Invité des « 4 Vérités » sur France 2 ce 30 avril 2026, le ministre délégué chargé de l’Europe, Benjamin Haddad, a réaffirmé la position de la France sur plusieurs sujets sensibles, entre régularisations ciblées des travailleurs étrangers et souveraineté énergétique. Selon Franceinfo - Politique, il a notamment balayé l’idée de régularisations massives tout en défendant une immigration économique « choisie », tout en abordant les tensions géopolitiques et la dépendance aux hydrocarbures.
Ce qu'il faut retenir
- Le ministre rejette catégoriquement les régularisations massives des travailleurs étrangers, prônant une approche « ciblée » réservée aux métiers en tension.
- Benjamin Haddad défend une immigration économique conditionnée au respect des règles, de l’intégration et à l’identification démocratique des besoins.
- Sur l’énergie, la France privilégie des mesures de redistribution des superprofits de Total plutôt qu’une taxation européenne immédiate, tout en accélérant la transition énergétique.
- Face aux tensions avec les États-Unis, Haddad insiste sur la nécessité pour l’Europe de renforcer sa souveraineté militaire et industrielle, notamment via des investissements dans la défense.
- Sur la crise iranienne, la France maintient une ligne de désescalade négociée, excluant toute issue militaire et rappelant les exigences posées à Téhéran.
Une immigration « choisie », sans régularisations massives
Benjamin Haddad a rappelé sans ambiguïté sa position sur l’immigration professionnelle : « Je ne suis pas favorable, je ne l’ai jamais été, à des régularisations massives », a-t-il déclaré lors de son passage dans l’émission. Cette prise de parole s’inscrit dans le sillage des propos d’Emmanuel Macron, qui avait récemment évoqué en Ariège les difficultés rencontrées par des médecins étrangers diplômés hors UE pour exercer en France. Le chef de l’État avait pointé du doigt les contraintes administratives pesant sur ces professionnels, suscitant un débat sur la nécessité d’assouplir les règles.
Pour le ministre délégué à l’Europe, la solution réside dans une immigration « ciblée » et « économique », conditionnée au respect de plusieurs critères : « Si vous répondez à des besoins identifiés de façon démocratique, que vous vous intégrez, que vous respectez les règles et que vous parlez la langue, vous êtes le bienvenu dans notre pays. » Il a cité en exemple les dispositifs existants, comme les circulaires Valls ou la loi Darmanin, qui permettent des régularisations dans les secteurs en tension. Autant dire que la porte reste étroite pour ceux qui, bien que travaillant en France depuis des années, n’entrent pas dans ces cadres stricts.
Total et les superprofits : la France entre pression et pragmatisme
Le débat a également porté sur la question des superprofits de Total, qui a enregistré 5,8 milliards de dollars de bénéfices en trois mois, selon les dernières estimations. Cinq pays européens, dont l’Allemagne et l’Italie, réclament une taxation de ces excédents au niveau européen. Interrogé sur la position française, Benjamin Haddad a adopté une posture prudente : « Le Premier ministre s’est exprimé hier en disant que l’on n’excluait ni des mesures nationales, ni des mesures européennes. »
Le ministre a rappelé que la majorité des profits de Total est réalisée à l’étranger, limitant l’impact d’une taxation purement nationale. Plutôt que de cibler immédiatement les recettes fiscales, il a mis en avant les mesures de redistribution déjà mises en place par l’État pour protéger les ménages les plus vulnérables, comme le plafonnement du prix à la pompe ou les aides aux secteurs les plus touchés par la hausse des prix de l’énergie. « Il faut voir ce qui est le plus efficace », a-t-il souligné, évoquant par ailleurs les investissements massifs dans les énergies renouvelables et le nucléaire pour réduire les dépendances stratégiques.
Géopolitique : l’Iran, les États-Unis et l’équilibre des alliances
Sur le front international, Benjamin Haddad a réaffirmé la position française concernant le programme nucléaire iranien, excluant catégoriquement une issue militaire. « Il n’y a pas d’issue militaire », a-t-il martelé, rappelant que Téhéran doit abandonner son programme nucléaire clandestin, son arsenal de missiles balistiques et son soutien aux proxys régionaux. Cette ligne s’inscrit dans la continuité des négociations menées par le E3 (France, Royaume-Uni, Allemagne), qui avaient abouti à l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien (JCPOA), avant le retrait américain sous la présidence de Donald Trump.
Interrogé sur les récents mouvements américains, notamment la convocation par Trump de réunions militaires en « Situation Room » – un format ayant précédé de peu des escalades militaires par le passé –, Haddad a adopté un ton mesuré : « Je n’ai jamais l’habitude de spéculer sur des scénarios éventuels. » Il a cependant réaffirmé la nécessité d’une désescalade, tout en rappelant les exigences européennes envers l’Iran. Par ailleurs, il a pointé la tendance de long terme des États-Unis à se recentrer sur l’Asie, une dynamique amorcée sous Barack Obama et poursuivie sous Joe Biden, malgré ses déclarations pro-européennes.
Dépendance militaire aux États-Unis : vers une autonomie européenne ?
La question du déploiement des troupes américaines en Allemagne, menacé par Donald Trump en représailles à des déclarations du chancelier allemand, a également été abordée. Benjamin Haddad a adopté un discours lucide : « À un moment, il faut entendre le message. On ne peut pas se retrouver dépendant des soubresauts d’un dirigeant américain quel qu’il soit. » Il a rappelé que la tendance de fond, y compris sous des présidents américains plus favorables à l’Europe, est à une réduction de l’engagement militaire américain sur le continent.
Face à ce constat, la France mise sur un double effort : national, avec le doublement du budget de défense en deux mandats Macron, et européen, via des coopérations renforcées comme le plan SCAF (150 milliards d’euros) pour les drones, le cyber et les capacités de frappe. « On rentre dans un monde plus dangereux », a-t-il conclu, citant la guerre en Ukraine, les tensions avec la Chine et les pressions commerciales américaines. L’objectif affiché est clair : « défendre nos propres intérêts » et « investir dans notre souveraineté ».
Dans un contexte marqué par des défis économiques, sociaux et sécuritaires, les choix opérés par la France et l’Europe pourraient redéfinir durablement leurs rapports de force. Les prochains mois seront déterminants pour traduire ces intentions en actes concrets.
Les secteurs concernés incluent principalement la santé (médecins, infirmiers), le bâtiment, le transport, l’agriculture et la pêche. Ces listes sont établies en fonction des besoins démocratiquement identifiés, comme l’a rappelé Benjamin Haddad, qui a cité les circulaires Valls et la loi Darmanin comme cadres juridiques existants.
Le gouvernement français privilégie des mesures de redistribution ciblées, comme le plafonnement du prix des carburants ou les aides sectorielles, car la majorité des profits de Total est réalisée à l’étranger. Une taxation purement européenne aurait un impact limité, selon Benjamin Haddad, qui insiste sur l’efficacité des dispositifs nationaux avant d’envisager des solutions collectives.