Un blocage prolongé du détroit d'Ormuz, artère vitale pour les approvisionnements pétroliers mondiaux, n'aurait pas l'impact escompté sur la Chine, selon l'économiste Véronique Riches-Flores. Cette affirmation, avancée ce lundi 13 avril dans l'émission BFM Bourse, est qualifiée de « fausse » par la spécialiste, qui remet en cause les scénarios d'un choc économique majeur pour Pékin. L'analyse s'inscrit dans un contexte géopolitique tendu, marqué par les tensions accrues au Moyen-Orient et la menace iranienne de fermer le détroit en cas de conflit.
Ce qu'il faut retenir
- Véronique Riches-Flores conteste l'idée selon laquelle la Chine subirait un préjudice économique majeur en cas de blocus du détroit d'Ormuz.
- Le détroit d'Ormuz concentre près de 20 % du trafic pétrolier mondial, dont une part significative vers la Chine.
- L'Iran menace de bloquer le détroit en cas d'intervention militaire contre ses installations nucléaires ou ses infrastructures.
- Plusieurs intervenants de l'émission BFM Bourse ont abordé les répercussions économiques d'un tel scénario, notamment sur le cours du pétrole et les marchés financiers.
Un détroit stratégique sous haute tension
Le détroit d'Ormuz, situé entre l'Iran et Oman, constitue le principal point de passage pour les exportations de pétrole du Golfe. Selon les dernières estimations de l'Energy Information Administration (EIA), près de 17 millions de barils par jour transitaient par cette zone en 2025, soit près de 20 % de la production mondiale. Une fermeture même temporaire de ce corridor maritime entraînerait une perturbation majeure des approvisionnements, avec des répercussions immédiates sur les cours du pétrole.
Dans ce contexte, l'Iran a plusieurs fois menacé de bloquer le détroit en cas d'attaque contre ses installations nucléaires ou ses infrastructures militaires. Une crise ouverte dans la région pourrait donc dégénérer en un conflit aux conséquences économiques mondiales, comme l'ont rappelé plusieurs intervenants de BFM Bourse ce 13 avril. Christopher Dembik, conseiller en stratégie d'investissement chez Pictet AM, a notamment souligné « l'impact sur l'économie mondiale » d'un tel scénario, dans une chronique dédiée à l'évaluation de la résilience de l'Iran face à un blocus.
La Chine, un acteur résilient face aux chocs pétroliers ?
C'est précisément sur la capacité de la Chine à absorber un choc pétrolier que Véronique Riches-Flores a apporté un éclairage nuancé. Selon elle, Pékin dispose de plusieurs leviers pour limiter l'impact d'une interruption des livraisons en provenance du Golfe. La Chine a notamment diversifié ses approvisionnements au cours des dernières années, en développant des partenariats avec la Russie, l'Afrique ou encore l'Amérique latine. Ces alternatives permettraient à Pékin de compenser, au moins partiellement, une réduction des importations en provenance du Moyen-Orient.
Par ailleurs, la Chine a constitué des réserves stratégiques de pétrole, équivalant à plusieurs mois de consommation, ce qui lui offre une marge de manœuvre en cas de crise. Enfin, la dépendance de l'économie chinoise au pétrole importé reste moins critique que celle d'autres grandes puissances, comme les États-Unis ou l'Europe. « La Chine a les moyens de résister à un choc pétrolier, même prolongé », a-t-elle déclaré dans l'émission, qualifiant l'affirmation inverse de « bullshit ».
« Dire que la Chine souffrirait du blocus du détroit d'Ormuz relève de la désinformation. Pékin a anticipé ce risque depuis des années. » — Véronique Riches-Flores, économiste
Les marchés financiers sous surveillance
Si la Chine semble en mesure d'amortir le choc, les marchés financiers, eux, restent sous haute tension. Plusieurs intervenants de BFM Bourse ont souligné la sensibilité des investisseurs à l'évolution de la situation géopolitique. Le cours du pétrole, déjà en hausse depuis plusieurs semaines en raison des tensions au Moyen-Orient, pourrait connaître de nouvelles flambées en cas de blocage effectif du détroit. Hortense Lacroix, gérante actions chez Montpensier Arbevel, a d'ailleurs pointé du doigt « le marché sous-estime le coût du choc énergétique », alors que les prix des matières premières s'affichent en forte progression.
Les analystes s'interrogent également sur la réaction des banques centrales, qui pourraient être contraintes de revoir leur politique monétaire en cas de crise pétrolière prolongée. Une hausse durable des prix de l'énergie risquerait en effet d'alimenter l'inflation, déjà élevée dans de nombreuses économies. Certains économistes appellent d'ailleurs à une suspension temporaire des règles budgétaires européennes, comme le pacte de stabilité et de croissance, pour laisser plus de latitude aux États en cas de choc majeur.
Les autres sujets abordés dans BFM Bourse ce 13 avril
L'émission BFM Bourse, présentée par Guillaume Sommerer, a également été l'occasion d'aborder d'autres thèmes majeurs pour les investisseurs. Parmi eux, la publication des résultats trimestriels de géants du luxe comme LVMH, Hermès ou Kering, dont les chiffres sont attendus avec impatience après plusieurs trimestres de croissance ralentie. Bertrand Lamielle, directeur général de Portzamparc Gestion, a rappelé l'importance de ces publications pour évaluer la santé du secteur, particulièrement sensible aux variations de la demande chinoise.
Côté valeurs technologiques, le portefeuille « BFM-Responsable » a de nouveau fait l'objet d'une analyse, après le recul des valeurs des logiciels en début d'année. Pierre-Alexis Dumont, directeur des investissements chez Sycomore Asset Management, a expliqué les raisons de cette contre-performance, dans un contexte marqué par la hausse des taux d'intérêt et la prudence des investisseurs. Enfin, plusieurs chroniqueurs se sont penchés sur des sujets plus techniques, comme la dette privée ou les performances de Wallix, une valeur en vogue parmi les small caps françaises.
Le détroit d'Ormuz est le principal point de passage pour les exportations de pétrole du Golfe, avec près de 20 % du trafic mondial. Une fermeture, même temporaire, entraînerait une perturbation majeure des approvisionnements, avec des conséquences sur les cours du pétrole et l'inflation dans le monde.
La Chine a diversifié ses approvisionnements (Russie, Afrique, Amérique latine), constitué des réserves stratégiques et réduit sa dépendance relative au pétrole du Moyen-Orient. Ces mesures lui permettent d'amortir un choc pétrolier, même prolongé.
