L’écrivain franco-algérien Boualem Sansal a apporté ce mardi 26 mai 2026 des précisions sur les raisons de son départ de Gallimard, tout en commentant la vague de démissions d’auteurs chez Grasset, selon Libération. Invité sur France Inter, il a confirmé les reproches formulés à l’encontre de son ancien éditeur et s’est dit « interpellé » par les mouvements de protestation observés dans sa nouvelle maison d’édition, qu’il attribue à l’influence croissante de Vincent Bolloré.

Ce qu'il faut retenir

  • Boualem Sansal a confirmé ce 26 mai 2026 sur France Inter les critiques qu’il formulait à l’encontre de Gallimard.
  • L’auteur franco-algérien s’est déclaré « interpellé » par les départs d’auteurs chez Grasset, attribués selon lui à l’emprise de Vincent Bolloré.
  • Ces prises de position interviennent dans un contexte de tensions persistantes entre auteurs et groupes éditoriaux, notamment autour de la concentration du secteur.

Un départ motivé par des désaccords éditoriaux et stratégiques

Sansal a réitéré les reproches qu’il avait adressés à Gallimard, sans pour autant entrer dans le détail des conflits internes. Selon ses propos rapportés par Libération, l’écrivain a évoqué des « divergences profondes » avec la direction historique, sans préciser si celles-ci portaient sur des choix éditoriaux, économiques ou stratégiques. Ces tensions, bien que rarement rendues publiques, illustrent les remous qui traversent le monde de l’édition française depuis plusieurs années.

L’auteur, connu pour ses prises de position engagées, a toujours été attentif à l’indépendance des maisons d’édition face aux logiques industrielles. Son départ de Gallimard marque ainsi une rupture symbolique, alors que le groupe, dirigé par Guillaume de Lafforest depuis 2023, tente de concilier tradition littéraire et modernisation économique.

L’emprise de Vincent Bolloré pointée du doigt par Sansal

C’est lors de son passage chez Grasset, racheté par le groupe Vivendi en 2022, que Boualem Sansal a observé avec attention la fronde des auteurs contre la gouvernance de Vincent Bolloré. L’écrivain a souligné à plusieurs reprises son « interrogation » face à cette dynamique, sans pour autant y participer activement. « On ne peut pas ignorer l’influence grandissante d’un actionnaire comme Bolloré dans les choix éditoriaux », a-t-il déclaré, rappelant que le milliardaire breton contrôle désormais plusieurs médias et maisons d’édition en France.

Ces critiques rejoignent celles formulées par d’autres figures du monde littéraire, inquiètes de la concentration du secteur entre les mains de quelques grands groupes industriels. Grasset, comme Fayard ou Calmann-Lévy, fait désormais partie du portefeuille de Editis, filiale de Vivendi dirigée par Vincent Bolloré depuis 2024.

Des départs en série chez Grasset, symptomatiques d’un malaise plus large

Plusieurs auteurs de Grasset ont récemment annoncé leur départ, dénonçant une « mainmise commerciale » sur les publications et une « perte d’autonomie créative ». Parmi eux, des personnalités comme Leïla Slimani ou Mathias Énard ont critiqué ouvertement la nouvelle direction, accusée de privilégier les livres à fort potentiel médiatique au détriment de projets plus audacieux. « La fronde chez Grasset n’est pas un cas isolé », rappelle Sansal, « elle reflète une crise de confiance plus générale dans l’édition française ».

Ces mouvements de protestation interviennent alors que le secteur est déjà fragilisé par la baisse des ventes de livres et la concurrence des plateformes numériques. La concentration des maisons d’édition entre les mains de grands groupes industriels, souvent éloignés des enjeux purement littéraires, alimente les tensions avec les auteurs.

« L’emprise de Bolloré sur l’édition française pose une vraie question de démocratie culturelle. Quand un seul homme décide en coulisses des orientations stratégiques, où est la place pour la diversité des voix ? » — Boualem Sansal

Et maintenant ?

Si Boualem Sansal a choisi de rester discret sur ses projets futurs, son départ de Gallimard et ses prises de position pourraient inciter d’autres auteurs à reconsidérer leur positionnement face aux grands groupes. Une réunion est prévue le 15 juin 2026 entre la SGDL (Société des Gens de Lettres) et les représentants des maisons d’édition pour évoquer les tensions persistantes. Reste à voir si ces discussions aboutiront à des engagements concrets, notamment sur l’autonomie éditoriale des auteurs.

Le débat sur la concentration du secteur de l’édition, relancé par les déclarations de Sansal, pourrait ainsi prendre une nouvelle ampleur dans les mois à venir. Les prochaines semaines seront déterminantes pour savoir si les auteurs parviendront à peser face aux logiques industrielles dominantes.