncé en mars 2026 un plan national sur dix ans pour moderniser le secteur, mais son efficacité reste à prouver.
Cette situation met en lumière les tensions entre les impératifs écologiques et les réalités économiques d’une région où le tourisme représente une part majeure du PIB. « Nous ne pouvons pas sacrifier l’environnement sur l’autel du développement, mais nous devons aussi trouver un équilibre pour ne pas étouffer l’économie locale », a souligné Putu Suardana, un responsable du tourisme à Bali.
Bali accueille près de sept millions de touristes par an, en plus de ses 4,4 millions d’habitants. Les déchets organiques (restes de nourriture, déchets verts) représentent une part importante du volume total, tandis que le plastique et les emballages issus du tourisme accentuent la pression sur les infrastructures locales.