Les perspectives des taux d’intérêt des principales banques centrales, dont la Fed et la BCE, s’inversent sous l’effet persistant de l’inflation et des tensions géopolitiques. Selon Capital, cette évolution marque un tournant après des mois de baisse des taux anticipée par les marchés. L’inflation, alimentée par la hausse des prix de l’énergie et des matières premières, devrait se maintenir plusieurs trimestres, tandis que les risques climatiques pourraient aggraver la situation alimentaire mondiale.

Ce qu'il faut retenir

  • La Fed pourrait relever ses taux dès juin ou juillet, avec une probabilité de 80 % d’une hausse d’ici fin 2026
  • L’inflation reste élevée en raison de la flambée des prix de l’énergie et des restrictions à l’exportation, comme celles de l’Indonésie sur le charbon
  • Un « Super El Niño » pourrait aggraver les pénuries alimentaires et alimenter l’inflation
  • Le franc suisse s’impose comme une valeur refuge face aux incertitudes monétaires mondiales
  • Les marchés actions, dont le CAC 40, restent prudents face aux signaux contradictoires des banques centrales

Un changement de cap des banques centrales sous la pression de l’inflation

Les banques centrales, y compris la Fed et la BCE, semblent désormais privilégier la lutte contre l’inflation plutôt que la baisse des taux. Selon Capital, cette volte-face s’explique par la persistance de l’inflation, alimentée non seulement par la hausse des prix de l’énergie, mais aussi par des restrictions à l’exportation de matières premières. « L’inflation est là et devrait encore persister pendant plusieurs trimestres au moins », déclare Alexandre Schont, chief risk officer chez Ibanfirst, cité par Capital. L’expert souligne que des pays comme l’Indonésie, en limitant ses exportations de charbon vers la Chine, contribuent à maintenir des pressions inflationnistes durables.

Le risque d’un « Super El Niño » aggrave encore la situation. Les météorologues anticipent un épisode climatique majeur, avec des températures océaniques supérieures de plus de 2 °C aux normales saisonnières. Un phénomène comparable en 1877 avait provoqué des famines en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud. « Si un tel scénario se matérialise, le risque de famine serait réel dans les pays africains les plus pauvres », avertit l’expert. Pour les économies développées, c’est surtout l’inflation alimentaire, couplée à celle de l’énergie, qui pourrait devenir un « casse-tête » pour les banques centrales et les acteurs économiques.

La Fed et la BCE en ordre de bataille contre l’inflation

Aux États-Unis, la nomination de Kevin Warsh à la tête de la Fed avait initialement laissé penser à une baisse des taux pour alléger le coût de la dette américaine. Mais la donne a changé. « Il pourrait être contraint de relever les taux de 25 points de base dès ce mois-ci ou, au plus tard, en juillet », estime Alexandre Schont. Cette hypothèse est désormais intégrée par les marchés monétaires : les swaps sur les devises et la courbe du SOFR (taux de référence américain à court terme) anticipent une hausse des taux cette année, contre trois baisses prévues il y a quelques mois seulement.

Pourquoi un tel revirement ? Les banques centrales veulent éviter de répéter l’erreur de 2022, lorsque leur réaction tardive à l’inflation post-invasion russe en Ukraine avait aggravé la crise. « Personne n’avait anticipé que la hausse des prix du pétrole et du gaz déboucherait sur un cycle inflationniste alimenté par l’excédent d’épargne accumulé pendant le Covid et les tensions salariales dans certains pays développés », rappelle l’expert. Pourtant, cette stratégie ne signifie pas la fin du cycle de baisse des taux à long terme. Kevin Warsh lui-même, avant son arrivée à la Fed, avait souligné que « l’intelligence artificielle va réduire le coût de presque tout » et que la croissance économique ne sera pas inflationniste. « Nous entrons dans une phase structurelle de baisse des prix », avait-il affirmé. Mais avant d’y parvenir, il faudra probablement passer par une période de taux élevés pendant quelques mois, voire quelques trimestres.

Le marché des changes bouleversé : le franc suisse en pole position

Cette nouvelle donne monétaire a des répercussions immédiates sur le marché des changes. Début 2026, les investisseurs tablaient sur des baisses de taux, ce qui avait affaibli le dollar dans le cadre d’une stratégie de « debasement trade ». Mais la situation s’est inversée ces dernières semaines. « Le dollar a retrouvé une partie de son attrait », note Alexandre Schont. Cependant, dans ce contexte d’incertitude, les acteurs financiers se tournent vers des valeurs refuges, et le franc suisse en profite largement.

La devise helvétique cumule plusieurs atouts : une inflation maîtrisée, des finances publiques solides et un lien historique entre le franc et l’or. « La Banque nationale suisse pourrait tolérer une appréciation de sa monnaie pour limiter les effets de la hausse des prix du pétrole », explique l’expert. Selon lui, « le franc suisse pourrait être le grand gagnant de la séquence qui s’ouvre ». Les investisseurs, déjà attirés par les performances de l’indice actions suisse ces dernières années, pourraient ainsi renforcer leurs positions sur cette monnaie et les actifs libellés en francs.

Le CAC 40 sous surveillance : prudence face aux incertitudes monétaires

Dans ce contexte, les marchés actions restent prudents. Le CAC 40, comme les autres indices, guette les prochaines décisions de la Fed et de la BCE. Après une période de rebond boursier en début d’année, les investisseurs s’interrogent sur la capacité des banques centrales à maîtriser l’inflation sans étouffer la croissance. « Les perspectives de taux directeurs de la BCE et de la Fed restent le principal facteur de risque pour les actions », souligne un analyste.

Les déséquilibres monétaires mondiaux ajoutent à la tension. Au Japon, la Banque centrale peine à freiner la dépréciation du yen, tandis que les taux à long terme explosent. Selon Alexandre Schont, « le yen est désormais plus faible que la lire turque, pourtant fortement pénalisée ces dernières années ». Au Royaume-Uni, la livre sterling subit la pression d’une crise politique au sein du Parti travailliste et de l’envolée de la dette publique. Face à ces fragilités, les investisseurs privilégient les actifs les moins risqués, renforçant ainsi l’attrait du franc suisse.

Et maintenant ?

Les prochaines décisions de la Fed, attendues d’ici l’été, pourraient donner le ton pour le reste de l’année. Une hausse des taux dès juin ou juillet semble probable, mais son impact sur l’inflation et la croissance reste à préciser. Les marchés actions, dont le CAC 40, devraient rester volatils tant que les incertitudes monétaires persisteront. Côté change, le franc suisse pourrait continuer à bénéficier de son statut de valeur refuge, tandis que le dollar et l’euro resteront sous surveillance.

Plus largement, cette période de transition monétaire interroge sur la capacité des banques centrales à concilier lutte contre l’inflation et soutien à la croissance. Les prochains mois seront déterminants pour évaluer si le « Super El Niño » se concrétise et aggrave les tensions sur les prix alimentaires. Dans ce contexte, la prudence des investisseurs et des entreprises s’impose, tant que les signaux de stabilisation ne seront pas clairs.

Les banques centrales craignent de répéter l’erreur de 2022, lorsqu’elles avaient sous-estimé la persistance de l’inflation post-Covid et post-guerre en Ukraine. Selon Capital, leur objectif est d’éviter un ancrage des anticipations inflationnistes, même si les outils conventionnels sont limités face à des chocs comme la hausse des prix de l’énergie ou des denrées alimentaires.

Oui, selon les analystes cités par Capital, le franc suisse pourrait poursuivre sa tendance à la hausse grâce à son statut de valeur refuge, à une inflation maîtrisée et à la solidité des finances publiques helvétiques. La Banque nationale suisse pourrait même tolérer une appréciation de sa monnaie pour limiter l’impact de la hausse des prix du pétrole.